[Notes de lecture] Sécu, syndicalisme, histoire, romans : 8 livres sociaux pour Noël

19/12/2025

Pour bien déconnecter pendant les fêtes, nous vous conseillons ces huit ouvrages autour de l’actualité sociale, du syndicalisme ou de l’histoire. À mettre au pied des sapins.

Nous les avons tous lus, oui tous. De la première à la dernière page. Les coins cornés et autres annotations en attestent. Pour vous en faire profiter, voici huit notes de lecture autour du syndicalisme, de l’histoire, ou encore de la Sécurité sociale, et un roman pour agrémenter les vacances.

Sécurité sociale
La Sécu, 80 ans et toutes ses dents

Cet opuscule de 164 pages aux couleurs de la carte Vitale rend hommage à notre système de santé octogénaire : la Sécurité sociale. Julien Damon, professeur à SciencesPo et conseiller scientifique de l’Ecole nationale de la Sécurité sociale livre un sérieux tour d’horizon des échecs et réussites de la Sécu. De la pauvreté aux soins pour chacun “selon ses besoins”, du solidarisme aux origines allemande (on apprend que Bismarck n’a pas seulement fait la guerre à Napoléon III), dans ces pages parfois techniques mais toujours pédagogiques, l’auteur retrace les contours historiques, philosophiques et scientifiques de la vielle dame. À noter en fin d’ouvrages des pages passionnantes de comparaison avec le système américain de protection sociale qui a fêté en 2025 ses 90 printemps. 

Petit éloge de la Sécu, Julien Damon, Presses de SciencesPo, 8 €   
Syndicalisme
Marylise Léon, une voix syndicale 

Si vous n’avez jamais rencontré Marylise Léon et que vous souhaitez découvrir la secrétaire générale de la CFDT, ce livre est pour vous. Dans “S’engager”, elle présente son parcours du poste de responsable sécurité environnement à sa rencontre avec les élus du personnel qui l’ont conduite sur la voie du syndicalisme, de son mandat fédéral à celui de la direction de la CFDT et de tout ce qui s’ensuit : rendez-vous avec les ministres, mobilisation contre la réforme des retraites, rencontres multiples avec ses militants et coordination avec ses homologues de l’intersyndicale. Mention particulière pour les pages où elle raconte ses premiers pas face aux médias, le jour de son élection : “Et puis je suis sortie pour rejoindre la grande salle et… ce fut le mur de la presse ! C’est ça qui m’a marquée. Je ne sais pas combien de journalistes il y avait, mais c’était impressionnant. J’ai sorti mon téléphone et j’ai immortalisé ce moment. Ça y était. Je m’y collais”. 

S’engager, Marylise Léon, Flammarion, 20 € 
Dernier combat d’une militante Force Ouvrière 

Elle aura défendu tout le monde, sauf elle-même. “Disparition inquiétante d’une femme de 56 ans” raconte la triste fin de Letizia Storti, militante FO et ouvrière dans une usine de médicaments Upsa, près d’Agen. Les hasards de la vie lui permettent de participer comme figurante à un film de Stéphane Brizé, réalisateur de longs métrages, souvent autour des thèmes du travail et des plans sociaux. Enthousiaste, elle impressionne l’équipe de tournage par son jeu sincère de défense des salariés. Un rôle qu’elle maîtrise parfaitement puisqu’elle est élue FO au CSE de l’usine où elle travaille depuis 36 ans. Mais son retour au travail se passe mal. Certains ont mal vécu qu’elle prenne la lumière. On la raye des listes. Sa hiérarchie l’affecte à des postes inadaptés. Après une chute, elle tente de se suicider sur son lieu de travail, jusqu’à ce qu’on la retrouve inanimée sur un parking. Laetizia Storti, ou le parcours d’une écorchée vive magnifiquement racontée par l’auteure Anne Plantagenet. 

Disparition inquiétante d’une femme de 56 ans, Anne Plantagenet, Points poche, 6.95 € 
Inégalités
Paris – Province : l’autre fracture française 

En juillet 2025, une étude de l’Insee révèle que les inégalités économiques sont au plus haut depuis trente ans. Un autre constat écrasant parcourt le livre du journaliste Francis Brochet : “Le parisianisme écrase la France”. Appuyé sur de solides études et chiffres officiels, l’auteur, correspondant du groupe de Presse Ebra pour des quotidiens régionaux, lance un cri d’alarme : “La fracture est sous nos yeux, nous refusons de la voir”. Son sujet : mettant en danger la cohésion républicaine du pays, les politiques économiques, en particulier culturelles contribuent à l’abandon des campagnes. Lignes de transports, hôpitaux, commerces y sont moins nombreux. La densité d’offre culturelle y est aussi plus faible. Un seul chiffre : le budget du ministère de la Culture arrose les Parisiens de 800 euros par habitant, et les provinciaux de 27 euros seulement. Un ouvrage dense et éclairant, un chant du cœur pour les campagnes. 

