Grandes chaleurs : 4 salariés sur 10 estiment avoir été protégés par leur employeur selon l’enquête de la CGT
07/09/2026
La CGT vient de publier son enquête sur les grandes chaleurs au travail : 11 315 personnes, appartenant pour 55 % à la fonction publique, ont répondu volontairement à un questionnaire en ligne, du 4 juillet au 31 août (*).
La confédération souligne quelques grandes tendances issues de ces réponses qui ne constituent pas un sondage :
- 96 % des répondants disent avoir été plus fatigués que d’habitude du fait des épisodes caniculaires de cet été ;
- 85,6 % jugent les dernières canicules “pénibles”, “très pénibles” ou “insupportables” (67 % disent avoir eu du mal à se concentrer et 40 % rapportent des maux de tête) ;
- 80,3 % ont eu le sentiment qu’on leur demandait de travailler “comme si de rien n’était” pendant les épisodes de canicule, alors que 78 % ont dû ralentir leur rythme de travail (68 % ont travaillé en intérieur sans climatisation et seuls 37 % disent avoir bénéficié d’eau fraîche au travail );
- 50,3 % pensent qu’il aurait fallu ralentir le rythme de travail et 36,6 % qu’il aurait été raisonnable d’arrêter de travailler ;
- 46 % pensent qu’un accident aurait pu arriver (et 10 % ont été témoins d’un accident) ;
- 41 % rapportent que leur employeur a aménagé les horaires de travail (32 % évoquent le télétravail, 14 % des pauses supplémentaires et 11 % un raccourcissement ou ralentissement de l’activité) ;
- 20,4 % disent n’avoir bénéficié d’aucune mesure de protection au travail (“J’ai dû apporter mon ventilateur au bureau afin de faire circuler l’air”, témoigne un répondant) ;
- 48,9 % estiment que leur domicile est aussi difficile à vivre voire encore moins supportable sur leur lieu de travail, ce qui selon la CGT “relativise l’idée d’un repli possible chez soi après le travail”, etc.
La CGT souligne au final qu’une minorité de salariés (4 sur 10) disent avoir eu le sentiment d’avoir été protégé par leur employeur durant les fortes chaleurs.
► Rappel : la CGT avait présenté en juillet ses revendications concernant la protection des travailleurs et une meilleure prévention des risques liés aux grandes chaleurs (instauration de seuils de température, congé climatique inspiré du congé intempéries existant dans le BTP, renforcement des sanctions contre les entreprises, avis conforme du CSE sur le plan de prévention).
(*) Profil des répondants : une femme (59 %), entre 30 et 49 ans (48,5 %), en couple avec enfant de moins de 16 ans (28,5 %). Une majorité de répondants (+ 55 %) travaillent dans la fonction publique, 7 % dans l’industrie, 4,7 % dans les transports, etc. CSP : employé ou fonctionnaire de catégorie C (31 %), technicien, agent de maîtrise ou fonctionnaire de cat. B (30,2 %), ingénieur, cadre ou fonctionnaire de cat. A (26,3 %), ouvrier ou fonctionnaire de cat. C (11,9 %), etc, résidant à Paris (7,6 %), Loire Atlantique (6 %), le Nord (3,8%), etc.
Source : actuel CSE
La CGT demande 3 milliards d’euros par an pour la lutte contre les violences sexistes et sexuelles
08/09/2026
L’Assemblée, qui reprend ses travaux en plénière début octobre, a commencé hier l’examen en commission spéciale de la proposition de “loi intégrale” contre les violences sexistes et sexuelles, un texte que ses auteurs ont modifié suite à l’avis du Conseil d’État.
“Il est temps que la France se dote des moyens nécessaires pour répondre à la gravité de la situation, faire cesser les violences sexistes et sexuelles, et accompagner les victimes”, réagit la CGT. Pour cela, soutient la confédération, “l’Etat doit accorder a minima 3 milliards d’euros par an à son budget”.
Le syndicat, qui organise un appel à la grève le 29 septembre pour soutenir les services publics, “exige” d’autre part “la reprise intégrale des 140 propositions travaillées par les associations et syndicats, notamment sur les violences sexistes et sexuelles au travail (VSST)”.
