L’intérim en quête de rebond dans un climat économique incertain
07/04/2026
Malgré un contexte économique et géopolitique incertain, le travail temporaire montre des signes timides de stabilisation après trois années de recul. Fragilisé par le ralentissement de l’activité, la transformation du marché du travail et de nouvelles formes d’emploi, le secteur cherche désormais les leviers pour relancer sa dynamique.
Après plusieurs années de recul, le travail temporaire semble amorcer une phase de stabilisation, sans pour autant retrouver une véritable dynamique de croissance. Selon les chiffres publiés la semaine dernière par Prism’emploi, la fédération patronale du secteur, l’intérim affiche en 2025 une nouvelle baisse de 4,6 %, après déjà -3,7 % en 2023 et -7,3 % en 2024. En trois ans, près de 100 000 emplois en équivalent temps plein ont disparu, ramenant le volume total à 687 100 ETP (équivalents temps plein), un niveau comparable à celui des années 2016-2017.
Un frémissement apparaît toutefois en fin d’année. Le recul de l’activité s’est atténué en novembre (-1,7 %) et décembre (-1,8 %), avant de quasiment se stabiliser en janvier 2026 (-0,1 %).
Des secteurs inégalement touchés
Tous les secteurs ne sont pas logés à la même enseigne. Si l’industrie a renoué avec une dynamique positive dès la mi-2025 (+5,1% en décembre, après 4,1% en novembre), les autres activités restent en net repli. Le transport-logistique enregistre une chute marquée de 11,7 % sur un an, suivi du commerce (-7,7 %) et des services (-7,1 %). Le bâtiment et les travaux publics évoluent, eux, dans une conjoncture particulièrement fragile.
La filière défense, en tension, ne parvient pas à compenser le recul global. Historiquement, le recours au travail temporaire y reste limité : en 2023, entre 4 000 et 7 000 intérimaires en équivalent temps plein y étaient employés, soit environ 2,5 % des effectifs. Un niveau de recours près de trois fois inférieur à la moyenne observée dans l’ensemble de l’industrie.
Du côté des profils, les ouvriers qualifiés résistent mieux (-2,6 %) que les autres catégories. Les employés (-15,4 %), les cadres et les professions intermédiaires (-8 %) subissent davantage le ralentissement.
Un contexte géopolitique pesant
Pour Gilles Lafon, président de Prism’emploi, les tensions internationales jouent un rôle déterminant dans cette conjoncture morose. L’escalade des conflits au Moyen-Orient, notamment autour de l’Iran, s’ajoute aux incertitudes en Europe de l’Est et pèse indirectement sur l’activité économique.
“Cette période n’est pas propice à la croissance”, souligne-t-il. La hausse des coûts de l’énergie, liée aux tensions géopolitiques, impacte directement les entreprises, notamment celles dont l’activité repose sur des flottes de véhicules. Dans ce contexte, les employeurs reportent leurs décisions d’embauche, freinant mécaniquement le recours à l’intérim.
À cela s’ajoutent des facteurs plus spécifiques, comme la taxe sur les “petits colis”, entrée en vigueur le 1er mars 2026, qui affecte durement le secteur logistique. “Certains grands distributeurs contournent désormais la France en passant par la Pologne ou la Belgique, provoquant une baisse d’activité dans des zones clés comme Roissy-Charles-de-Gaulle”, indique Gilles Lafon.
Des transformations structurelles du marché du travail
Au-delà de la conjoncture, le secteur doit aussi composer avec des mutations profondes du marché du travail. La montée en puissance du micro-entrepreneuriat – dont le nombre a presque doublé entre 2011 et 2022 – concurrence directement certaines formes d’emploi salarié, malgré l’absence de protections sociales équivalentes.
Parallèlement, le CDI intérimaire (CDI-I), instauré il y a dix ans, continue de s’éroder, notamment “sous la pression du CDI d’employabilité (CDIE), dont l’expérimentation a été prolongée jusqu’en 2028”.
Autre évolution à surveiller : l’impact croissant de l’intelligence artificielle. Selon Gilles Lafon, certaines entreprises remplacent désormais des tâches auparavant confiées à de jeunes entrants par des solutions automatisées, ce qui pourrait contribuer à la baisse de l’emploi des jeunes dans certains secteurs pourtant en croissance.
L’intérim, un levier d’insertion toujours clé
Malgré ces difficultés, le travail temporaire demeure un outil central d’insertion professionnelle, notamment pour les jeunes. Ceux de moins de 25 ans représentent 34 % des intérimaires, soit près d’un million de personnes. L’intérim constitue souvent une porte d’entrée sur le marché du travail, en particulier pour les moins qualifiés : 11 % des jeunes sans diplôme y ont recours, contre seulement 3 % des diplômés du supérieur.
