Les entreprises françaises attendent un rebond de la productivité grâce à l’IA dans les 3 ans
10/09/2026
Une nouvelle étude de la Banque de France, en date du 3 septembre, montre que si deux tiers des entreprises d’au moins 20 salariés utilisent l’intelligence artificielle, les effets de l’IA sur la productivité restent pour l’instant limités. Les entreprises attendent néanmoins pour les 3 ans à venir un surcroit de performances, et des économies de personnel.
Des gains de productivité importants, avec un effet négatif sur l’emploi : voilà ce que les entreprises françaises qui utilisent l’IA pronostiquent pour les trois prochaines années. Mais pour l’instant, selon cette nouvelle étude de la Banque de France en date du 3 septembre, l’intelligence artificielle (IA) a des effets qui semblent limités dans les entreprises françaises (*).
Début 2026, deux tiers des entreprises d’au moins 20 salariés déclarent utiliser l’IA générative. Il s’agit surtout d’applications généralistes dans les fonctions support ou transversales (marketing, administration, finance, comptabilité, ventes, ressources humaines) : assistants conversationnels, intégration dans les suites bureautiques, etc.
L’IA prédictive n’est répandue que dans les grandes entreprises
L’IA non générative, dite prédictive (**), est, elle, moins répandue : seules un tiers des sociétés d’au moins 20 salariés l’utilisent (contre 60 % des entreprises d’au moins 1 000 salariés), car il faut exploiter pour cela des données structurées et disposer de capacités d’intégration afin de pouvoir générer des méthodes innovantes.
“L’adoption de l’IA passe donc aujourd’hui principalement par des usages simples de rédaction, de synthèse d’information et de préparation de documents, plus faciles à mettre en œuvre et moins coûteux que les applications directement intégrées aux processus productifs”, commentent les auteurs de l’étude, Véronique Genre et Léon Parpais.
Les secteurs les plus utilisateurs de l’IA sont les services, et notamment la production, le traitement et l’analyse de l’information, mais il faut aussi compter avec la fabrication de matériels de transport et la chimie pharmacie.
“Ces résultats, note l’étude, suggèrent que certains secteurs industriels à forte intensité technologique exploitent déjà l’IA de façon avancée, même si ces usages restent concentrés dans un nombre limité d’entreprises innovantes”.
C’est dans ces entreprises (voir les secteurs présents dans les tableaux ci-dessous) que l’IA est le plus utilisé pour le process de production, avec des systèmes prédictifs et agentiques. L’étude souligne aussi, sans surprise, que le défaut de compétences est un frein au déploiement d’IA dans les entreprises.
Des gains très inégaux
En l’état, la Banque de France décrit des gains de productivité liés à l’IA très inégaux dans les entreprises en France. Cette situation s’explique, selon l’étude, par le côté encore expérimental de l’introduction de l’IA et par “une intégration imparfaite” de l’IA dans les processus productifs.
Une minorité d’entreprises constate des gains de productivité : 31 % pour les sociétés utilisatrices de l’IA générative, 41 % pour celles de l’IA non générative. De 2 à 3 % des entreprises utilisatrices relient ces outils à une diminution d’effectif.
60 % des entreprises attendent des gains de productivité dans les 3 ans
Dans les 3 ans qui viennent, les entreprises s’avèrent “optimistes” sur les gains de productivité permis par l’IA.
Elles anticipent à la fois des gains accrus (60 % l’attendent, dont 17 % avec un effet “significatif”), de possibles réductions d’effectifs (un solde d’emploi négatif de 14 % est évoqué, ce qui signifie “un réel effet de réallocation d’emplois”), la poursuite des investissements dans l’IA (un tiers des entreprises) et la hausse de leurs prix de vente (pour 6 %).
Comment ces gains de productivité interviendraient-ils ?
L’étude évoque deux scénarios.
Le premier est prudent : il note que les réductions de coût permises par l’IA sont contrebalancées par les investissements nécessaires. Un progrès nécessite en effet des coûts supplémentaires et des réorganisations avant de rapporter. Il faut donc de l’argent et du temps avant de tirer profit de l’IA.