Source : actuel CSE
Emploi des jeunes, parcours syndicaux, retraites… Les priorités de la CFE-CGC
10/09/2026

Christelle Thieffinne reçue, hier, par l’Ajis
Emploi des jeunes, intelligence artificielle, salaires, transparence des rémunérations, Agirc-Arrco, négociations interprofessionnelles… À l’approche de la présidentielle, Christelle Thieffinne entend faire entendre les priorités de la CFE-CGC auprès des candidats. Avec une urgence : ouvrir une négociation sur l’emploi des jeunes, dont elle juge la situation “catastrophique”.
À l’instar de la CFDT, la CFE-CGC compte peser dans la campagne présidentielle. Lors d’une rencontre organisée hier par l’Association des journalistes de l’information sociale (Ajis), sa présidente, Christelle Thieffinne, a indiqué que la confédération préparera un document présentant ses positions et ses valeurs, qui sera adressé aux candidats. Leurs réponses seront ensuite rendues publiques auprès des adhérents.
Sans donner de consigne de vote, la CFE-CGC entend défendre son “ADN”. Elle s’opposera notamment à toute mesure fondée sur la préférence nationale ou introduisant une différence de traitement selon l’origine. Christelle Thieffinne se dit “inquiète” de la perspective de voir le RN accéder à l’Élysée à l’issue de l’élection présidentielle de 2027. Elle ajoute : “Vous trouverez toujours la CFE-CGC contre toute politique qui aurait pour velléité de réduire le champ des syndicats”. Précisant que le RN n’est pas le seul parti à vouloir réduire l’action des organisations syndicales, elle a évoqué implicitement de dernier ouvrage de l’économiste Gilbert Cette (par ailleurs président du Conseil d’orientation des retraites), dans lequel il proposait de réduire drastiquement le nombre de syndicats en France.
Ouvrir rapidement une négociation sur l’emploi des jeunes
Mais la priorité de Christelle Thieffinne reste l’ouverture de négociations entre partenaires sociaux, à commencer sur l’emploi des jeunes. “La situation est catastrophique, donc il faut ouvrir des discussions sur le sujet”, alerte-t-elle.
La présidente de la CFE-CGC souhaite une négociation entre partenaires sociaux avec un cadrage gouvernemental, dans le cadre de l’article L.1 du code du travail. “Il faut qu’il y ait un cadre gouvernemental pour mettre de la pression dans le système, parce que sinon, on n’arrivera pas à grand-chose”.
Parmi les pistes défendues, la CFE-CGC souhaite que les entreprises acceptent davantage d’embaucher des jeunes qui ne disposent pas encore exactement de toutes les compétences requises pour le poste, quitte à les former ensuite. Christelle Thieffinne plaide également pour développer le tutorat et les binômes entre juniors et seniors afin de favoriser le transfert de compétences.
En revanche, la syndicaliste rejette l’idée d’un contrat spécifique pour les jeunes, proposé par le Medef. “Ils ont des compétences”, insiste-t-elle, refusant d’instaurer un statut moins favorable que celui des autres salariés.
Des évolutions professionnelles pour les élus de CSE et délégués syndicaux
Autre thème de négociation autonome des partenaires sociaux : les parcours syndicaux. Sur ce point, Christelle Thieffine portera une reconnaissance des mandats et de l’implication des représentants du personnel ainsi que l’égalité de leur rémunération par rapport aux salariés non mandatés. Elle précise également : “Il faudra aussi que les compétences acquises par exemple sur la négociation ou la protection sociale acquises pendant le mandat soient reconnues dans l’entreprise et être transformées en évolution professionnelle”.
CHSCT ou commission santé ? “Les deux mon capitaine”
Si certains syndicats ne défendent que le retour du CHSCT quel que soit l’effectif de l’entreprise, ou uniquement une baisse du seuil à partir duquel une commission santé sécurité et conditions de travail (CSSCT) est obligatoire (aujourd’hui 300 salariés), Christelle Thieffine revendique ces deux aspects à la fois. “Quelle que soit la taille de l’entreprise, il faut regarder le sujet et ne pas s’arrêter à l’aspect légal”, nous a-t-elle répondu, soulignant au passage les risques que les incendies ont fait peser sur la santé des salariés cet été ainsi que les accidents du travail.
Agirc-Arrco : distinguer la revalorisation de la négociation quadriennale
Christelle Thieffine rappelle que la négociation de l’accord quadriennal Agirc-Arrco doit être distinguée de la question de la revalorisation annuelle des pensions de retraite complémentaires. Ce dernier sujet ne relève selon elle pas d’une négociation mais du pilotage de l’Agirc-Arrco, notamment des prérogatives de son conseil d’administration.