Dans un contexte où le taux de chômage des jeunes atteint 21,5 %, le secteur conserve donc un rôle social majeur.
Assouplir le cadre pour relancer la machine
Face à ces défis, la fédération patronale plaide pour une réforme du cadre réglementaire, jugé trop rigide. Parmi les mesures proposées : la suppression du délai de carence entre deux missions, l’assouplissement des règles de renouvellement des contrats ou encore la simplification du recours au CDI intérimaire.
Ces propositions ont d’ailleurs été défendues, le 25 mars, par le Medef, la CPME et l’U2P, le 25 mars, lors de l’avant-dernière séance de négociation paritaire sur les contrats courts, menée au siège de l’Unédic.
Autre piste avancée : élargir les missions des entreprises de travail temporaire. Fortes de leur expertise en ressources humaines, ces entreprises pourraient proposer des services complémentaires tels que la formation, la gestion des compétences ou encore le conseil RH. Une évolution qui permettrait, selon la fédération patronale, de mieux répondre aux besoins des entreprises tout en renforçant la valeur ajoutée du secteur.
Anne Bariet
Plafonnement des transferts de budget : le gouvernement n’envisage pas de réforme
07/04/2026
Dans une question parlementaire écrite, le sénateur Guillaume Chevrollier (Mayenne, Les Républicains) demande au gouvernement s’il prévoyait de modifier le plafonnement à 10 % des transferts de fonds entre le budget de fonctionnement et le budget des activités sociales et culturelles (ASC). Selon le sénateur, qui réclame de porter ce plafonnement à 30 %, une telle mesure renforcerait le pouvoir d’achat des salariés.
Il a cependant reçu une fin de non-recevoir du ministère du Travail et des Solidarités (texte de la réponse en ligne sur le site du Sénat).
Une réponse ainsi rédigée : “Les sommes résultant de la subvention de fonctionnement qui n’ont pas été entièrement utilisées une année peuvent être reportées au budget de fonctionnement de l’année suivante ou des années suivantes. Ces sommes peuvent par ailleurs être placées et rapporter des intérêts, puis utilisées dans le cadre des intérêts économiques et financiers du CSE comme précisé plus haut. Ces éléments caractérisent l’existence d’un cadre juridique sécurisé et souple en matière de gestion du budget des CSE. En conséquence, le Gouvernement ne prévoit pas de faire évoluer la loi”
Source : actuel CSE
La crise pétrolière a provisoirement dopé les recettes fiscales
07/04/2026
En mars 2026, les recettes fiscales liées aux carburants ont rapporté à l’État 270 millions d’euros de plus qu’en mars 2025 (dont 120 millions d’euros pour la TVA et 150 millions d’euros pour les accises), indique, vendredi 3 avril, le ministère de l’action et des comptes publics. L’État profite donc des hausses du carburant dues à la nouvelle guerre du Golfe déclenchée fin février. Mais cela pourrait ne pas durer : l’exécutif s’attend à une baisse de la consommation de carburants dès le mois d’avril, une chute de 22 % ayant déjà été observée dans les derniers jours de mars.
Par ailleurs, en dépit de la prudence affichée par le Premier ministre, ce conflit entraîne aussi des dépenses. Le coût des mesures de soutien déjà annoncées par le gouvernement (*) est estimé à 130 millions d’euros pour le seul mois d’avril. En outre, l’impact de la crise sur l’économie française devrait accroître la charge de la dette à hauteur de 3,6 milliards d’euros en 2026, soit 300 millions supplémentaires par mois.
(*) aide sur le gazole non routier pour les agriculteurs pour un coût de 14 millions d’euros, aide forfaitaire pour les transporteurs routiers estimée à 50 millions d’euros, indemnité carburant pour les pêcheurs estimée à 5 millions d’euros. En outre, le gouvernement estime que 700 000 foyers supplémentaires bénéficieront en avril du chèque énergie, soit 130 millions d’euros de dépenses supplémentaires.
Source : actuel CSE
“Une remise en cause du CIR permettrait de dégager des fonds pour réduire la facture énergétique”
08/04/2026

De g. à d. : l’animateur du débat, C Eckert, F. Gay, AL.Delattre, F. Coudour (CGT), F. Leroux (FO)
Un étrillage en règle de la politique économique et sociale suivie depuis 20 ans en France, à commencer par les aides aux entreprises comme le crédit d’impôt recherche (CIR) : c’est ce à quoi se sont livrés les intervenants d’un débat organisé hier à Paris pour les 20 ans du groupe 3E, spécialisé dans le conseil et l’expertise auprès des CSE et des syndicats.
