Un jeune actif sur deux serait prêt à se présenter aux élections professionnelles

09/02/2026

L’association Réalités du dialogue social a présenté vendredi 6 février les résultats de son baromètre consacré à l’engagement des jeunes. Avec une bonne nouvelle : 56 % des jeunes interrogés seraient prêts à se porter candidat aux élections dans son entreprise. Par ailleurs, le rôle des syndicats chez la jeunesse reste campé sur la défense des droits des salariés.

Réalisée avec l’institut de sondages OpinionWay, ce 5e baromètre du dialogue social s’est appuyé sur un échantillon représentatif de 526 jeunes de 18 à 35 ans, interrogés en ligne du 18 au 25 novembre 2025. L’avantage de cette “2e vague” est de pouvoir comparer ces résultats à ceux de l’enquête réalisée en 2023, et ainsi de déterminer les évolutions entre les deux études.

Par exemple, la perception positive du dialogue social évolue favorablement : 50 % des jeunes considèrent qu’il “fonctionne bien” en France, cette tendance montrant une hausse de 4 points en deux ans, alors que la proportion de jeunes considérant qu’il fonctionne mal a reculé de 4 points pour atteindre 49 %.

La proportion de jeunes salariés satisfaits est encore plus importante (73 %) à l’échelle de l’entreprise. Et si les jeunes critiquent les syndicats, leur vision positive de ces corps intermédiaire est en augmentation. Enfin, chiffre encourageant pour les représentants du personnel, les jeunes actifs se montrent ouverts à une candidature aux élections professionnelles.

56 % de jeunes actifs pourraient se porter candidats aux élections

Plusieurs études l’ont déjà révélé : les jeunes font partie des catégories de population qui s’engagent volontiers dans des associations. Ce 5e baromètre vient encore le confirmer : 35 % déclarent que leur engagement a du poids dans les associations. Et si ce chiffre baisse de 5 points en deux ans, à l’inverse, le fait d’avoir du poids dans les organisations syndicales de salariés (22 %) grimpe de 6 points par rapport à 2023.

L’étude d’OpinionWay pour Réalités du dialogue social ne distingue pas entre les jeunes actifs salariés dans de grands groupes ou dans des entreprises plus modestes, néanmoins, la proportion de jeunes prêts à candidater aux élections professionnelles montre une bonne santé : 56 % déclarent y être prêts.

Dans ce chiffre, 20 % se disent “tout à fait prêts” et 36 % “pourquoi pas”, ce qui, selon Marie-Laure Marchal, de l’institut OpinionWay, montre en tout cas une sympathie pour la candidature. “Il faut que les anciens tuilent les jeunes car ces derniers entrent aussi plus tard que la génération précédente sur le marché du travail, sans compter que l’instabilité de leur emploi joue sur leur engagement”, analyse Fabien Guimbretière, secrétaire national en charge des CSE à la CFDT, lors de la présentation des résultats de ce baromètre.

Les jeunes sont aussi motivés pour voter : 77 % d’entre eux répondent “oui certainement” ou “oui probablement” quand on leur demande s’ils participeraient au scrutin professionnel s’il était organisé demain dans leur entreprise.

Les syndicats associés à la défense des droits des salariés

Les premiers mots qui viennent à l’esprit des jeunes quand on leur parle des syndicats sont “défense des droits des salariés”, soit 17 % en hausse de 8 points en 2 ans. Les jeunes ne gardent pas non plus les critiques dans leur poche, notamment celle d’être “des grévistes”, “futiles”, “emmerdeurs” ou de défendre davantage leurs intérêts propres que ceux des salariés. Il demeure cependant que 80 % des jeunes considèrent que “quand on est représentant des salariés dans une organisation syndicale ou patronale, on a la possibilité de faire bouger les choses”. Bien-sûr, certains jeunes comme certains salariés pensent que les syndicats ne savent pas toujours s’adapter à leur situation, néanmoins le baromètre fournit un chiffre intéressant : 53 % des jeunes interrogés (+ 7 points en deux ans) pensent que les bonnes relations sociales en entreprise servent à améliorer la performance de celle-ci.

Par ailleurs, 76 % d’entre eux (en hausse de 4 points sur 2 ans) sont d’accord avec l’affirmation selon laquelle on a besoin de syndicats de salariés dans toutes les entreprises, quelles qu’elles soient. Les tendances à la hausse les plus marquantes par rapport à 2023 (+ 6 points) concernent les affirmations “Les syndicats de salariés représentent tous les travailleurs” (salariés, freelances, intérimaires etc., à hauteur en 2025 de 70 %) et “Les syndicats doivent s’occuper des droits des salariés mais aussi de la stratégie d’entreprise” (à hauteur de 67 %). Attention, 64 % des jeunes considèrent aussi que les mouvements de citoyens sont plus efficaces que les syndicats pour obtenir de nouveaux droits sociaux.

“Il nous appartient à la fois d’analyser les attentes des jeunes mais aussi d’être visibles et lisibles, c’est-à-dire pour être compris dans nos messages et dans notre positionnement”, réagit pascal Lagrue, responsable du développement à FO. Il ajoute que les jeunes attendent des syndicats la défense de leurs intérêts matériels et moraux “mais pas qu’on aille dans des registres associatifs et sociétaux”.

