L’emploi tient bon malgré un climat économique de plus en plus incertain
23/03/2026
Le conflit au Moyen-Orient entame nettement la confiance des dirigeants de PME et d’ETI, sans pour autant provoquer, à ce stade, un décrochage de l’emploi. Selon le dernier baromètre Grant Thornton réalisé par OpinionWay et publié hier, la perception de l’économie française se dégrade sensiblement : seuls 24 % des dirigeants se déclarent confiants, soit le chiffre le plus bas observé depuis un an.
Dans ce contexte incertain, les chefs d’entreprise restent toutefois majoritairement optimistes quant à l’activité de leur propre structure. Le marché du travail, lui, montre une certaine résilience. Les intentions d’embauche demeurent élevées, avec 15 % des entreprises prévoyant d’augmenter leurs effectifs, contre 9 % envisageant des réductions.
Le solde d’emploi atteint ainsi +6 points, en légère progression. Une amélioration fragile, toutefois, qui pourrait rapidement s’inverser en cas de dégradation supplémentaire de la conjoncture.
Cette enquête a été menée entre le 18 février et le 9 mars 2026 auprès de 220 dirigeants d’entreprises réalisant plus de 20 millions d’euros de chiffre d’affaires.
Source : actuel CSE
Le tribunal de commerce de Lille acte la reprise de la verrerie industrielle d’Arc
23/03/2026
La verrerie industrielle d’Arc, qui emploie 3 500 personnes à Arques, une ville de 10 000 habitants du Pas-de-Calais, va être reprise par Timothée Durand, un descendant de la famille Durand qui gérait le groupe jusqu’en 2015 : ainsi en a décidé le tribunal de commerce de Lille vendredi 20 mars. L’offre de reprise de Timothée Durand – qui est associé à Mathieu Leclercq, ancien patron de Decathlon – prévoit la poursuite de l’activité mais en supprimant 700 emplois et en fermant un des fours industriels. Un plan de sauvegarde de l’emploi a déjà été négocié par les syndicats durant la phase de redressement de l’entreprise.
Le groupe verrier a réalisé en 2024 un chiffre d’affaires de 400 millions d’euros en France, pour une perte nette de plus de 32 millions d’euros.
Ces dernières années, l’entreprise a connu de nombreuses périodes de chômage partiel.
Source : actuel CSE
Shein : la cour d’appel confirme le refus de blocage du site
24/03/2026
Le 19 mars, la cour d’appel de Paris a confirmé le refus de bloquer le site de vente en ligne Shein mais lui ordonne, avec effet immédiat, de mettre en place des mesures de vérification de l’âge pour commercialiser des produits à caractère pornographique. À défaut, la plateforme s’exposerait à une astreinte de 10 000 euros par infraction constatée, pour une durée de 12 mois.
À l’origine de cette décision, une procédure engagée en urgence par l’État suite à la mise en vente de produits illicites, notamment des contenus pédopornographiques, des armes et des médicaments. Par un jugement du 19 décembre 2025, le tribunal judiciaire de Paris avait rejeté la demande de blocage du site et ordonné la mise en place de la même mesure. L’État avait fait appel.
Dans son arrêt du 19 mars 2026, la cour d’appel relève que les produits litigieux ont été retirés, qu’aucun dommage actuel ou futur certain n’est établi et qu’un blocage constituerait une atteinte disproportionnée à la liberté d’entreprendre.
Source : actuel CSE
Intelligence artificielle, justice : les livres qui éclairent le monde du travail en 2026
24/03/2026
Le 19 mars 2026, Jean Auroux, ancien ministre du travail et président du jury, a remis les prix du 16e “Meilleur ouvrage sur le monde du travail”, aux côtés de Patrick Gobert, président du Toit Citoyen, un club rassemblant des CSE.
Dans la catégorie “experts”, le prix revient à “L’IA et l’emploi” de Grégory Verdugo, professeur des universités en sciences économiques à CY Cergy Paris Université et chercheur associé à l’OFCE (Les Presses de Sciences Po).
L’ouvrage, salué pour sa pédagogie, éclaire les effets encore émergents de l’intelligence artificielle sur l’emploi et ouvre le débat.
Dans la catégorie “témoignages”, “Intime Conviction” de Jean-Louis Périès est récompensé (Flammarion).
L’ancien magistrat y retrace son parcours, de l’affaire Dominici au procès du 13 novembre, offrant une vision humaine de la justice et un éclairage sur le fonctionnement de l’institution judiciaire.