Créé sur la promesse “d’une indépendance dans le conseil et l’expertise”, le groupe 3E compte désormais 90 salariés. Ce groupe qui conduit des missions d’expertise et de conseil pour les CSE et les organisations syndicales a fêté hier son vingtième anniversaire au théâtre de la Traversière, près de la gare de Lyon à Paris, au travers d’un rendez-vous délibérément très engagé contre les politiques économiques libérales, en présence de représentants FO et CGT.
Quel rapport avec le monde des CSE ? “Depuis vingt ans, nous avons vu se déliter en France la puissance publique, au travers notamment de l’affaiblissement du code du travail et des services publics”, a estimé Laurent Lavallée, le directeur associé du groupe 3E.
Ces choix politiques expliquent, aux yeux du cabinet, la fragilité de la situation économique et sociale française, dont les points forts historiques (faible coût de l’électricité, qualité des services publics, Sécurité sociale) ont été “abimés” et dont la désindustrialisation devient alarmante. D’où le thème de la table ronde : “Comment redonner des moyens d’agir à la puissance publique ?”
Davantage d’impôts pour les citoyens, moins pour les entreprises
C’est l’agrégé de mathématiques Christian Eckert, plus connu pour avoir été un ministre socialiste des comptes publics (2014-2017), qui a dressé un bilan de l’évolution de la politique fiscale française depuis vingt ans. Non sans quelque ironie au passage sur l’effet réel du débat parlementaire sur les lois de finances et de Sécurité sociale : “Alors que les parlementaires peuvent en théorie supprimer le Crédit d’impôt recherche ou les exonérations de cotisations sociales, en un mois et demi de débat, vous avez peut-être 0,0045 % des projets qui sont modifiés…”
Entre 2001 et 2024, a-t-il estimé, la part dans le produit intérieur brut (PIB) des dépenses des administrations publiques a baissé de 1,7 points alors que dans le même temps, les crédits des affaires économiques, dévolus aux aides aux entreprises, ont progressé d’un point. Sur la même période, les recettes fiscales provenant des entreprises sont passées de 14,3 points de PIB à 12,9 points. “Un point de baisse, cela représente quand même 50 milliards d’euros par an, c’est colossal quand on sait que le déficit public annuel en France tourne autour de 150 à 170 milliards”, s’est exclamé l’ancien ministre. D’autant que ce sont les ménages qui ont payé davantage d’impôts sur la même période (de 17,4 points de PIB en 2001 à 18,4 points en 2024).
Le CIR, c’est 7 à 8 milliards d’euros par an. Un examen attentif permettrait de trouver des marges pour répondre à la crise de l’énergie
Autrement dit, la part fiscale payée par les personnes a augmenté alors que celle des entreprises a baissé en 20 ans, du fait notamment des diminutions de l’impôt des sociétés et des impôts de production.
Et l’ancien ministre de critiquer le discours public du gouvernement : “À propos des prix du carburant, tous les ministres nous répètent qu’on ne peut rien faire parce que les caisses sont vides. Mais ne pourrait-on pas regarder du côté du CIR, le Crédit d’impôt recherche, qui coûte 7 à 8 milliards d’euros par an à l’État ? Un regard plus attentif sur l’efficacité réelle de ce CIR permettrait de dégager des moyens pour soulager l’ensemble de la population sur les prix de l’énergie”.
De la transparence vers le CSE
Le sénateur communiste Fabien Gay, vice-président de la commission des affaires économiques et co-auteur d’un rapport critique sur les aides aux entreprises, a abondé dans ce sens. Bien sûr qu’il faut accompagner les entreprises quand on voit ce que font les Etats-Unis et la Chine, a-t-il concédé, mais encore faut-il évaluer l’efficacité des politiques de soutien, et, d’abord, les conditionner.
“Une des recommandations de notre rapport, a-t-il rappelé, est que les entreprises donnent des informations transparentes à leur CSE sur les aides publiques qu’elles reçoivent et sur leur utilisation, afin qu’il y ait au moins une fois par an un débat sur le sujet dans l’entreprise”.
Et le sénateur de souligner au passage la difficulté de la tâche des fonctionnaires amenés à contrôler l’utilisation du CIR : “Pour une multinationale, le CIR, c’est 700 dossiers. Donc vous ne pouvez en prendre que quelques-uns et tenter de vérifier les choses, mais cela signifie pouvoir évaluer ce que disent les chercheurs. Ça pose un problème de compétences à l’administration”.
