Grippe : la campagne vaccinale prolongée jusqu’au 28 février

28/01/2026

Du fait de la circulation importante du virus, la Direction générale de la santé (DGS) annonce la prolongation jusqu’au 28 février de la campagne vaccinale contre la grippe. 

La DGS recommande la vaccination pour : 

  • les personnes âgées de 65 ans et plus ;
  • les personnes de moins de 65 ans souffrant de certaines maladies chroniques ;
  • les femmes enceintes ;
  • les personnes souffrant d’obésité (indice de masse corporelle ≥ 40) ;
  • l’entourage des nourrissons à risque de grippe grave et des personnes immunodéprimées ;
  • les professionnels de santé et tout professionnel en contact régulier et prolongé avec des personnes à risque de grippe sévère.

Pour ces publics, la vaccination est prise en charge à 100 % par l’Assurance maladie. Le vaccin peut être fait par un médecin, un infirmier, une sage-femme ou un pharmacien. 

La DGS rappelle par ailleurs que le vaccin contre le Covid-19 est pris en charge à 100 % pour toute personne dès l’âge de 5 ans. 

Source : actuel CSE

Risques psychosociaux : l’accord de santé au travail de Michelin prévoit le recours à l’IA pour capter les signaux faibles

29/01/2026

Le siège de Michelin, place des Carmes à Clermont-Ferrand

Signé en décembre 2025, l’accord de Michelin sur la santé au travail prévoit d’utiliser l’intelligence artificielle pour analyser les postes de travail sur le plan ergonomique mais aussi détecter les signaux faibles concernant les risques psychosociaux. Il prévoit aussi une sensibilisation des salariés à la santé mentale. Analyse des dispositions avec notamment l’un des négociateurs du texte, Raphaël Roussy (CFDT), le président de la Mutuelle de Michelin.

Le 15 décembre 2025, après 4 séances de négociation, la direction de Michelin et quatre organisations syndicales (CFDT, CFE-CGC, SUD et FO) ont signé un nouvel accord de trois ans sur la santé au travail, un texte “en demi-teinte” selon les mots de la CFDT (*). “Nous aurions aimé un accord plus ambitieux. Nous allons donc traiter certains sujets complémentaires dans les commissions santé, sécurité et conditions de travail”, nous annonce Pierre Papon, délégué syndical central CFDT.

De fait, certaines dispositions ne font que reprendre le contenu de la loi. C’est le cas de l’article sur les représentants du personnel (RP). Les RP sont “associés, notamment dans le cadre des commissions santé, sécurité et conditions de travail (CSSCT), aux démarches de protection de la santé et d’amélioration des conditions de travail des salariés”, ils “analysent la pertinence des actions de prévention de leur site et la réalité de leur mise en œuvre”, sachant qu’ils peuvent “formuler toutes propositions de nature à améliorer la santé, la sécurité et les conditions de travail des salariés de l’entreprise”, rappelle le texte. 

Mais il y a quand même de nouvelles dispositions dans l’accord, même si l’absence de chiffres laisse l’un des négociateurs, Raphaël Roussy (CFDT), sur sa faim : “C’est un de mes regrets, nous n’avons pas des chiffres suffisamment stables dans le temps afin de mesurer de véritables tendances sur le temps long”. Le négociateur de la CFE-CGC, Nicolas Mirvot, élu au CSE et au CSE central, est du même avis : “Cela reste une grosse piste d’amélioration. Nous obtenons les éléments chiffrés lors des réunions de suivi, mais au départ, il reste compliqué de se mettre d’accord avec Michelin sur la définition des indicateurs et des objectifs cibles”. 

Une partie du texte, qui court sur 27 pages (lire le document en pièce jointe), traite des risques psychosociaux (RPS) et de leur prévention. “Avec la santé mentale, c’était l’un de nos enjeux. Les cadres subissent une pression très forte, et le caractère anxiogène du monde qui nous entoure s’y ajoute. Depius 2010, Michelin traite le sujet des RPS et nous commençons à monter en puissance”, souligne Nicolas Mirvot.