Quand le parisianisme écrase la France, Francis Brochet, Editions de l’Aube, 17.90 € 
Démolition des poncifs sur le travail et la pauvreté 

“On gagne plus avec le RSA qu’avec le Smic”. “Les pauvres sont responsables de leur pauvreté”. “Il faut réduire les allocations chômage pour encourager le travail”. Qu’elles sont nombreuses, répandues et ancrées, les idées reçues sur la pauvreté ! Elles viennent d’ailleurs régulièrement rythmer les débats publics sur l’actualité sociale. A commencer par le lieu commun selon lequel il faudrait réduire le code du travail pour favoriser l’emploi. Ce court opuscule rédigé par les équipes d’ATD Quart Monde démolit ces poncifs avec une efficacité redoutable : “Aucune étude n’a jamais démontrer le lien entre la protection sociale du travail et le taux d’embauche”. Voilà un ouvrage qui vous donnera des contre-arguments pendant les fêtes de famille. 

En finir avec les idées fausses sur la pauvreté, ATD Quart Monde, Editions de l’Atelier, 5 € 
Histoire
Quand les Ducs de Bourgogne défiaient la France 

En l’an 500, le royaume Burgonde s’étend du nord de Marseille au Sud de Reims, comprenant les villes de Genève et Lausanne. Aux XIVe et XVe siècles, les principautés acquises par la maison de Bourgogne incluent les villes de Verdun, Metz, Luxembourg et jusqu’au nord de la Hollande. La plupart d’entre nous ignorent la puissance déployée par la lignée des Ducs de Bourgogne pendant tout le Moyen-Age, de Philippe Le Hardi à Charles Quint. Pour une raison simple : l’histoire de notre pays nous est enseignée sous l’angle des Rois de France. Pourtant, la Bourgogne les a bien mis au pas et a conquis par le biais de batailles, de mariages et d’alliances, une partie de l’actuelle Europe occidentale. Cette histoire qui lève le voile sur notre ignorance est racontée avec un brio chevaleresque par Bart Van Loo en une sorte de “Game of Thrones” à mi-chemin entre une série télé et les Rois Maudits. Même ceux qui détestent l’histoire y trouveront leur compte. 

Les Téméraires, Bart Van Loo, Editions Champs, 15 € 
La Belle époque du progrès et de la misère 

La Belle époque porte-t-elle bien son nom ? Pas sûr. Si la période de 1900 à 1914 a connu d’indéniables progrès techniques avec l’invention de l’automobile et de l’aviation, elle reste une période de misère pour bon nombre de Français. L’expression est donc surtout née par nostalgie après le choc de la Première guerre mondiale. Pendant cette décennie, la condition ouvrière s’améliore légèrement, mais au prix de grèves intenses (surtout à partir de 1906) et réprimées dans la douleur. La Sécurité sociale n’est pas encore née et les travailleurs ont en partage la précarité, le chômage et de multiples maladies non prises en charge. Contrairement à une idée répandue, la moitié des ouvriers sont embauchés dans des entreprises de moins de 5 personnes. Seuls 10 % d’entre eux travaillent dans des usines comptant plus de 500 ouvriers. Avec sa précision redoutable, l’historien Michel Winock dresse le portrait d’une époque pas belle pour tout le monde. 

La Belle époque, Michel Winock, Editions Tempus, 11 € 
Romans
Solidarité par temps de totalitarisme 

Aux alentours de 1933, sept prisonniers politiques s’échappent de l’un des premiers camps de concentration allemands, probablement celui de Dachau. Le commandant du camp, obsédé par cette évasion, lance ses unités à leurs trousses et décidé d’ériger sept croix pour torturer ceux qui seront repris. Dans une folle cavale peuplée de traîtres et de dangers, un seul fuyard échappe à ses poursuivants. Aidé par d’anciennes solidarités ouvrières, il se réfugie chez ses compagnons de travail, à bout de forces, au bord de l’épuisement. La septième croix restera vide. Anna Seghers, elle-même réfugiée politique en France lors de la prise de pouvoir d’Hitler adopte une écriture cinématographique toute en plans-séquence pour faire vivre au lecteur la terreur des débuts du nazisme. À ne pas lire pour s’endormir. 

