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Pétrole, titane, sanctions… Comment le conflit ukrainien secoue le transport aérien

Alors qu’industriels et compagnies aériennes voyaient en 2022 l’année d’une franche reprise, la guerre déclenchée par la Russie vient une fois encore modifier les prévisions. Si la Russie et l’Ukraine représentent une très faible part du trafic aérien mondial de passagers (1,3% pour la Russie et 0,8% pour l’Ukraine, selon l’IATA), le conflit perturbe de nouveau le secteur aérien. Un coup dur alors que la reprise prenait corps, avec un trafic aérien en janvier 2022 supérieur de 82,3% par rapport à janvier 2021. Ce sont désormais les conséquences indirectes de ce conflit qui affolent tout le transport aérien mondial, notamment la hausse brutale du prix du pétrole. Pour l’heure, les effets du conflit sur la chaîne d’approvisionnement française semblent mesurés. L’équipementier et motoriste Safran est sans doute l’acteur aéronautique français le plus exposé : ses activités en Russie représentent un effectif de plus de 500 personnes et un chiffre d’affaires d’environ 300 M€ (environ 2% des revenus). La Russie compte aussi pour moins de 50% de l’approvisionnement de la filière en titane. Pour l’heure, les industriels affichent une relative confiance. « Nous avons racheté différents stocks et notamment en Allemagne », assurait fin février Olivier Andriès, directeur général du groupe Safran. Autre possibilité qui pourrait réduire la dépendance des industriels : favoriser la filière du recyclage du titane. « Entre la matière première qui arrive en usine et la pièce finie, il y a une perte de matière de l’ordre de 80% en raison des chutes et des copeaux de production », souligne Rémy Bonnery, expert aéronautique au sein du cabinet Archery Strategy Consulting.

L’Usine Nouvelle du 14 mars

Guerre en Ukraine : le monde du fret en pleine tempête

L’accalmie aura été de courte durée. En ce début d’année, on entrevoyait un début de normalisation dans le fret international après le chaos provoqué par la pandémie de Covid-19. Les prix du transport maritime, qui s’étaient envolés depuis deux ans, marquaient une pause. En janvier, la demande de fret aérien avait bien progressé, mais dans des proportions moindres (+ 2,7%) qu’escompté. La guerre en Ukraine a soufflé ce fragile château de cartes. En quelques jours, les chaînes logistiques ont replongé dans la désorganisation la plus totale. Délais d’acheminement, tarifs, tout flambe ou menace de flamber dans le secteur. Ainsi, les routes de la soie ferroviaires tournent au ralenti. Le fret aérien cumule aussi les handicaps à cause de ce conflit. Les compagnies aériennes prennent de plein fouet la hausse des prix du pétrole. Rien que la semaine du 4 mars, le tarif du kérosène a grimpé de 27,5%. En outre, sur l’axe Chine-Europe, essentiel pour le transport de marchandises, les transporteurs aériens occidentaux ne peuvent plus prendre la route la plus courte : comme l’espace aérien russe leur est fermé, ils n’ont pas le droit de survoler la Sibérie, ce qui rallonge le trajet et augmente la consommation de carburant. « Au cours des dix derniers jours, les tarifs à court terme du fret aérien ont grimpé de 40% », affirme Arthur Barillas, fondateur d’Ovrsea, une plateforme spécialiste du transport international de marchandises.

Le Figaro du 14 mars