Le deuxième scénario est plus optimiste : il parie sur le fait que l’IA va améliorer la qualité des biens et services produits, bien davantage que permettre une réduction des coûts de production, ce qui permettrait des gains de parts de marché et de meilleures marges. Mais cette hypothèse suppose que les entreprises aient la capacité d’imposer des hausses de prix, alors que 14 % des entreprises anticipent une baisse de leurs prix dans les 3 ans.
La captation de la valeur ajoutée
Conclusion finale de la Banque de France : pour y voir clair, il va falloir mieux documenter “la balance coûts-bénéfices associée à l’IA”, sachant qu’une partie des dépenses et des gains associés à l’IA pourrait in fine surtout bénéficier à des entreprises situées hors d’Europe, qui dominent le marché de l’intelligence artificielle. Autrement dit, le risque d’une captation de la valeur ajoutée créée par l’IA par certains grands acteurs étrangers, et d’abord américains, n’est pas à écarter…
(*) Enquête réalisée à partir de 7 000 entreprises interrogées entre fin février et avril 2026.
(**) Définition de l’IA prédictive par FranceNum : “L’intelligence artificielle (IA) prédictive permet, en s’appuyant sur l’analyse statistique, d’identifier des modèles pour anticiper des comportements et prévoir des événements futurs ou des tendances, en exploitant les données passées (…) Pour une entreprise, cela rend possible, à partir de l’analyse de l’historique des données (de ventes, de fréquentation, de commandes…), de repérer des schémas, et de les projeter dans le futur pour ajuster ses stocks, ses promotions ou ses effectifs en fonction de ce que l’algorithme prévoit”. L’IA agentique pour sa part fonctionne comme un agent numérique autonome capable d’utiliser des outils et prendre des décisions (ex : détecter une pièce défectueuse et commander aussitôt une pièce de rechange).
Bernard Domergue
Apprentissage, impôts, transmission d’entreprise : le Premier ministre tente de rassurer sur le budget 2027
10/09/2026
Après avoir saisi la justice pour trouver l’auteur de fuites sur une éventuelle hausse de la taxation de l’épargne salariale dans le budget 2027, le Premier ministre cherche à rassurer le monde des entreprises. Sébastien Lecornu a publié hier, sur le réseau social X, une “lettre aux entrepreneurs de France”.
Il assure que l’Etat ne touchera “ni au financement des centres de formation des apprentis (CFA), ni aux aides à l’embauche des apprentis”.
Il réitère sa promesse d’une “stabilité fiscale” pour l’année prochaine : “On ne redresse pas durablement les comptes d’un pays en cassant son moteur économique (..) Il n’y aura pas d’impôt nouveau. Cela ne nous empêchera évidemment pas, comme chaque année, d’examiner l’efficacité de certaines niches fiscales ou sociales. Une ou un avantage qui perd son utilité doit pouvoir être interrogé”.
Le Premier ministre indique également que la contribution exceptionnelle à l’impôt sur les sociétés demandées aux très grandes entreprises diminuera “car elle répondait à une situation exceptionnelle”.
Loin de l’idée d’une augmentation de la fiscalité du patrimoine réclamée notamment par la CFDT, Sébastien Lecornu annonce un “pacte Papin” dans le projet de loi de finances 2027.
Il s’agit, explique-t-il, de faciliter la reprise de nos entreprises. “Lorsqu’une TPE et une PME est reprise par ses propres salariés, il y aura une baisse des droits d’enregistrement supportés par les repreneurs et un doublement (de 500 000€ à 1M€) de l’abattement sur la plus-value pour le dirigeant partant à la retraite, et la possibilité pour le cédant d’étaler le paiement de son impôt lorsqu’il consent lui-même un crédit à ses repreneurs”.