La septième croix, Anna Seghers, Editions Points, 9.30 € 

Marie-Aude Grimont

Ces cadres qui veulent faire vivre la doctrine sociale de l’église dans le temple des affaires

19/12/2025

La chapelle de la Maison d’Eglise catholique Notre Dame de Pentecôte, à la Défense

Que les croyants nous pardonnent, mais que diable fait donc une “maison d’église” au cœur du quartier de la Défense ? Pour répondre à cette question à quelques jours de Noël, nous sommes partis à la recherche de ces catholiques (ex-DRH, ancien avocat ou directeurs des risques, etc.) qui tentent de mettre en pratique la doctrine sociale de l’église en réfléchissant aux questions éthiques et en accompagnant des demandeurs d’emploi.

Selon les bénévoles qui assurent l’accueil, la fréquentation a baissé depuis la crise sanitaire et l’essor du télétravail. Mais tous les jours, dans le quartier de la Défense où travaillent 200 000 salariés dans 2 800 entreprises (dont 75 % de sièges sociaux), 80 à 90 personnes entrent se recueillir un instant ou même assister à la messe de trente minutes dans la Maison d’église de Notre Dame de Pentecôte, qui jouxte la célèbre voûte du CNIT (*).

“Ce sont des pratiquants qui cherchent un lieu de culte”, nous explique Arnaud de Chaisemartin, nommé Diacre il y a cinq ans (**).

Peu de salariés du quartier d’affaires connaissent pourtant cet endroit. “Le bâtiment est collé aux autres, il se voit peu. C’est un collègue de travail qui y allait à la messe qui m’en a parlé il y a dix ans”, nous confie Rogelio Esparza, directeur des risques dans une grande banque du quartier d’affaires.

“J’étais directeur adjoint de Framatome, dans la tour juste au-dessus de Notre Dame de Pentecôte. A ma retraite, j’ai juste eu à descendre”, plaisante Jean-Paul Lannegrace, qui anime ici une groupe d’éthique en entreprise. 

Créé le 7 janvier 2021, ce lieu de culte célèbrera donc ses 25 ans le mercredi 7 janvier prochain par une messe présidée par l’évêque de Nanterre. C’est un endroit cubique, comme les bâtiments tout autour. Mais l’ambiance intérieure est aux antipodes des spectaculaires tours environnantes qui dominent les chalets provisoires du bruyant marché de Noël du quartier d’affaires parisien. C’est un effet un lieu de silence, épuré, œuvre de l’architecte Franck Hammoutène, où la messe est régulièrement célébrée dans l’élégante et sobre chapelle du premier étage (***).

“J’en ressors ressourcé”

Rogelio Esparza assiste à la messe deux à trois fois par mois. Cela lui permet de se donner un temps calme pour couper du stress de son activité professionnelle. “J’en ressors ressourcé, comme mes collègues qui ont fait 3 km de footing dans le même temps”, explique d’un grand sourire le cadre supérieur. 

Il souhaite d’ailleurs relancer en 2026 le groupement chrétien des professions financières, qu’il a animé pendant des années, jusqu’à ce que le Covid et le télétravail rendent ces réunions difficiles à organiser. Avec le retour du présentiel dans certaines grandes entreprises, les conditions d’une relance de ces réunions semblent réunies.

 Qu’est-ce qu’un pauvre dans l’entreprise ?

Ces professionnels du monde financier partageaient une fois par mois dans ces locaux la parole de l’évangile (“L’évangile parle des pauvres, mais qu’est-ce qu’un pauvre dans l’entreprise ? Peut-être un travailleur handicapé, un collègue placardisé, un autre malheureux dans sa vie personnelle…”).

Ils échangeaient aussi des réflexions autour des valeurs et de l’éthique : “Jamais le PDG d’une entreprise ne fixera comme premier objectif le bonheur des salariés, la rémunération des actionnaires passe avant. Or la doctrine sociale de l’église admet certes qu’une entreprise fasse des profits, et qu’il faille financer l’économie, mais son objectif premier est l’épanouissement des personnes. Cela, nous pouvons le partager entre nous”.

