Réforme des retraites : l’âge moyen de départ atteint 63 ans en 2024
15/10/2026

La Drees a publié, mercredi 14 octobre, ses évaluations sur les effets de la réforme des retraites de 2023. Selon ses chiffres, en 2024, le nombre de retraités a reculé, de même que l’âge de départ. Enfin, la majoration exceptionnelle de 100 euros pour les petites pensions n’a pas tenu ses promesses.
En 2023, la réforme des retraites d’Elisabeth Borne a relevé l’âge d’ouverture des droits de 62 à 64 ans (sauf invalidité et inaptitude). Ce texte, qui a dressé les organisations syndicales et l’opinion publique contre lui, a notamment fixé un départ en retraite à 63 ans pour carrières longues (pour ceux qui ont commencé à travailler avant 21 ans) et accéléré la hausse de la durée de cotisation (43 ans requis) issue de la réforme de Marisol Touraine en 2014.
La réforme Borne a également revalorisé le minimum de pension et créé une majoration exceptionnelle d’un montant de 100 euros. Elle a enfin ouvert la retraite progressive à 60 ans aux fonctionnaires (un dispositif qui permet de travailler à temps partiel tout en commençant à percevoir une partie de sa pension de base et complémentaire).
La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), service statistique ministériel dans les domaines de la santé et du social, a publié, hier, ses premiers chiffres sur les effets de cette réforme sur les retraites de l’année 2024. Il s’agit de la première édition de cette étude en année pleine. Ces données ne tiennent pas compte de la suspension de la réforme intégrée dans la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026.
Il en résulte que le nombre annuel de nouveaux retraités est en recul, tandis que les âges de départ en retraite s’éloignent et se diversifient. La majoration exceptionnelle, qui pouvait atteindre 100 €, s’établit en moyenne à 50 € pour ses bénéficiaires.
Moins de nouveaux retraités en 2024
Du fait du recul de l’âge d’ouverture des droits, plus de salariés sont restés en emploi. C’est pourquoi le nombre annuel de nouveaux retraités percevant une pension de droit direct (hors pensions de réversion) a commencé à reculer dès 2024, en s’établissant à 718 000 personnes. Par comparaison, ce chiffre s’établissait à 781 000 en 2023 et 751 000 en 2022.
La Drees explique cette tendance à la baisse par le report de l’âge légal de départ. Mais elle l’explique aussi par le facteur démographique, les années 2022 et 2023 ayant été assez dynamiques de ce point de vue : plus de personnes atteignaient l’âge de départ en retraite.
Un départ en retraite à 63 ans
En 2010 (date à laquelle l’âge de départ est passé de 60 à 62 ans), l’ensemble de la population partait en retraite à 60,5 ans (60,2 ans pour les hommes, 60,8 ans pour les femmes). Cet âge moyen est passé à 63 ans en 2024 sous l’effet des mesures d’âge de la réforme de 2023. En quatorze ans, l’âge de départ s’est donc éloigné de deux ans et demi.
Une constante : les femmes partent en retraite plus tard : à 63,3 ans au lieu de 62,6 ans pour les hommes. Elles tentent ainsi de compenser les inégalités salariales, leurs carrières hachées par les maternités ou encore leur salaire plus faible en raison de leur emploi à temps partiel. De plus, elles bénéficient moins des départs anticipés pour carrière longue.
Majoration exceptionnelle : seulement 50 € !
En 2023, afin d’essayer d’adoucir l’effet de la réforme pour les petites pensions, le gouvernement avait annoncé une majoration exceptionnelle du minimum contributif pour les nouveaux retraités de 100 euros au titre de la durée cotisée, et ce à compter du 1er septembre 2023.
Selon les calculs de la Drees, ce montant s’élève finalement à seulement 50 euros, et ce pour deux raisons. Tout d’abord, la règle d’écrêtement du minimum contributif. En effet, le montant de la pension ne peut pas être supérieur à 50 % du montant du plafond de la sécurité sociale en vigueur dans l’année de la liquidation. Ensuite, le montant maximal de la majoration exceptionnelle est proratisé à la durée de carrière si cette dernière est incomplète.
