Egalité Professionnelle

 

Les femmes sont autant rappelées pour un entretien d’embauche que leurs homologues masculins

27/05/2021

En moyenne, la candidature d’une femme à un emploi obtient le même taux de réponses positives et négatives que celle d’un homme, selon la Dares. Ces résultats cachent des disparités liées au niveau de qualification de l’emploi : les femmes sont défavorisées sur les métiers moins qualifiés, mais favorisées sur les métiers d’encadrement, même dans des secteurs masculinisés.

Moins présentes sur le marché du travail, davantage soumises à un temps partiel subi, moins bien rémunérées : les femmes restent victimes d’inégalités au travail. Leurs difficultés à dépasser le plafond de verre ont même récemment conduit les députés à proposer l’instauration de quotas aux plus hauts postes des entreprises. La proposition de loi Rixain, adoptée le 12 mai à l’Assemblée nationale, instaure une proportion minimale de femmes au sein des instances dirigeantes.

Les causes de ces différences entre femmes et hommes sur le marché du travail sont multiples. Les conditions d’accès à l’emploi en font-elles partie ? Les femmes sont-elles victimes de préjugés dès leur candidature à une offre d’emploi ? C’est ce qu’a cherché à déterminer la Dares à travers une campagne de testing de grande ampleur. Entre décembre 2019 et avril 2021, elle a répondu à 4 800 offres d’emploi publiées par des entreprises, dans 11 catégories de métiers différents. Une fois sur deux, le profil proposé était féminin, sans aucune autre distinction par rapport au profil masculin. L’objectif : comparer les réponses obtenues par les faux profils de chacun des sexes.

Les femmes favorisées pour les métiers très masculinisés

Résultat : un tiers des candidatures a attiré l’attention des recruteurs, le sexe suggéré par le prénom du candidat n’ayant aucune incidence sur le taux de rappel. Le taux de refus (environ 17 %) est également équivalent entre femmes et hommes, de même que le taux d’absence de réponse (environ 50 %). “Sur l’ensemble des candidatures envoyées, il n’y a pas d’inégalité de traitement significative entre les candidatures féminines et masculines”, conclut la Dares.

Après ce constat global, l’étude se penche de plus près sur les différences entre métiers traditionnellement “féminins” ou “masculins”. Là encore, le sexe du candidat ne semble pas avoir d’influence, y compris dans les métiers très masculinisés, où les stéréotypes auraient pu jouer en défaveur des femmes. Au contraire, il apparait que les métiers peu féminisés ont tendance à favoriser les profils de candidates. Ces profils féminins ont un meilleur taux de rappel pour les postes de développeur/développeuse, ingénieur commercial/ingénieure commerciale informatique ou encore directeur/directrice de restaurant, traditionnellement masculinisés. “Les décisions des recruteurs ne se conforment pas systématiquement aux stéréotypes de genre concernant le recrutement effectué, et (…) les discriminations ne s’observent pas toujours là où on aurait pu les anticiper”, commente la Dares.

Commis de cuisine, monteur-câbleur 

En revanche, le taux de rappel des hommes est plus important pour les postes au niveau de qualification plus faible. Les candidatures masculines de commis de cuisine, monteur-câbleur électrique, préparateur de commande et employé commercial magasin ont un taux de rappel plus important que les candidatures féminines.

Les femmes apparaissent donc favorisées lorsqu’elles sont qualifiées et candidatent à des métiers avec fonction d’encadrement, et défavorisées lorsqu’elles sont peu qualifiées et candidatent à des métiers peu qualifiés. “Ce contraste entre métiers qualifiés et peu qualifiés est largement tiré par les métiers les plus masculinisés, remarque la Dares. Parmi ces métiers, la discrimination à l’embauche en raison du sexe s’inverse littéralement lorsque le niveau de qualification requis augmente”.

Pas de discrimination pour les mamans solo ?

Autre surprise de l’étude : l’introduction d’informations sur la situation personnelle des candidats ne semble pas avoir d’influence. Ainsi, le fait, pour les candidates, d’être célibataires avec enfants ne réduit pas leurs chances de rappel.

Un résultat à nuancer, avertit la Dares. “Cette méthode ne mesure que les chances d’être contacté par un employeur ou convié à un entretien d’embauche. Il est possible que les employeurs utilisent ensuite l’entretien d’embauche pour cerner la situation individuelle et la motivation des candidats (…). Il n’est donc pas exclu qu’à l’étape de l’entretien, la situation parentale ou la probabilité (réelle ou supposée) d’avoir des enfants dans un futur proche jouent sur les chances de recrutement, au détriment des candidates”.

Laurie Mahé Desportes