Source : actuel CSE
Guerre en Iran : emploi, salaires et pouvoir d’achat sous pression
25/03/2026
Depuis le début de la guerre en Iran le 28 février 2026, les prix de l’énergie réactivent les inquiétudes sur la conjoncture économique. L’inflation serait propulsée au-delà de 3 % d’ici fin juin dans la zone euro et 2 % en France selon les économistes de l’Insee. Ils examinent aussi les effets de cette poussée sur les salaires, l’emploi et le pouvoir d’achat.
“Il n’y a aucune raison de se ruer sur les stations-services, il n’y a aucun risque d’approvisionnement à court terme en France ni sur le gaz ni sur l’essence”, a affirmé Roland Lescure le 3 mars dernier, quatre jours après le début des hostilités. Le ministre de l’Économie et des Finances ignorait sans doute que ce type de déclaration n’est pas de nature à rassurer une population dont le pouvoir d’achat est grevé depuis le début de la guerre en Ukraine en février 2022. Auditionné hier par la Commission des Finances de l’Assemblée Nationale, il a indiqué que “Cette situation [les perturbations dans l’acheminement de pétrole des pays du Golfe vers le reste du monde, NDLR] constitue un nouveau choc pétrolier. Et si ce choc énergétique persiste au-delà de quelques semaines, la crise pourrait se diffuser plus largement à l’économie, et être au fond d’une nature plus systémique”.
Mardi 24 mars, les économistes de l’Insee sont allés plus loin et ont détaillé dans une nouvelle note de conjoncture les effets de la guerre au Moyen-Orient. Si pour l’instant le conflit ne bouscule pas la croissance française, le pouvoir d’achat des salariés risque de pâtir d’une reprise de l’inflation, à savoir une hausse générale et durable des prix.
Un “regain inflationniste”
Mardi 24 mars, le prix du baril de pétrole oscille autour de 91 dollars, après avoir tutoyé les 100 dollars ces dernières semaines, au lieu d’environ 60 avant le début de la guerre. Selon l’Insee, les effets sur l’inflation sont nets : “Selon nos estimations, le pétrole propulserait l’inflation au-delà de 3 % dans la zone euro à partir du mois de juin, et autour de 2 % en France”, affirment Dorian Roucher et Clément Bortoli.
Comparons avec les années précédentes : toujours selon l’Insee, les fluctuations de l’indice des prix à la consommation (principale mesure de l’inflation) étaient relativement faibles d’une année sur l’autre jusqu’en 2021. L’année 2022 a au contraire vu naître une “nette accélération” de +5,2 %, suivie d’un ralentissement en 2024, à hauteur de +2 %. Ce qui ne signifie pas que l’indice a baissé mais que son accélération s’est réduite. Un phénomène qui s’est reproduit en 2025 avec +0,9 %. L’année 2026 s’annonce donc avec un “regain inflationniste” lié aux tensions internationales.
De ce fait, selon les économistes de l’Insee, “le pouvoir d’achat des ménages et les marges des entreprises se comprimeraient” tout au long de l’année, en tout cas jusqu’à la fin du conflit. Pour autant, ils se montrent plutôt rassurants sur la croissance dans un premier temps : le niveau des investissements maintiendrait la croissance dans la zone euro. En France, “la croissance tiendrait bon à très court terme avec + 0,2 % par trimestre (au lieu + 0,3 %) et + 0,9 % d’acquis à mi-année”. La croissance n’accuserait donc qu’une baisse de 0,1 point grâce au dynamisme de la défense et de l’aéronautique, à condition cependant que ces secteurs ne soient pas rattrapés par les prix de l’énergie.
Les marges des entreprises fragilisées
Pour l’instant, le taux de marge des entreprises resterait stable au premier trimestre 2026, à hauteur de 31,5 %, notamment en raison de gains de productivité. Cet indicateur désigne la différence entre le montant des ventes et le prix d’achat des marchandises (le tout hors taxe). Néanmoins, un conflit persistant fragiliserait cette stabilité. Les prix des hydrocarbures pousseraient ces marges à la baisse de 0,2 point, soit 31,3 % à compter du mois de mars, puis à une baisse de 0,6 point (30,9 %). Ces effets se confirmeront donc dans les prochaines notes de conjoncture de l’Insee. La question sera alors de savoir si les gains de productivité et le maintien de bas salaires poursuivront leur effet compensateur des baisses de marge.
