SANTÉ SÉCURITÉ CONDITION DE TRAVAIL

Accidents du travail et maladies professionnelles : l’Anact analyse la sinistralité selon le sexe des travailleurs

A partir des données de sinistralité de l’Assurance maladie – Risques professionnels, l’Anact (agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail) a analysé les évolutions des accidents du travail, de trajet et des maladies professionnelles pour les femmes et les hommes du secteur privé sur la période de 2001 à 2019.

Quelles sont les évolutions différenciées pour les femmes et les hommes en termes d’accident du travail ?

Après une baisse du nombre d’accidents de travail (AT) entre 2001 et 2013, celui-ci stagne, voire augmente : + 6,1%. Ce chiffre global cache une disparité entre les hommes (stabilisation du nombre d’AT à +0.1%) et les femmes (augmentation du nombre d’AT de 18,3%).

Les secteurs les plus accidentogènes pour les femmes sont les activités de services : santé, action sociale, nettoyage, travail temporaire et les services, commerces et industries de l’alimentation.

Pour le premier secteur, si les effectifs ont augmenté de 22 % entre 2001 et 2019, le nombre d’AT a lui grimpé de 110 % sur la même période pour les femmes, et a diminué de 13 % pour les hommes. Cette tendance est la même pour les trois secteurs à prédominance féminine (services, commerces et industries de l’alimentation, commerce non alimentaire et les activités de services santé action sociale, nettoyage et travail temporaire), ce qui amène l’Anact à conclure que “les femmes occupent dans ces secteurs à prédominance féminine des postes exposés au risque d’accident de travail et que les politiques de prévention les protègent insuffisamment de ce risque”.

Bien qu’encore fortement accidentogène, le secteur du BTP progresse. Alors que le nombre de salariés a augmenté entre 2001 et 2019 (+40 %), les accidents de travail ont baissé pour les hommes de 30 %. Un gros bémol, les AT des femmes ont augmenté de 85 %. Là aussi, les femmes seraient donc à des postes exposés à des risques d’AT et insuffisamment protégés par les actions de prévention 

*Quatre risques sont à lorigine dune majorité daccidents du travail : les manutentions manuelles (50 %) ; les chutes de plain-pied (17 %) ; les chutes de hauteur (11 %) ; l’utilisation d’outillage à main (8 %).

Quid des maladies professionnelles ?

Le constat n’est pas davantage égalitaire pour les maladies professionnelles (MP), puisque celles-ci “ont progressé deux fois plus rapidement pour les femmes (+158,7 %) que pour les hommes (+73,6 %)” sur la période évaluée. Globalement, on peut noter que les maladies professionnelles reconnues sont en augmentation forte et constante pour les hommes et les femmes depuis 2001 : +108 %, alors que l’effectif salarié n’augmente que de 13,5 %.

On constate toujours une très forte prédominance des troubles musculosquelettiques (TMS) :

Nature et nombre de MP 2019 En %
Troubles musculo-squelettiques 44 492 88,3%
Amiante 2 881 5,7%
Autres tableaux de MP très représentés
(surdités, allergies, asthmes, eczémas..)
1 205 2,4%
Cancers hors amiante 294 0,6%
Autres tableaux de MP 303 0,6%
Hors tableau dont cancers 1 217 2,4%
Total MP 50 392   

Certains secteurs ont une évolution très négative :

  • “Le secteur des industries transports, eau, gaz, électricité, livre et communication a vu, en 19 ans, le nombre de maladies professionnelles exploser conjointement pour les femmes (+376,3 %) et les hommes (+345,8 %) ;
  • Les maladies professionnelles déclarées par des femmes ont explosé de 400 % de 2001 à 2019 dans les services, santé, action sociale, nettoyage et travail temporaire ; 
  • On observe pour les hommes, la plus importante augmentation de maladies professionnelles dans les activités de services (banques, assurances, administrations) : +346 %”. 

Une nécessaire évolution des démarches de prévention des risques

Cette analyse montre que les femmes sont davantage exposées à des risques d’AT/MP, particulièrement dans les secteurs à prédominance féminine, comme les secteurs de la santé et du social, du nettoyage et de l’intérim, du commerce et industries de l’alimentation.

L’Anact s’interroge donc sur “la capacité d’adaptation et d’efficacité des politiques d’évaluation et de prévention des risques professionnels qui semblent insuffisantes pour les femmes dans leurs emplois alors que c’est le cas pour les hommes, même si les dernières années font état d’une recrudescence des accidents pour les deux sexes et d’une augmentation des accidents mortels chez les hommes”. 

Rappelons que la législation exige que l’évaluation des risques (retranscrite dans le DUERP) tienne compte de l’impact différencié de l’exposition au risque en fonction du sexe (article L.4121-3 du code du travail).

L’Anact conclut en appelant de ses vœux une évolution dans la prise en compte des conditions d’exposition différenciées des femmes et des hommes, en exprimant le fait que celle-ci  “est d’autant plus urgente que dans cette période post-pandémique, les enjeux d’attractivité des conditions de travail ou d’emploi sont au cœur des problématiques des secteurs qui peinent à recruter”.

Clémence Andrieu