À ce sujet, qu’elle considère comme “primordial”, elle souhaite que les équipes techniques de l’organisme paritaire puissent “faire le job”. En effet, les règles régissant le fonctionnement de l’Agirc-Arrco prévoient que la valeur de service du point évolue au 1er novembre de chaque année comme les prix à la consommation hors tabac moins un facteur de soutenabilité de 0,40 point. Les partenaires sociaux disposent par ailleurs d’une marge de manœuvre de plus ou moins 0,4 point supplémentaire.
Concernant la revalorisation annuelle des pensions complémentaires, la nouvelle présidente de la CFE-CGC souligne que les finances de l’Agirc-Arrco ne sont pas en crise : “Aujourd’hui on a 90 milliards de réserves, c’est presque le double de ce qui est nécessaire pour piloter correctement”, affirme-t-elle. Elle estime donc qu’il faut rattraper l’absence de revalorisation de l’année 2026 mais aussi aller chercher une nouvelle revalorisation des pensions pour 2027. La CFE-CGC refuse également toute désindexation des retraites de base dans le budget 2027 que Sébastien Lecornu est en train de préparer.
L’IA bouscule les débuts de carrière
Le développement de l’intelligence artificielle renforce ses inquiétudes. Certains métiers traditionnellement occupés en début de carrière pourraient être particulièrement affectés. D’ores et déjà, plusieurs secteurs sont touchés, notamment la banque, le juridique, la presse et le conseil, souligne-t-elle, précisant que 33 PSE ont été recensés dans la branche Syntec.
Comment, dès lors, permettre aux jeunes de se forger une expérience professionnelle ? “Comment devenir senior alors que l’on n’a jamais été junior ?”, interroge-t-elle.
Face aux transformations des métiers et aux possibles disparitions d’emplois, la CFE-CGC revendique une négociation interprofessionnelle sur l’IA. Elle souhaite notamment travailler sur les compétences et les parcours professionnels, mais aussi sur la charge de travail, la santé mentale et les risques psychosociaux. En libérant les salariés de certaines tâches, l’IA pourrait, selon elle, les conduire à se concentrer sur des missions toujours plus complexes.
Salaires : davantage de partage de la valeur
Autre priorité : le pouvoir d’achat. Christelle Thieffinne veut “tirer les salaires vers le haut” et réclame davantage de partage de la valeur, notamment à travers la participation, l’intéressement et l’actionnariat salarié. Elle refuse en revanche l’idée de rapprocher le salaire brut du salaire net et préfèrerait une taxation des produits consommés en France mais produits à l’étranger.
La présidente de la CFE-CGC sera également attentive à la transposition de la directive sur la transparence salariale. Elle regrette le retard pris par la France et prévient les employeurs : “Le boulot est immense, les entreprises ne sont pas prêtes”. Elle appelle ces dernières à disposer de données nécessaires pour comparer les rémunérations et corriger les inégalités entre les femmes et les hommes.
Au-delà des salaires, la syndicaliste pointe les écarts dans les parcours professionnels, notamment après une naissance. “La maternité ne doit pas être une barrière”, insiste-t-elle. Quant aux arrêts de travail et les pistes gouvernementales d’en resserrer l’accès ou l’indemnisation, elle juge qu’il faut d’abord “comprendre pourquoi les arrêts de travail augmentent”.
Concilier réindustrialisation et transition écologique
Enfin, Christelle Thieffinne veut faire de la réindustrialisation une priorité, tout en l’articulant avec la transition environnementale. “Il faut des politiques qui s’engagent sur ces transitions”. Concernant les effets du changement climatique sur le travail, la CFE-CGC ne défend pas l’instauration d’un seuil unique de température au-delà duquel il serait impossible de travailler. Elle privilégie une approche par métier et par branche, tenant compte de l’exposition réelle des salariés.
Pour Christelle Thieffinne, les réponses devront donc être négociées “branche par branche”, mais aussi au niveau des entreprises et des territoires, afin d’adapter l’organisation et les rythmes de travail aux risques auxquels sont réellement exposés les salariés.
La même logique de dialogue social prévaut pour le télétravail. Alors que certaines entreprises réduisent le nombre de jours à distance, Christelle Thieffinne appelle à préserver un équilibre entre présence collective et autonomie, tout en invitant les employeurs à “faire confiance aux salariés”.
Anne Bariet et Marie-Aude Grimont