Source : actuel CSE
Emploi, pouvoir d’achat, croissance, investissements : la France, mauvais élève de l’Europe
11/09/2026
Selon l’Insee, la France devrait terminer 2026 avec un taux de chômage en hausse (8,6 %), un investissement en berne (- 0,3 %) et une croissance atone (+ 0,4 %). Et le pouvoir d’achat des ménages reculerait (- 0,4 %) sous l’effet d’une reprise de l’inflation (+ 2,9 %) et d’une moindre revalorisation des salaires.
À l’occasion de la présentation de ses prévisions économiques pour l’année 2026, une présentation titrée “vigilance orange sur la croissance”, l’Insee a délivré jeudi 10 septembre un drôle de cadeau de fin de mandat à Emmanuel Macron à quelques mois de la fin de son deuxième quinquennat. La France fait en effet pâle figure à côtés de ses voisins allemand, espagnol, italien et anglais.
Fin 2026, le taux de chômage au sens du BIT (Bureau international du travail) devrait atteindre 8,6 %, contre 4 % en Allemagne, soit une hausse de 0,6 point sur un an. La population active continue d’augmenter, en dépit de la suspension de la réforme des retraites, et l’activité économique n’est pas en mesure de l’occuper.
Moins d’emplois salariés dans le privé
La France crée pourtant des emplois, mais ce sont des emplois indépendants (95 000 nouveaux emplois non salariés attendus en 2026) ou des emplois publics (+ 14 000, surtout dans l’éducation). Ils ne compensent pas la destruction attendue de 66 000 emplois salariés dans le privé cette année (après 48 000 emplois déjà supprimés en 2025). Joue également ici l’effet négatif de la baisse des aides publiques à l’apprentissage sur le nombre d’emplois alternants (l’Insee relève 44 000 postes d’alternants en moins en 6 mois).
Du côté de l’activité économique, la France devrait aussi signer en 2026 la plus mauvaise performance des grands pays européens. La croissance, plombée par la stagnation du printemps (0 %) et le recul de l’hiver (- 0,2 %), avant une très timide amélioration cet été (+ 0,1 %) et en fin d’année (+ 0, 2%), devrait fléchir à + 0,4 % pour l’année, un niveau trois fois inférieur à celui du Royaume Uni (+ 1,2 %) et loin de la zone euro (+2,6 % en Espagne, + 1% en Allemagne, + 0,9 % en Italie).
L’Allemagne en forme, comme le commerce mondial
Malgré la sécheresse qui a pénalisé la navigation marchande sur le Rhin, une logistique indispensable aux entreprises allemandes, notre voisin allemand est tiré par son plan de relance et des investissements publics massifs, et par une industrie qui regagne du poil de la bête à l’exportation.
L’Insee s’étonne au passage de la résistance du commerce mondial.
Contre toute attente, en dépit de la guerre d’Ukraine et de la fermeture du détroit d’Ormuz provoquée par le conflit des Etats Unis avec l’Iran qui ont provoqué le surcoût énergétique, le commerce mondial reste dynamique. Il est porté par l’Asie, et par les échanges de composants indispensables à l’essor de l’intelligence artificielle (puces notamment), ce dont ne tirent guère partie la France et l’Europe.
Les raisons de la faible activité française
Comment donc expliquer le ralentissement tricolore ? “Nous n’avons pas toutes les clés pour comprendre l’ampleur du décrochage français”, répond Dorian Roucher. Mais le chef du département de la conjoncture de l’Insee livre quand même deux éléments tangibles :
- la canicule (avec 53 jours de chaleur en 2026) coûte à notre pays 0,1 point de croissance, du fait d’une moindre production agricole. Si, hors agriculture, l’effet macroéconomique n’est pas avéré, en revanche, des chefs d’entreprise ont rapporté des difficultés à maintenir l’activité du fait de la chaleur, notamment dans le BTP mais aussi dans l’industrie, rapporte l’Insee ;
- l’effet des municipales sur le marché du BTP : l’activité, dopée avant les municipales par les fins de chantiers, accuse ensuite un creux, le temps que les nouvelles équipes d’élus relancent les commandes. Mais là, le creux s’avère inhabituellement important, ce que l’Insee n’avait pas anticipé. L’institut parle d’ailleurs d’un “retournement violent”.