Quand vous faites un achat, dites-vous que le quart de la TVA finance les exonérations de cotisations sociales des entreprises
Cette politique publique de soutien aux entreprises, l’économiste Anne-Laure Delattre, directrice de recherche au CNRS, l’a également critiquée : “La loi Veil oblige l’État à compenser – ce qu’il fait inégalement – les exonérations de cotisations sociales accordées aux entreprises. C’est la plus grosse aide indirecte de l’Etat aux entreprises. Et quand on y réfléchit, c’est déjà une forme de TVA sociale puisque ces exonérations sont compensées par l’affectation des recettes de la TVA à hauteur de 60 milliards d’euros par an”. Et l’économiste de lancer au public : “La prochaine fois que vous faites un achat, dites-vous que le quart de la TVA que vous payez sert à financer les exonérations de cotisations des entreprises !”
Pour l’économiste, qui a participé à l’élaboration du programme du Nouveau Front populaire pour les législatives de 2024, le débat public doit sortir d’une impasse austéritaire : “Ce qui nourrit le rejet des partis politiques et favorise l’extrême-droite, c’est le constat fait par les citoyens, et qui me semble juste, de payer beaucoup d’impôts alors que l’hôpital, l’école et les transports publics se dégradent. Si on veut changer la donne et le rapport de forces dans le débat public, il faut démontrer que c’est bien la politique de soutien non conditionnée aux entreprises qui est à la source de moins investissements dans les services publics, et qu’il est possible de faire autrement”.
Comment ? En levant des impôts qui ne pénaliseraient pas la croissance en permettant des investissements publics profitables à la population, répond Anne-Laure Delattre.
L’enjeu de l’énergie et des autoroutes
Cette restauration d’une politique publique forte pour les services publics, Fabrice Coudour, le secrétaire général de la FNME-CGT, l’appelle de ses vœux. A l’approche des 80 ans de la nationalisation de l’électricité et du gaz, le syndicaliste réclame une rupture avec “la politique de marché libéralisé censé protéger le consommateur mais qui a depuis vingt ans fait augmenter les prix”. Fabrice Coudour revendique un service public de l’énergie, avec un monopole retrouvé pour l’électricité et le gaz, et un statut élargi à tous les salariés du secteur.
Cela permettrait, assure-t-il, un accès pour tous à une énergie peut chère, pour le citoyen comme pour l’industriel. N’est-ce pas cette politique d’intérêt général, insiste-t-il, qui a permis après 1945 à la France de se réindustrialiser en garantissant des prix bas et stables ?
La privatisation des autoroutes a rapporté 15 Mds€, à comparer aux 60Mds€ de dividendes distribués depuis à leurs actionnaires
En charge du secteur des autoroutes, Frédéric Leroux, secrétaire fédéral de la fédération équipement, environnement et transports de Force ouvrière, a également alerté le public sur l’enjeu des concessions autoroutières qui arrivent à échéance d’ici 2031 à 2036. Leur privatisation, a-t-il résumé, a rapporté à l’Etat 15 milliards d’euros en 1986, et elles ont depuis généré… 60 milliards d’euros de dividendes, “avec des taux de rentabilité supérieurs à ceux de la chimie, du pétrole voire du luxe”.
Et le syndicaliste de FO de calculer qu’en 20 ans, 50 % des effectifs des Autoroutes Paris Normandie ont été supprimés. L’utilisation des nouvelles technologies (fin des péages par exemple et transfert à l’usager du travail de paiement) va encore accentuer la tendance, l’économie réalisée n’allant pas “à l’amélioration du service” selon lui mais à la rémunération de l’actionnaire. “Dans le dossier des autoroutes, la question centrale, c’est : qui décide ? A qui profite la richesse produite ? Peut-on accepter que des infrastructures publiques deviennent des sources de profit privées ?”
De quoi prendre la première bretelle de sortie, non ?
Bernard Domergue
Les titres-restaurant pourront être utilisés le dimanche
09/04/2026
Dans une interview accordée au Parisien le 4 avril 2026, Serge Papin, le ministre des PME, du commerce, de l’artisanat et du pouvoir d’achat, annonce la maintien de l’utilisation des titres-restaurant pour acheter tout aliment dans les grandes surfaces.
“Nous proposons de pérenniser le dispositif tel qu’il existe aujourd’hui et d’y apporter quelques aménagements. Par exemple, tous les salariés pourront l’utiliser le dimanche. Je souhaite aussi sa dématérialisation complète et qu’on fixe, dans la loi, la possibilité d’en faire don à une association agréée. Certaines pratiques pour les professionnels seront interdites, comme les rétrocommissions”.
Interrogé sur l’autorisation donnée à l’enseigne Hema d’accepter le titre-restaurant “alors qu’elle vend uniquement des chips, des bonbons, des gâteaux”, le ministre s’est dit “favorable à ce qu’il ne puisse être utilisé que dans les commerces « essentiellement alimentaires » “.
“Le texte est prêt. Il sera porté par les parlementaires et déposé d’ici l’été pour être adopté avant la fin de l’année”, indique Serge Papin.
Source : actuel CSE