Sur ce sujet, une évaluation préventive est prévue. Menée sur la base d’un “guide pour la détection des impacts des projets sur les conditions de travail”, cette évaluation est pilotée par un animateur RPS “en présence des managers, de chefs de projet, de salariés représentatifs choisis par et au sein de l’entité concernée, et de leur environnement et au minimum d’un membre de la CSSCT”. 

Un diagnostic et un temps d’écoute

La première mission de l’animateur, qui bénéficie d’une formation aux RPS tout comme les membres d’une CSSCT participant à la cellule de veille, est de faire un diagnostic sur les RPS. Ce peut être un état des lieux rapide dressé avec le manager et le médecin ou l’infirmière, mais cela peut passer aussi par un temps d’écoute, notamment “en cas de doute sur l’origine des facteurs de risque ou s’il y a des visions divergentes des acteurs impliqués”. Ces temps d’écoute de salariés sont collectifs et basés sur le volontariat, ils associent l’animateur, le médecin du travail et au moins un membre de la CSSCT. Les conclusions doivent donner lieu à un plan d’action. Pour le délégué syndical central CFDT, qui souligne au passage la très forte charge de travail qui pèse sur les titulaires de mandats, c’est une forme d’officialisation du travail déjà fait par les représentants du personnel, qui font remonter les problèmes perçus. 

L’autre mission de l’animateur consiste à de capter “les signaux faibles”, dans le cadre d’une commission associant les membres de la CSSCT, les services de prévention et la direction. Un bilan est fait en CSSCT chaque fin d’année. Quels peuvent être ces signaux faibles ? Ce peuvent être des “retours de salariés”, des indicateurs comme le nombre de passage à l’infirmerie, l’accidentologie, les entretiens médicaux, etc.

Les signaux faibles des RPS et le recours à l’intelligence artificielle

L’accord ouvre la voie, pour l’analyse de ces signaux faibles, à l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA). Si l’on comprend bien, l’IA pourrait à terme analyser les données quantitatives sur les accidents de travail et maladies professionnelles, le turn over et l’attractivité, l’absentéisme, le nombre de consultations RPS avec le médecin du travail ou le psychologue. Cette approche, souligne l’accord, doit faire l’objet d’une “co-construction”, par exemple “à l’occasion des commissions de suivi” de l’accord. 

“Cet outil interne devrait donc permettre de sortir des tendances et de voir comment nous nous situons. Mais c’est trop tôt pour savoir ce qu’il en sortira. Nous avons trois années devant nous pour l’expérimenter”, explique Pierre Papon, le DSC CFDT. “Sur le principe, à condition de respecter l’anonymat et de ne pas se servir de l’IA pour surveiller les salariés, nous pensons que la technologie peut concourir à une meilleure prévention. Mais nous demandons à voir ce que cela apportera concrètement. Il faudra passer par une phase de tests et des restitutions”, réagit, pour la CFE-CGC, Nicolas Mirvot.

Du côté de la CGT, non signataire d’un accord “qui n’apporte rien de nouveau aux salariés”, on réagit vivement à ce sujet : “Ce n’est pas l’IA qui va empêcher les risques psychosociaux ni déclarer les accidents du travail”, tranche Romain Baciak, secrétaire du syndicat CGT.

Raphaël Roussy, qui préside la Mutuelle de Michelin, un organisme bientôt centenaire, se montre tout à la fois prudent, car cette exploitation par l’IA n’a pas encore été testée, et rassurant : “La Commission nationale informatique et libertés (Cnil) a validé cette approche, car les informations sont anonymisées. Cela peut contribuer à détecter plus tôt des problèmes”.

L’IA au secours de l’ergonomie

L’IA est également évoquée dans l’approche multifactorielle de l’ergonomie par Michelin. Un nouvel outil de mesure, basé sur la vidéo et l’IA, permettra selon l’entreprise de mieux évaluer les contraintes physiques dans les différents postes. “Cet outil n’a pas vocation à diminuer le nombre d’ergonomes”, est-il spécifié dans le texte. Une précision apportée à la demande des représentants du personnel, qui ont prévenu : cet outil ne devra en aucun cas servir à surveiller les salariés. Là encore, la CGT avoue sa défiance : “Qu’est-ce qui nous garantit que les vidéos ne seront pas utilisées contre les salariés ?” interroge Romain Baciak. 