Enfin, l’étude offre des renseignements précieux sur les préoccupations des jeunes actifs. 38 % d’entre eux considèrent que les relations sociales dans l’entreprise doivent prendre en compte la quête de sens des salariés et le télétravail (33 %). Si la dernière enquête Syndex montre un recul de la préoccupation environnementale chez les élus du personnel, au profit de l’intelligence artificielle, ce baromètre place également l’IA (23 %) devant la transition écologique (18 %) dans les sujets importants chez les jeunes.

Quant aux moyens de communication à utiliser pour atteindre ce public, Fabien Guimbretière (CFDT) considère que les syndicats doivent accepter d’adapter leurs codes : “C’est aux syndicalisme de s’adapter et de trouver les mots pour s’adresser à plusieurs jeunesses”. Romain Dargent, jeune délégué fédéral à la CFE-CGC Énergies, pense qu'”il ne sert à rien de singer les jeunes sur Instagram où ils n’attendent pas d’informations salariales”. Ce que confirme Pascal Lagrue : “Rien de mieux qu’un jeune pour parler à un jeune”.

Lever les freins à la syndicalisation

40 % des jeunes sondés envisagent l’adhésion syndicale dans le but de contribuer à améliorer les conditions de travail de leurs collègues. Viennent ensuite le sentiment de se sentir utile à la vie de l’entreprise (37 %) puis le fait d’être mieux informé sur ses droits en tant que salarié (36 %).

Enfin, le premier frein à la syndicalisation des jeunes consiste selon eux dans leur méconnaissance des droits des salariés (34 %), suivi par la crainte des conséquences négatives sur leurs carrières (27 %). Le manque de temps apparaît au même niveau que ce dernier motif (27 %). La crainte des représailles patronales constitue donc chez les jeunes un motif aussi important que chez les actifs plus âgés. A noter que ce dernier point est identifié par les Français comme le premier frein à leur syndicalisation selon le Défenseur des Droits.

“On a une réserve de jeunes, je ne crois pas à la crise des vocations, c’est à nous de leur faire de la place” en conclut Romain Dargent (CFE-CGC). Pour Pascal Lagrue (FO), “c’est l’exemplarité qui va les faire adhérer”.

Formation au dialogue social : l’expérience de La Poste 
Lors de la présentation de ces résultats, Jean-Claude Gosset a raconté comment il a fait progresser le dialogue social dans son entreprise. Ce directeur de l’animation sociale à La Poste a lancé une vaste campagne de formation des managers selon cinq axes :

– Connaître l’entreprise (chiffre d’affaires, marges opérationnelles, dette…) ;

– Savoir expliquer la politique contractuelle (amélioration de la protection sociale et des conditions de travail, rôle des syndicats) ;

– Améliorer les relations avec les porteurs de mandat ;

– Savoir comment donner envie aux salariés de voter ;

– Savoir comment donner envie aux salariés de porter un mandat.

À l’issue de cette expérience, la direction de La Poste a constaté une stabilisation de l’absentéisme, un taux de démission faible des salariés, une modification du paysage syndical avec une augmentation des résultats des syndicats favorables à la voie contractuelle.

Marie-Aude Grimont

Sans délibération du comité social et économique, pas d’expertise possible

11/02/2026

Une déclaration du secrétaire du CSE informant l’employeur de la volonté du comité de recourir à une expertise ne vaut pas délibération. Gare à une contestation de l’employeur !

À l’occasion d’une réunion plénière du CSE, organisée le 29 mars 2024, le secrétaire du comité remet à l’employeur “une déclaration mentionnant la volonté du comité de recourir à une expertise dans le cadre de la consultation annuelle sur les orientations stratégiques de l’entreprise”.

Erreur monumentale, car le secrétaire, ce n’est pas le CSE !

Comme nous le rappelle une récente jurisprudence, la décision d’un CSE de se faire assister par un expert-comptable ne peut être été prise qu’à “l’issue d’un vote des membres de la délégation du personnel du comité”, à la majorité des membres présents comme l’exige l’article L. 2315-32 du code du travail. Il faut donc une délibération votée et adoptée à la majorité des membres présents.

► Remarque : Cet article L. 2315-32 prévoit notamment que “les résolutions du comité social et économique sont prises à la majorité des membres présents”. La majorité des membres présents se calcule en prenant en compte tous les présents, y compris abstentions, bulletins blancs ou nuls. Par exemple, s’il y a 8 présents, la majorité des membres présents est de 5, soit 4+1.

Vote et délai de contestation 

Pas de délibération, pas d’expertise. Et surtout, possibilité est donnée à l’employeur de contester la pseudo-décision du comité social et économique, même s’il est hors délai par rapport aux exigences légales. Il faut en effet savoir que l’employeur qui veut contester la nécessité d’une expertise doit saisir le tribunal judiciaire “dans un délai de dix jours à compter de la délibération du comité social et économique” (articles L. 2315-86 et R. 2315-49). Passé ce délai, son action ne sera plus recevable.