Un pouvoir d’achat préoccupant
L’autre point de préoccupation concerne le pouvoir d’achat.
La France devrait connaître en 2026 une baisse de 0,4 point de pouvoir d’achat de ses ménages. En cause : l’inflation et la modération salariale.
L’inflation, qui a également bondi en Europe (+3,3 % dans la zone euro en août) et dans le monde, devrait en effet atteindre 2,9 % en fin d’année en France. C’est le résultat de la hausse des prix des carburants et du gaz, mais aussi le résultat des hausses de prix que les entreprises parviennent à répercuter aux consommateurs pour compenser les dépenses de l’énergie.
Cette inflation ne devrait pourtant pas, estime l’Insee, déclencher en fin d’année le mécanisme de revalorisation automatique du Smic, qui a déjà été relevé de 2,4 % début juin.
D’autre part, la France, malgré les aides carburants, a moins soutenu sa population que ses voisins européens face à la hausse des factures énergétiques.
Conséquence : “Pour maintenir un certain niveau de consommation et assurer les dépenses courantes, les ménages devraient puiser dans leur épargne”, décrit Dorian Roucher, ce qui explique la baisse du taux d’épargne des ménages, qui reste néanmoins élevé (17,3 % des revenus).
En France, la consommation est également tirée par l’achat de climatiseurs et ventilateurs, et par l’achat de véhicules électriques : les ménages qui le peuvent ont débloqué de l’épargne pour sortir de la dépendance à l’essence pour leurs déplacements. D’où un bilan de consommation pas tout à fait atone (+ 0,3 % en 2026).
La modération salariale expliquerait aussi la perte de pouvoir d’achat. Si la hausse de l’inflation commence à être intégrée aux négociations salariales, celles-ci restent freinées, écrit l’Insee, par “la mauvaise passe du marché de l’emploi, qui affaiblit le pouvoir de négociation des travailleurs”. Il en résulterait pour 2026 un salaire de base en hausse de 2,3 % sur un an et un salaire moyen par tête de + 2,4 %, ce qui ne compense donc pas la hausse des prix.
En fin d’année, prédit l’Insee, les revenus d’activité devraient néanmoins bénéficier des primes carburants et des versements de prime de partage de pouvoir d’achat, le nouveau cadre fiscal et social étant mois favorable en 2027 (*). Au final, donc, “les revenus d’activité reculent en termes réels pour la première fois depuis 1993, hors crise sanitaire”, souligne l’Insee.
Un investissement plombé par le crédit
Mais le plus inquiétant pour l’avenir concerne la baisse (- 0,3 %) des investissements des entreprises françaises en 2026.
L’an dernier, ces investissements avaient pourtant augmenté de 0,7 %. Pourquoi une telle inversion de tendance ? L’Insee voit deux facteurs : l’atonie de la demande intérieure, et le renchérissement du crédit. Les investissements américains colossaux dans l’IA, financés par la bourse, entraînent une flambée des taux d’emprunts.
Terminons par une bonne nouvelle. D’une part, les industriels français, parce qu’ils parviennent à passer des hausses de prix, ne seraient pas si pessimistes, d’autant que le taux de marge des entreprises, malgré une baisse de 0,7 points, représente 31,6 % de la valeur ajoutée. D’autre part, le commerce extérieur devrait engranger de bons résultats en fin d’année, notamment pour des exportations de matériel aéronautique, naval et de défense. Enjoy !
(*) Jusqu’au 31 décembre 2026, la prime de partage versée aux salariés d’entreprises de moins de 50 salariés (et gagnant moins de 3 SMIC) est totalement exonérée de cotisations sociales, de CSG-CRDS et d’impôt sur le revenu. Cet avantage prend fin au 1er janvier 2027.
Bernard Domergue