Raphaël Roussy (CFDT) attend de cette innovation une meilleure analyse des postes de travail et la suppression des postures classées G10 (très fort niveau de contrainte et donc de pénibilité), ces suppressions faisant l’objet d’un des indicateurs de l’amélioration de la situation.

Un indicateur, un “Ergoscore”, sera créé pour “évaluer les différentes composantes de l’ergonomie multifactorielle (biomécanique, environnement, cognitive, sens du travail, etc.) et intégrer un plus grand nombre de métiers”. La création d’un Ergoscore, prévient Pierre Papon, devra être utilisé pour améliorer les conditions de travail, pas pour justifier l’immobilisme”.

La santé mentale, le cancer, les fins de carrière

Un autre point de l’accord concerne la santé mentale. L’action prévue par le texte se fera en partenariat avec la Mutuelle de Michelin, un organisme presque centenaire qui couvre, pour leur santé, les 30 000 salariés de Michelin et leurs ayants-droit, une institution présidée par Raphaël Roussy (CFDT) : “L’enjeu consiste d’abord à sensibiliser les salariés, afin qu’ils sachent détecter les signaux faibles chez leurs collègues” (**). Lui-même secouriste en santé mentale, Raphaël Roussy souligne que sera expérimentée sur Clermont-Ferrand la formation de deux infirmières en santé mentale. “On ne s’improvise pas intervenant sur le sujet de la santé mentale, c’est donc bien de passer par les professionnels de la Mutuelle, qui participent déjà à la prévention des addictions et les troubles musculosquelettiques dans le groupe”, complète Nicolas Mirvot (CFE-CGC).

Le groupe, qui a signé la charte “cancer et emploi” du Club des entreprises créé par l’INca (Institut National du Cancer), s’engage donc “à étudier et mettre en place, avec le personnel de santé et les services de prévention, des actions concrètes pour améliorer la conciliation entre cancer et emploi”. Seront également conduites des actions de promotion de la santé (sensibilisation aux dangers du tabac, de l’alcool, etc.).

Signalons pour finir que l’accord, qui traite aussi de l’ergonomie et de la prévention des risques chimiques, comporte un volet sur les aménagements de fin de carrière. Les salariés concernés, ceux âgés de 58 ans et en situation de travail posté  en équipe, bénéficient de 2 à 5 jours de repos selon leur rythme de travail. 

À venir dans l’agenda social : une intégration et la GEPP

Alors que les derniers jours ont été tendus avec les propositions salariales de l’entreprise qui équivalent à un quasi gel des rémunérations, les prochaines semaines seront chargées pour les représentants du personnel de Michelin. Les délégués syndicaux négocient jusqu’en mars l’intégration dans le groupe des 370 salariés des pneus Laurent. Spécialisée dans les pneus rechapés, cette entreprise située à Avallon, près d’Auxerre, était jusqu’à présent une filiale de Michelin. “Actuellement, 70 % des salariés sortiraient gagnants de cette intégration, mais 30 % auraient une conséquence négative. Nous essayons donc d’améliorer les choses”, nous précise Pierre Paon, DSC CFDT.

Son homologue de la CGT, Romain Baciak, a les yeux tournés vers la future discussion sur la GEPP qui débute le 18 mars. Les discussions en vue d’un accord de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GEPP) devraient aussi porter sur les seniors mais le syndicat redoute que cette négociation n’entérine une diminution future des effectifs. 

(*) L’accord couvre la Compagnie générale des établissements Michelin et 4 de ses filiales : la Manufacture française des pneumatiques Michelin (MFPM), la Simorep et Société de caoutchouc synthétique Michelin (CSM), la Compagnie financière Michelin (CFM), la société Pneu Laurent (PLA).  

(**) L’article 3.5 de l’accord dit précisément ceci : “La MNPEM (Mutuelle nationale du personnel des établissements Michelin) s’engage à faire une sensibilisation sur quatre thèmes orientés sur la problématique de santé mentale : déstigmatiser les troubles mentaux, favoriser la prévention des problèmes de santé mentale, mieux détecter les problèmes de santé mentale, orienter au mieux les salariés concernés. Chaque établissement doit aborder ces quatre thématiques avec l’aide des supports proposés par la MNPEM dans la durée du présent accord”.  

Bernard Domergue