Ces réunions permettaient aussi à ces professionnels de s’interroger sur leurs pratiques et leurs outils. Exemple avec le LBO, le mécanisme de reprise d’une entreprise par emprunt. “J’ai un ami qui a pu reprendre une entreprise de cette façon et éviter sa fermeture et donc la suppression d’emplois. Mais le LBO sert aussi à des personnes comme Patrick Drahi à se construire un empire en procédant à des économies et des licenciements”, expose Rogelio Esparza. 

Des réunions sur l’éthique en entreprise

Jean-Paul Lannegrace continue pour sa part d’animer une fois par mois à Notre Dame de Pentecôte les réunions de son groupe sur l’éthique en entreprise. Le groupe rassemble des cadres retraités et des cadres actifs, dont quatre anciens responsables de conformité dans de grandes entreprises, et une juriste qui planche sur la réglementation européenne autour de l’intelligence artificielle.

“Nous nous voyons deux heures à l’heure du déjeuner”, nous explique-t-il. Les discussions portent sur l’éthique du télétravail, le devoir de signalement, l’IA.

Entrepreneur d’humanité, pas seulement de produits ou de services

“Nous n’avons pas encore terminé notre réflexion sur l’intelligence artificielle. L’IA me semble comporter un aspect très positif, par exemple en élevant les compétences, l’autonomie et donc l’employabilité des salariés, mais il y a aussi un versant négatif. Les Gafam qui dominent le marché ne sont intéressés que par le profit, sans barrière éthique. C’est d’ailleurs ce qui conduit Yann Le Cun (Ndlr : ce Français est l’un des chercheurs pionniers de l’IA) à quitter la Silicon Valey pour créer une startup à Paris”, observe-t-il.

L’ancien directeur adjoint de Framatome fait partie depuis ses 40 ans du mouvement des entrepreneurs et dirigeants chrétiens, qui se réfère également à la doctrine sociale de l’église : “Pour nous, être entrepreneur ou manager, c’est aussi être un entrepreneur d’humanité, et pas seulement de produits et de services” (****). 

Un accompagnement à la recherche d’emploi animé par un ancien DRH

La Maison d’église catholique de la Défense est aussi un espace de solidarité ouvert au monde associatif, grâce à ses salles en sous-sol. Car ici comme ailleurs, les besoins sociaux existent, même s’ils ne sautent pas aux yeux en apparence. “Des personnes dorment dans les parkings de la Défense”, nous indique le diacre de Notre Dame de Pentecôte.

Tout près de la Chapelle est installée “la maison de l’amitié”. Elle secourt les personnes précaires qui passent ou survivent dans le quartier, souvent sans domicile fixe. Environ 200 personnes reçoivent chaque jour ici un petit déjeuner. L’Association du site de la Défense (ASD) vient en aide aux jeunes de 11 à 25 ans en déshérence et tient une permanence dans la Maison d’église.

Un autre groupe, le Gred (Groupe de recherche et d’emploi de la Défense), aide chaque année une cinquantaine de personnes à retrouver un emploi grâce à une vingtaine d’accompagnateurs. “La Maison d’église nous offre des locaux chauffés, avec une salle de réunion et une cuisine, que bien des associations n’ont pas”, souligne Alain Troussard, qui anime le groupe. Ce croyant de 63 ans, qui entend faire œuvre de solidarité en aidant les autres à retrouver confiance en soi et lien social, a été DRH de Schneider Electric et de la Fondation des apprentis d’Auteuil avant de créer, après sa rupture conventionnelle en 2004, son activité de coaching pour les entreprises et de psychothérapie pour les personnes.

 Le regard que porte la société sur les demandeurs d’emploi, ici on connaît

“Je suis resté deux ans au chômage avant de lancer mon activité d’indépendant. Donc, le regard que porte la société sur les demandeurs d’emploi comme s’ils étaient des assistés, je le connais”, nous raconte-t-il. Ce bénévolat à la Défense, également assuré par d’autres accompagnateurs croyants et non croyants, lui prend entre une demi-journée et une journée par jour, un investissement compatible avec son activité d’indépendant. “Accompagner signifie cheminer à côté. Nous aidons les autres, mais c’est à chacun d’agir pour retrouver un emploi”, précise Alain Troussard.

Le groupe propose à la fois un accompagnement collectif, avec une journée de réunion le jeudi axée sur les techniques de recherche, le bilan de compétences, le développement personnel, et du soutien individuel. “L’accompagnement collectif dure cinq mois et l’individuel un an. Mais j’ai accompagné 3 ans quelqu’un qui était en grande difficulté à la suite d’un divorce. Nous voyons aussi les effets d’un Burn out et le traumatisme que représente la perte d’un emploi, avec davantage de personnes suivies par des psychiatres”, nous confie l’ancien DRH.

