Chaleur au travail : le rappel du décret de 2025, et les conseils de l’INRS

27/05/2026

L’épisode caniculaire, inédit en France pour le mois de mai, survient un an après la publication, le 1er juin 2025, d’un décret et d’un arrêté renforçant les obligations des employeurs en cas d’épisode de grande chaleur. S’ils ne stipulent pas de seuils de températures au-delà duquel le travail est interdit, contrairement à ce que réclamaient des organisations syndicales, ces textes créent une obligation réglementaire qui s’appuie sur les vigilances météo (Ndlr : verte, jaune, orange, rouge). Le décret liste également huit mesures dont les employeurs peuvent s’inspirer pour une meilleure prévention et protection des travailleurs :

  • adapter l’organisation du travail ;
  • changer les horaires ;
  • prendre en compte le rayonnement UV ;
  • mettre en place des équipements de protection et de rafraîchissement (il existe par exemple des systèmes pour ombrager les lieux de travail, des systèmes de brumisation, il y a l’obligation de mettre à disposition trois litres d’eau fraiche chaque jour par salarié, etc.) ;
  • mettre en place davantage de mécanisation pour soulager les salariés (comme par exemple des chariots ou robots suiveurs qui portent des charges en restant au contact du salarié), etc. 

À l’occasion de cette nouvelle vague de chaleurs, l’Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles (INRS) rappelle dans un dossier publié sur son site l’ensemble de ses conseils donnés aux employeurs et aux salariés.

L’INRS souligne que les valeurs de 30 °C pour une activité sédentaire et 28 °C pour un travail nécessitant une activité physique peuvent être utilisées comme repères pour agir en prévention. “Toutefois, certaines situations de travail peuvent être dangereuses en-dessous de 28 °C ou maîtrisées au-delà de 30 °C car la température de l’air ne suffit pas à évaluer les risques liés aux ambiances thermiques chaudes”, précise l’institut.

Source : actuel CSE

Salaires, conditions de travail, effectifs : l’exécutif reste sourd à la détresse des métiers médico-sociaux

29/05/2026

La conférence de presse des syndicats médico-sociaux FO, CFDT, Sud, CFE-CGC, 28 mai 2026

Alors que les grilles salariales des conventions collectives du soin s’effondrent sous l’effet de la hausse du Smic, les syndicats du secteur médico-social ont été reçus mercredi au ministère de la Santé. Avec pour toute aide, une fin de non-recevoir à leurs revendications.

“Zéro plus zéro égale zéro”, regrette David Legrand, secrétaire général adjoint de la fédération FO Action sociale. Reçus mercredi 27 mai en délégation intersyndicale avec la CFDT, Sud Santé sociaux et la CFE-CGC par Jordan Challier, conseiller spécial de Stéphanie Rist, la ministre de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées, les syndicats sont repartis désabusés. Le secteur médico-social souffre en effet de nombreux maux. Alors que ces salariés couvrent des besoins essentiels de la population, de l’accompagnement des personnes en situation de handicap aux aides à domicile en passant par la santé privée non lucrative et la réinsertion sociale, le gouvernement leur refuse tout soutien financier d’ampleur en dehors des récentes aides au paiement des carburants.

Il manque à ces secteurs des bras, des moyens et la reconnaissance des métiers, de l’aide-soignant à l’éducateur. Considérés comme trop peu qualifiés, leurs rémunérations souffrent d’une faiblesse chronique, inversement proportionnelle à leur utilité professionnelle. Déclarés “essentiels” en 2020 pendant la crise sanitaire, leurs revendications restent lettre morte depuis les plans “Ségur” qui n’ont pas couvert tous les besoins. Pourtant, entre le vieillissement de la population et la dégradation du climat, le médico-social risque de s’effondrer. A défaut d’obtenir satisfaction, les syndicats veulent alerter la presse et l’opinion publique et ont organisé à cette fin une conférence de presse jeudi 28 mai à la confédération Force Ouvrière à Paris.

Une bombe à retardement

Malgré un appel à la grève à partir du 26 mai, la réunion intersyndicale au ministère de la Santé n’a rien donné. “Il n’y a d’argent pour personne, et on nous renvoie à de futurs arbitrages interministériels”, continue David Legrand (FO).

Pourtant, la CFDT a fait ses comptes : “Si on met bout à bout ce que la moitié des hausses de salaires rapporterait en cotisations, l’argent injecté dans l’économie qui remonte en recettes de TVA et d’impôt sur le revenu et les économies sur les aides publiques versées à ces salariés, la facture des hausses de salaires passerait de 13,3 milliards d’euros à 3 milliards seulement”, s’agace Benjamin Vitel, responsable national du dialogue social à la CFDT santé-sociaux.

À Sud santé-sociaux, Brahim Ould Aklouche accuse donc le gouvernement de faire des économies sur le dos des plus démunis. “Nous sommes inquiets des effets de l’austérité budgétaire sur le long terme : les gens qui ne sont pas soignés aujourd’hui, c’est une bombe sociale pour demain”.

Des grilles salariales tassées

Sous l’effet des hausses du Smic, les grilles salariales des conventions collectives du secteur médico-social se tassent un peu plus chaque année. Celle des établissements et services pour personnes inadaptées et handicapées (appelée “CCNT 66”) comprend désormais 32 niveaux de rémunération en dessous du Smic, revalorisé le 1er juin prochain à 1 867,02 euros mensuels brut.

Dans la convention CCNT 65 (établissements médico-sociaux), 7 métiers se trouvent rémunérés sous le Smic, des aides-soignants aux moniteurs éducateurs en passant par les secrétaires médicaux. “En tout, selon le baromètre RH Axess (organisation patronale) de 2025, il y aurait 500 000 emplois supplémentaires à pourvoir d’ici 2030″, s’alarme Sergine Heckel-Daussy, de la fédération Santé Social CFE-CGC. Elle rappelle également que le secteur médico-social “n’est pas confidentiel”. Il emploie effectivement plus d’un million de salariés dans 40 000 établissements. Alors qu’il existe 320 000 intentions d’embauche, 87 % d’entre elles ne sont pas satisfaites.

Et selon les syndicalistes de tous horizons, y compris à la CGT qui ne s’est pas jointe à cette intersyndicale, le problème des salaires ne cesse de creuser un peu plus le défaut d’attractivité de ces métiers. Au niveau des branches, où l’organisation patronale Axess a quitté les négociations salariales. Salariés et syndicats ne savent donc plus vers qui se tourner, en dehors des appels à la mobilisation. “Des rassemblements se sont tenus dans une trentaine de départements, nous attendons encore des remontées du terrain et nous ferons un point sur la mobilisation avec tous les chiffres la semaine prochaine”, explique Michel Poulet (FO).

Des CSE sans moyens

Il dresse aussi un constat un peu amer : “On a l’impression que c’est en train de basculer : les burn out se multiplient, la qualité des soins baisse rapidement”, avant d’ajouter : “De toute façon, les CSE sont seulement consultés”. À la CFE-CGC, Emilie Orrière, négociatrice de branche, signale que les CSE alertent les employeurs sur la question des horaires en plages de 12 heures, une organisation qui pose de nombreuses difficultés de fatigue aux salariés, d’équilibre des vies professionnelle et personnelle, et d’aptitude à remplir leurs missions. Selon les syndicalistes, les employeurs les renvoient pour ce sujet à la fédération patronale FEHAP. Sans répondre ni aux élus de CSE, ni aux syndicats, ni aux salariés.

Marie-Aude Grimont