| Voitures électriques : la France gagne des parts de marché |
| Selon l’Insee, environ un véhicule sur cinq produit en France est électrique. Le taux de couverture (rapport entre importations et exportations) s’est redressé à 60 % en 2025 au lieu d’un peu plus de 20 % en 2024. Certes, la France reste déficitaire dans ce domaine mais ses parts de marché ont augmenté en Europe en 2025. |
Un marché du travail “mal orienté”
“Avant même le déclenchement de la guerre, les employeurs avaient anticipé un niveau d’embauches moins optimiste que celui des commandes”, relèvent Dorian Roucher et Clément Bortoli. L’emploi dans le secteur privé continuerait de baisser, après 26 000 emplois détruits au premier semestre 2026, ce qui poursuit la tendance de 60 000 emplois perdus en 2025. Le chômage pourrait s’établir à 8,1 % mi-2026 au lieu de 7,9 % au quatrième trimestre 2025.
La note de conjoncture précise que cette hausse du chômage concerne en premier chef l’emploi des jeunes qui travaillent en même temps que leur formation initiale. Les économistes de l’Insee estiment qu’il peut s’agir d’un effet temporaire lié aux variations de l’apprentissage.
À noter enfin que selon l’étude, le seuil de revalorisation automatique du Smic serait atteint entre mai et juin 2026, conduisant à une hausse en juin. Rappelons qu’en dehors de la revalorisation annuelle, le Smic peut être revalorisé en cours d’année si l’indice des prix à la consommation augmente d’au moins 2 % par rapport à l’indice constaté lors de l’établissement du dernier montant du Smic.
En dehors du Smic, le reste des salaires ne s’ajustera pas immédiatement à la hausse des prix. Par suite, l’Insee estime que le pouvoir d’achat de l’ensemble des ménages subirait une baisse de 0,2 point. Attention, le pouvoir d’achat par unité de consommation pourrait accuser une baisse de 5 points vers juin 2026. Les ménages étant interrogés à la fois sur les montants de leurs revenus et sur la composition de leur foyer, il est possible de calculer un niveau de vie pour chaque ménage, c’est-à-dire un revenu par unité de consommation.
| IA : alerte sur l’emploi dans l’informatique |
| Selon cette note de conjoncture, dans le secteur des activités informatiques, qui représente 3 % de l’emploi privé, l’usage de l’intelligence artificielle s’est largement répandu. Or, l’emploi dans ce secteur accuse une baisse de 7 à 8 % depuis deux ans, et ce pour la première fois depuis 2002, alors qu’il avait plus que doublé en 20 ans. Ce recul de l’emploi vise en particulier les jeunes mais n’est pas lié à l’activité économique du secteur qui reste au contraire dynamique. Il tient selon l’Insee “à une accélération de la productivité qui coïncide avec le développement de l’intelligence artificielle”. En revanche, les économistes ne peuvent pas encore élargir la focale et examiner si les effets de l’IA risquent de contaminer d’autres secteurs. |
Marie-Aude Grimont
CSE : pas d’expertise “nouvelle technologie” ni “projet important” dans le cadre d’un PSE
27/03/2026

Lorsque l’introduction de nouvelles technologies ou un projet important s’inscrit dans une réorganisation avec licenciement collectif, le CSE peut faire appel à un expert, mais uniquement sur le fondement des textes spécifiques au PSE, et non dans le cadre de ses attributions générales.
La Cour de cassation précise, dans un arrêt du 18 mars 2026, l’articulation entre l’expertise du comité social et économique (CSE) « nouvelle technologie et/ou projet important », décidée dans le cadre de ses attributions générales, et l’expertise relevant spécifiquement de l’article L 1233-34 du code du travail, propre aux procédures de licenciement économique avec plan de sauvegarde de l’emploi (PSE).
Le déploiement de nouveaux outils informatiques dans le cadre d’une réorganisation
L’affaire concernait une société envisageant le licenciement économique de 47 personnes. L’employeur a présenté à son CSE central un projet de réorganisation avec PSE.
Le CSE, au cours de cette première réunion, a décidé de faire appel à deux experts : un premier cabinet a été nommé pour expertiser les aspects économiques et comptables du projet, un deuxième cabinet a été chargé de réaliser une expertise sur les impacts potentiels du projet sur la santé, la sécurité et les conditions de travail des salariés. Cette décision du CSE a été prise sur le fondement de l’article L 1233-34 du code du travail.
Mais au cours de la 4e réunion d’information-consultation sur le projet de réorganisation, le CSE a voté une nouvelle expertise pour l’accompagner sur le déploiement d’outils informatiques visant à rendre possible la réorganisation, et donc une partie du PSE.