Plusieurs directeurs commerciaux de 57-58 ans ont du mal à retrouver un poste 

Les personnes accompagnées, parfois envoyées par l’Association pour l’emploi des cadres grâce au partenariat noué avec l’antenne régionale de l’Apec, sont majoritairement des cadres même s’il peut y avoir aussi des assistantes de direction dans les groupes, très peu souvent des ouvriers en revanche. “Nous avons plusieurs directeurs commerciaux de 57-58 ans qui ont une très belle carrière et qui sont très brillants, mais qui n’arrivent pas à retrouver un poste. Ils finissent eux-mêmes par intégrer qu’ils sont trop vieux. Il faut mener un très gros travail pour que les convaincre déjà de ne pas s’empêcher eux-mêmes”, constate le coach. 

D’autres activités rassemblent des alcooliques anonymes, des narcotiques anonymes, il y a aussi une chorale de gospel, etc.

Un ancien avocat auprès du Conseil d’Etat et de la Cour de cassation

Mais revenons au diacre de cette Maison d’église. Arnaud de Chaisemartin réside à Boulogne. Avant sa retraite, il était… avocat auprès du Conseil d’Etat et de la Cour de cassation. Autant dire qu’il a vraiment découvert la Défense lorsqu’il y a été nommé diacre par l’évêque de Nanterre, il y a 5 ans. Il trouve au quartier une grande beauté, et il reste frappé par la très forte activité et la grande richesse des rencontres qu’il permet : “Il n’y a pas que des cadres ici, il y a aussi des soutiers”, souligne-t-il en évoquant les travailleurs de l’entretien. Récemment, une femme de ménage a prié pour demander davantage d’heures de travail.

 Je les écoute, sans jugement

Les gens poussent la porte non pour se confesser – le diacre n’est pas habilité à le faire – mais pour se confier. “Il y a beaucoup de souffrance dans le monde du travail mais aussi dans les vies personnelles, comme cet homme de 40 ans venu me parler de la grave maladie de sa femme. Il y a aussi des cadres supérieurs qui confient des problèmes éthiques lorsqu’ils ne sont plus en mesure de dire la vérité. Mais il y a aussi des gens heureux”, nous dit le diacre. Que répond-il à ces anonymes qui se confient à lui ? “Je les écoute sans jugement. Nous ne sommes pas là pour donner des conseils professionnels. Mais nous pouvons les faire s’interroger sur leur vie : qu’est-ce qui te fait vivre ? Quelle place fais-tu à Dieu dans ta vie ?”*

Des questions qui ont bien sûr sens pour Rogelio Esparza en cette période de Noël : “Noël, pour nous, ce n’est pas tellement le père Noël et les cadeaux au pied du sapin, c’est quand même la célébration de la naissance de Jésus Christ !” 

(*) La rédaction d’actuEL-CSE, publication des Editions Législatives, groupe Lefebvre Dalloz, est aussi installée à la Défense.

(**) Le diacre est un homme marié ou célibataire qui assiste le prêtre ou l’évêque. 

(***) Si vous travaillez à la Défense ou y êtes de passage, vous pouvez y jeter un œil, car ce bâtiment remarquable a valu à son architecte le Grand prix du ministre de la Culture en 2006 (quand on est devant le Cnit, il est sur le côté droit, voir le plan ici). Ouvert du lundi au vendredi de 8h à 14h30, le mercredi jusqu’à 19h. Des messes y sont célébrées du mardi au vendredi. Voir ici le site officiel

(****) La doctrine sociale de l’église catholique est “l’ensemble des textes et des réflexions de l’Eglise en matière de théologie morale sociale”, selon la définition du collège des Bernardins, une institution qui réfléchit notamment à la gouvernance des entreprises et à la place des salariés dans les conseils d’administration. La doctrine sociale de l’église a été formalisée en 1981 par l’encyclique “Rerum Novarum”. Une référence actualisée par le “Compendium de la doctrine sociale” en 2008, sorte de synthèse sur le sujet, autour de points comme “la dignité de la personne humaine, le bien commun, la destination, universelle des biens, la subsidiarité, la solidarité”. On peut trouver ce type de réflexions sur le site de l’association Semaines sociales de France.

Bernard Domergue