► Remarque : Ce délai de 10 jours débute à partir du lendemain de la délibération du CSE. S’il se termine un samedi, un dimanche ou un jour férié ou chômé, il est prolongé jusqu’au premier jour ouvrable suivant.

Mais voilà, si aucune délibération n’a été adoptée par le CSE, on ne peut pas faire démarrer le délai de 10 jours, on dit qu’il n’a pas pu commencer à courir. Et un délai qui n’a pas pu démarrer ne peut pas être arrivé à expiration ! Donc, même si elle a été engagée tardivement, l’action en justice de l’employeur ne pourra pas être rejetée sous prétexte qu’elle a été engagée hors délai.

► Remarque : le CSE est une instance collégiale. Ses décisions, quelles qu’elles soient, doivent faire l’objet d’une délibération régulièrement adoptée en réunion plénière. Avant qu’une décision ne soit prise, notamment celle de se faire assister par un expert, il est normal de donner à chaque personne présente, y compris à l’employeur même s’il ne vote pas, la possibilité de faire valoir son point de vue et d’exprimer son éventuel désaccord. Même si les élus se sont unanimement mis d’accord en amont pour se faire assister par un expert, il ne faut pas zapper cette étape d’adoption d’une délibération à la majorité des membres présents. Rappelons à ce sujet que le CSE ne peut valablement délibérer que sur une portée à l’ordre du jour de la réunion ou ayant un lien avec une question inscrite à l’ordre du jour (par exemple, Cass. soc., 12 sept. 2018, n° 17-15.414).

C’est exactement ce qui s’est produit dans notre affaire.

Le secrétaire informe l’employeur, lequel saisit le juge

Le 29 mars 2024, le secrétaire informe l’employeur de “la volonté du comité de recourir à une expertise”. Le 12 avril suivant, l’employeur saisit la justice pour faire annuler “la décision du secrétaire prise pour le compte du comité, recourant à une expertise et désignant l’expert”.

La demande est rejetée. Pour le tribunal judiciaire, l’employeur n’avait que 10 jours à compter du 29 mars pour contester, il ne pouvait donc agir que jusqu’au 8 avril inclus. Le 12 avril, il était déjà trop tard.

La Cour de cassation refuse de valider la décision du tribunal judiciaire.

Comme cela avait été constaté, la décision de recourir à une expertise “n’avait pas été prise à l’issue d’un vote des membres de la délégation du personnel du comité”. Il en “résultait qu’en l’absence de délibération du comité le délai de contestation imparti à l’employeur n’avait pas commencé à courir”. “Les demandes de la société étaient dès lors recevables”.

► Remarque : l’expert-comptable n’est certes pas juriste en droit du travail, mais on peut penser qu’il est quand même de son rôle de rappeler au CSE qu’il a l’obligation d’adopter une délibération pour décider de l’expertise. Il est d’ailleurs de son intérêt de s’assurer que cela a bien été fait, avant qu’il ne commence son expertise. Il serait en effet regrettable pour lui de mener à terme sa mission et découvrir a posteriori que la décision du CSE n’était pas régulière. Il ne pourra pas réclamer le solde de ses honoraires et devra probablement rembourser à l’employeur ceux déjà perçus. L’article L. 2315-86 prévoit en effet que les sommes perçues par l’expert doivent être remboursées à l’employeur en cas d’annulation par le juge de la délibération du CSE. Même s’il y est légalement autorisé par cet article, peu probable que le comité accepte de les prendre en charge.

Frédéric Aouate

Le taux de chômage augmente pour atteindre 7,9 %

11/02/2026

Selon les derniers chiffres de l’Insee publiés hier, le taux de chômage en France s’établit à 7,9 % au quatrième trimestre 2025, soit une hausse de 0,6 point sur un an et de 0,2 point par rapport au trimestre précédent, alors qu’il n’était que de 7,4 % en 2024.

Le taux de chômage des 15-24 ans s’élève à 21,5 %, soit une hausse de + 2,8 points sur un an, le taux des 25-49 ans étant de 7,1 % (contre 6,9 % un an plus tôt) et celui des 50 ans et plus de 5,1 % (stable sur un an).  

Sans contester cette hausse, le ministère du travail souligne cependant qu’une partie de cette progression, estimée à 25 %, provient de l’inclusion dans les statistiques des personnes autrefois non répertoriées comme demandeurs d’emploi, un effet de la loi pour le plein emploi. Sans cela, le ministère estime que le taux serait de 7,7 %.  Le ministère ajoute que cette hausse ne doit pas cacher “la dynamique structurelle favorable” en matière d’emploi avec des taux d’emploi et d’activités en hausse dans toutes les tranches d’âge. 

De fait, le taux d’emploi des 15-64 ans est stable à 69,4 %, “à peine sous son plus haut niveau historique atteint lors des deux premiers trimestres 2025” selon l’Insee. Le taux d’emploi des 50-64 ans augmente même légèrement pour s’élever à 62,1 %, mais celui des 15-24 ans baisse de 0,3 point sur le trimestre pour se situer à 34,3 %.

Source : actuel CSE