Cette nouvelle expertise a été contestée par l’employeur devant le tribunal judiciaire, qui a annulé la délibération du CSE.
Deux fondements textuels différents
Le litige portait ici sur le fondement de l’expertise demandée par le CSE : sur un même projet donnant lieu à information-consultation, les représentants du personnel peuvent-ils cumuler une expertise “spécifique PSE” et une expertise “attributions générales” ? Deux textes étaient invoqués par les parties.
L’employeur soutenait que seul l’article L 1233-34 du code du travail, qui se situe dans la partie du code du travail relative aux licenciements économiques, devait s’appliquer. Ce texte dispose que, dans les procédures de licenciement économique avec PSE, le CSE peut décider, lors de la première réunion d’information-consultation organisée par l’employeur, de recourir à une expertise pouvant porter sur les domaines économique et comptable ainsi que sur la santé, la sécurité ou les effets potentiels du projet sur les conditions de travail. Il prévoit donc le recours à une expertise « spécifique » relative au projet de licenciement économique.
Le CSE s’appuyait, lui, sur l’article L 2315-94, 2o du code du travail, situé dans la partie de ce code relative au fonctionnement du CSE. Ce texte autorise les représentants du personnel à faire appel à un expert habilité en cas d’introduction de nouvelles technologies ou de projet important modifiant les conditions de santé, de sécurité et de travail “prévus au 4o du II de l’article L 2312-8”. Or cet article L. 2312-8, lui-même situé dans une partie relative aux attributions du CSE, prévoit une expertise relevant donc des attributions générales des représentants du personnel.
L’expertise “PSE” supplante l’expertise décidée par le CSE dans le cadre de ses attributions ponctuelles
Sans surprise, dans son arrêt du 18 mars 2026, la Cour de cassation décide que, dans le cadre d’un projet de licenciement avec plan de sauvegarde de l’emploi, la faculté pour le CSE de recourir à une expertise ne peut s’exercer que dans les conditions prévues par l’article L 1233-34 du code du travail. Plus précisément, le CSE peut nommer un expert pour l’éclairer sur l’incidence du projet sur les conditions de santé, de sécurité et de travail au cours de la première réunion d’information-consultation (et non de la 4e réunion, comme en l’espèce).
La Cour de cassation approuve la décision du tribunal judiciaire, qui a annulé la délibération du CSE ayant voté l’expertise. Les juges du fond ont en effet constaté que le déploiement d’outils informatiques, qui avait justifié la nomination d’un nouvel expert, était étroitement lié au projet de licenciement économique : il visait en effet à permettre la mise en œuvre de la réorganisation. Par ailleurs, l’expert nommé lors de la première réunion d’information-consultation avait déjà étudié ce déploiement de nouveaux outils informatiques, dans le cadre de son analyse du PSE.
Fanny Doumayrou et Laurence Méchin
Prime de partage de la valeur : un montant moyen de 901 euros par bénéficiaire en 2023
27/03/2026
En 2023, la prime de partage de la valeur (PPV) a bénéficié à 5,6 millions de salariés du secteur privé non agricole, soit 28,7 % des effectifs, selon une étude de la Dares dévoilée hier. Le montant moyen versé atteint 901 euros brut par bénéficiaire.
Dans les entreprises d’au moins 10 salariés, la mise en place de cette prime repose très majoritairement (89,8 % des cas) sur une décision unilatérale de l’employeur, tandis que les accords collectifs sont plus fréquents dans les grandes structures.
La PPV reste moins répandue dans les petites entreprises, mais y est plus généreuse. Seules 25,1 % des entreprises de moins de 10 salariés l’ont versée, contre 32,1 % des structures plus importantes. Toutefois, les bénéficiaires y perçoivent en moyenne 1 238 euros, contre 836 euros dans les entreprises de plus grande taille.
Au total, 1,1 milliard d’euros ont été distribués dans les très petites entreprises à un peu plus de 900 000 salariés, contre 3,9 milliards d’euros pour 4,7 millions de salariés dans les entreprises de 10 salariés ou plus.
Enfin, la modulation des montants reste limitée : environ un quart des entreprises adapte la prime selon certains critères, principalement la durée de présence du salarié (68 % des cas) et son ancienneté (34,7 %). La présence d’un accord d’intéressement joue également un rôle, les salariés concernés percevant une prime en moyenne 1,3 fois plus élevée (938 euros contre 735 euros).
Source : actuel CSE