36 % d’écart de pension hommes femmes
Au-delà de ces effets de la réforme de 2023, la Drees a également mis à jour un certain nombre de données. Par exemple, si l’écart de pension hommes femmes s’élevait à 38 % en 2023, il a légèrement régressé à 36,7 % en 2024.
Par ailleurs, le nombre de Français percevant une pension de droit direct s’établit à 17,3 millions de personnes. 4,4 millions de personnes perçoivent une pension de droit dérivé comme par exemple une pension de type réversion en raison du décès de leur conjoint. Il s’agit de femmes dans 90 % des cas.
Le ratio entre actifs et retraités se montre stable depuis 2022 à hauteur de 1,77 au lieu de 2,02 en 2004. Il existe donc en 2024 1,77 Français actif en emploi pour 1 retraité.
Le pouvoir d’achat des pensions
Le pouvoir d’achat des pensions reste stable depuis 2020 : 1 752 euros constants hommes et femmes confondus (2 186 euros pour les hommes, 1 383 euros pour les femmes). Le taux de pauvreté des retraités est nettement inférieur à celui de l’ensemble de la population (10,1 % contre 15,4 % en 2023). La Drees alerte cependant sur un point : si le niveau de vie médian des retraités reste équivalent à celui de l’ensemble de la population, cela ne tient pas compte de la diversité de situation des retraités qui sont parfois frappés de précarité.
Le taux de remplacement (c’est-à-dire le rapport entre la pension et le revenu d’activité antérieur) s’élève à 77,1 % dans le secteur privé.
Ainsi, la pension s’élève en moyenne à 77,1 % du salaire de fin de carrière. Ce taux se trouve en revanche en situation d’effondrement pour les agents de la fonction publique, à 68,9 %, notamment en raison du gel du point d’indice mais aussi parce que la pension ne tient pas compte des primes versées aux fonctionnaires et que la part de ces primes a tendance à augmenter dans la rémunération des agents.
Marie-Aude Grimont
Agirc-Arrco : les retraites complémentaires revalorisées de 1,4 %
15/10/2026
Après plusieurs semaines d’échanges et parfois de crispations, les organisations syndicales ont acté, mercredi 14 octobre en fin de journée, une revalorisation des retraites complémentaires de 1,4 % au 1er novembre 2026.
Cette décision, intervenue après plusieurs suspensions de séance, n’a cependant pas été prise à l’unanimité : la CFE-CGC a décidé de ne pas participer au vote et la CGT a voté contre. “Cela représente encore une baisse du pouvoir d’achat des retraités. De plus, le camp patronal ne respecte pas les termes de l’accord”, a expliqué Gérard Mardiné (CFE-CGC). Pour Denis Gravouil (CGT), cette revalorisation constitue “un minimum du minimum totalement inacceptable”.
Les deux organisations syndicales avaient en effet saisi le tribunal judiciaire de Paris pour non-respect des règles de pilotage de l’accord Agirc-Arrco, en particulier le fait que le texte ne mentionne nulle part que l’absence d’accord revient à une absence de revalorisation, et le fait que les revalorisations n’utilisent qu’en partie les réserves, ces dernières étant largement excédentaires par rapport à ce qu’exige la règle d’or.
L’accord revalorisant les pensions complémentaires a donc été signé par six organisations au lieu de huit : le Medef, Les Entrepreneurs, l’U2P, la CFDT, FO et la CFTC.
Selon Brigitte Pisa (CFDT), “il s’agit d’un accord raisonnable, issu d’un compromis partagé. Il faut donc se féliciter de ce compromis du paritarisme de gestion”.
À FO, Séverine Privat aurait souhaité une revalorisation de 1,9 % mais elle souligne avoir signé cet accord “dans l’intérêt général de tous les retraités, quand bien même le patronat s’est montré très dur dans cette négociation”.
Côté patronal, justement, Diane Milleron-Deperrois considère que cette revalorisation tient compte du contexte économique et démographique : “Ce chiffre de 1,4 reflète que nous avons fait preuve de responsabilité. Il nous permet de nous projeter dans un paritarisme de gestion responsable”.
Source : actuel CSE