SAFRAN

Interview d’Olivier Andries, directeur général de Safran

Le directeur général de Safran est interviewé par la rédaction des Echos. Il évoque la crise pandémique qui, grâce aux dispositifs publics comme l’APLD, n’a donné lieu à aucun licenciement chez Safran France, ni fermeture de site. Un plan d’économies rigoureux a permis à l’entreprise d’épargner quelque 2 milliards d’euros. Il salue l’engagement des partenaires sociaux et des salariés, qui ont accepté un gel des augmentations entre 2020 et 2021, et le plafonnement de la participation et de l’intéressement. Heureusement, les activités en défense et spatial ont permis d’« atténuer le choc ». L’année 2021 commence dans l’appréhension du premier semestre, avec la propagation des variants du coronavirus. Les nations, l’Europe en particulier, ont durci les restrictions de circulation. Même la Chine e, souffre : le trafic aérien domestique est retombé à moins de 50 % de ce qu’il était en 2019. « Le premier trimestre 2021 sera donc encore en forte baisse, comparé au premier trimestre 2020 qui était un trimestre pré-crise. Néanmoins, je n’ai aucun doute sur le fait que les gens recommenceront à voyager sitôt qu’ils le pourront et que la situation va progressivement s’améliorer avec les progrès de la vaccination. Nos fondamentaux sont intacts », et le segment moyen-courrier, dans la motorisation duquel Safran est leader, sera le premier à repartir. L’optimisme relatif d’Olivier Andries est encore justifié par le carnet de commandes : cinq années de production (10 000 moteurs Leap à construire). « A cela s’ajoute une flotte encore jeune de plus de 23 000 moteurs CFM56 de deuxième génération, en service pour de nombreuses années encore. » Olivier Andries passe ensuite en revue les défis majeurs que Safran doit relever, notamment l’avion décarboné. L’entreprise doit présenter, en 2025, « un démonstrateur de moteur ultra-sobre », avec une architecture de rupture. Ce moteur devrait être « capable de fonctionner à 100 % avec des carburants durables, [et] serait destiné à une nouvelle génération d’appareils attendue pour 2035 ». Safran s’engage aussi dans l’avion à hydrogène. Toutefois, « l’hydrogène est une option de carburant durable parmi d’autres. Nous avons lancé une étude commune avec Airbus et ArianeGroup. Cependant, il faut absolument avancer sur les carburants alternatifs sans attendre 2035. » Au sujet d’Ariane 6, dont le programme accuse un certain retard, Olivier Andries attend davantage de coopération de la part des pays et des industriels impliqués dans la réalisation de la fusée. « Ariane est le ciment spatial de l’Europe depuis les années 1970 et a créé tout un écosystème qui doit être solidaire, et ne doit pas simplement s’abriter derrière la règle du retour géographique, jusqu’à présent en vigueur à l’Esa. » Même souhait en ce qui concerne le programme Scaf, en principe fondé sur « la règle du meilleur athlète ». Là encore, le devoir d’efficacité se heurte aux vanités nationales. Safran a néanmoins bon espoir de finaliser un accord avec son partenaire allemand MTU, accord qui doit donner naissance à « une joint-venture détenue à parité ». L’espagnol ITP aura « le rang de fournisseur principal, mais nous souhaitons ne pas déroger au principe qui est d’utiliser les meilleures compétences de chacun ». Enfin l’Eurodrone, autre programme sujet à de nombreux contretemps : « Nous avons déposé une offre pour réaliser le moteur, et nous espérons bien que ce programme aura l’ambition d’être 100 % européen, avec des droits de propriété intellectuelle européenne sur le moteur ».

Lesechos.fr – 25/02

Safran est resté bénéficiaire en 2020

L’an passé, Safran a pu rester bénéficiaire malgré la crise pandémique, alors qu’Airbus et Boeing plongeait dans le rouge, et bien que les compagnies aériennes soient exsangues. Le chiffre d’affaires ajusté du motoriste a chuté de 33 %, à 16,5 milliards d’euros. Il avait flanché de 46,5 % entre avril et juin, et de 32,5 % au quatrième trimestre. Safran a livré 815 moteurs Leap en 2020, contre 1 736 l’année précédente. Toutefois, l’entreprise a réalisé un bénéfice net de 352 millions d’euros. Le groupe a dégagé un bénéfice opérationnel courant de 1,69 milliard d’euros, et atteint ses objectifs de marge opérationnelle (10,2 %) et de trésorerie disponible (plus de 1 milliard). Safran a dû tailler dans les coûts, sous-traitance, engagements d’investissement, R&D, fermer quatre sites de production et réduire ses effectifs mondiaux, de 95 000 à 79 000. La France a été épargnée par l’écrémage. La baisse des effectifs est, globalement, de 17 %, de 21 % en comptant les intérimaires. L’an passé, l’activité de Services a reculé de 43,2 %, la division Equipements aéronautiques, Défense et Aerosystems a baissé du quart, et l’activité Intérieurs d’avion a perdu 40,4 %. Pour 2021, le motoriste s’attend à ce que son chiffre d’affaires régresse de 2 à 4 %, et qu’un nombre équivalent de moteurs Leap soient livrés aux avionneurs. Safran compte enfin verser, en 2021, un dividende à ses actionnaires. « Malgré les incertitudes et les difficultés qui persistent, notamment au premier semestre 2021, je demeure déterminé et optimiste », déclare Olivier Andriès.

AFP, Reuters, Lesechos.fr, Ft.com – 25/02