Emploi, travail et retraites (TER) : les débats sont terminés

06/07/2026

Vendredi 3 juillet ont eu lieu les derniers ateliers de la conférence TER (travail emploi retraites) lancée par le gouvernement après l’échec des discussions sur le conclave des retraites. Après 15 jours d’échanges supplémentaires par mail en juillet, les “garants” de cette conférence présenteront en septembre un texte final qui pourrait alimenter de futures négociations interprofessionnelles ainsi que le débat présidentiel.

Aucune restitution officielle n’avait été prévue par le gouvernement pour la fin du cycle des discussions thématiques organisées, vendredi 3 juillet, au ministère du travail et au CESE (conseil économique social et environnemental), mais les participants ont pu se séparer après un cocktail avant les retrouvailles de septembre. C’est pourtant l’exécutif qui avait lancé en décembre 2025 cette série d’ateliers réunissant experts et partenaires sociaux afin de faire émerger des consensus sur les thèmes du travail, de l’emploi et des retraites.

Le gouvernement cherchait alors à sortir par le haut de l’échec du conclave des retraites voulu par François Bayrou. Ce conclave n’avait pas débouché sur un accord, syndicats et patronat s’opposant notamment sur la question de la pénibilité. Il s’en était suivi la décision du Premier ministre Sébastien Lecornu de suspendre la réforme des retraites jusqu’en 2028. 

De multiples sujets abordés 

À un an de la présidentielle de 2027, dans un contexte politique toujours instable, que va-t-il sortir de ces nouvelles discussions qui ont balayé de multiples sujets (dialogue social et professionnel, pilotage du système des retraites, emploi des jeunes, management, prévention, santé mentale, enjeu environnemental, intelligence artificielle, etc.) ?

Le gouvernement a simplement indiqué qu’il rendrait compte de ces travaux “à la fin de l’été”, Jean-Pierre Farandou précisant vendredi 3 juillet à propos des retraites qu’il faudrait “travailler plus longtemps” et pour cela “améliorer les conditions de travail tout au long du parcours professionnel” des salariés”.

En fait, les partenaires sociaux (à l’exception du Medef, qui boude ces discussions depuis le départ) et les garants de ce cycle de discussions vont encore échanger par mail des contributions et propositions durant la première quinzaine de juillet. Sur cette base, un document de synthèse sera rédigé, envoyé début septembre aux partenaires sociaux pour de nouveaux allers-retours, avant le document final qui pourrait sortir à la mi-septembre. 

 Notre objectif ? Peser sur les débats de la présidentielle et nourrir l’agenda social 

Que contiendra-t-il ? “Notre objectif, c’est qu’avec cette séquence durant laquelle nous avons eu des échanges très riches, la démocratie sociale pèse dans les débats sur l’emploi, le travail et les retraites. Nous voulons éclairer tous les candidats à la présidentielle, et nous voulons aussi nourrir l’agenda social”, répond Thierry Grégoire, vice-président des Entrepreneurs (le nouveau nom de la CPME).

Vers une négociation nationale sur l’IA ?

Ce dernier juge important qu’une organisation professionnelle, dont la raison d’être est “de produire du dialogue social dans l’entreprise, les branches et le niveau interprofessionnel”, envisage de nouvelles discussions professionnelles. L’intelligence artificielle pourrait en faire partie, dans une négociation distincte : “On n’est pas forcément partisan de créer des nouvelles normes, mais il nous paraît souhaitable de discuter de l’IA pour fixer un cadre pour les TPE-PME qui n’ont pas les moyens des grands groupes”. 

Une négociation sur l’IA et le travail est en effet soutenue par FO comme par la CFDT : “Nous demandons qu’une négociation en vue d’un accord national interprofessionnel sur l’IA soit évoquée dans le document final”, nous indique Isabelle Mercier, de la CFDT. 

Une autre discussion pourrait être évoquée sur l’emploi des jeunes, même si l’idée d’un Smic jeune relancée il y a quelques mois par le Medef n’a guère facilité les choses. “Trop de jeunes ne sont ni en emploi, ni en parcours de formation, c’est un problème important et encore aggravé par l’évolution démographique. Il faudra bien en parler”, soutient Thierry Grégoire (Les Entrepreneurs). La CFDT appelle de ses vœux une négociation nationale sur les pratiques managériales et la question de l’association des salariés à l’organisation du travail et à la gouvernance. 

La question des accidents de travail des femmes

Mais vendredi, ce sont les questions liées à la prévention, à la santé au travail et au dialogue social qui ont été soulignées par les organisations syndicales. “Nous avons eu le matin des échanges très intéressants sur les accidents du travail, qui restent en augmentation chez les femmes. La situation ne peut rester en l’état”, soutient Agathe Le Berder pour la CGT.

Une évolution du CSE sur les questions de santé au travail ?

Cette dernière, qui est secrétaire adjointe de l’Ugict, défend aussi l’idée de redonner toute leur place aux questions de santé, sécurité et conditions de travail dans le dialogue social des entreprises, un domaine qui était celui du CHSCT avant 2017 : “Nous ne sommes pas des nostalgiques, mais il faut réintroduire une instance qui suive véritablement ces questions”.  La syndicaliste se dit d’ailleurs surprise de l’écoute sur ce sujet de la part des garants, comme si une ouverture semblait possible. 

Laurent Rescanières, pour FO, juge qu’un compromis sur le sujet paraît en effet à portée de main : “Si déjà on retrouvait une instance en charge de ces questions, même sans les expertises, pourquoi pas ? “

Isabelle Mercier (CFDT) parle pour sa part d’un dialogue de proximité sur le travail, son idée étant de donner de nouvelles prérogatives aux représentants de proximité : “Avec la canicule, nous voyons bien la nécessité d’avoir des délégués capables de parler des conditions de travail avec les salariés dans l’entreprise”. 

Les Entrepreneurs sont néanmoins loin de cet enthousiasme, Thierry Grégoire estimant qu’il existe d’autres sujets davantage prioritaire comme le financement de la protection sociale.

Les points de désaccords

Car les points de désaccords sont nombreux, tant sur la conditionnalité des aides publiques aux entreprises que sur la sortie des exonérations sociales, deux points revendiqués par Thomas Vacheron (CGT). Idem sur l’égalité professionnelle entre femmes et hommes, les organisations syndicales plaidant pour davantage de fermeté et de sanctions en cas d’inégalités persistantes. La question de la canicule et des conditions de travail est aussi un sujet de discorde. “De notre côté, nous réclamons des jours de congé spécifiques pour les grandes chaleurs avec un déclenchement par des seuils précis”, explique Laurent Rescanières (FO), ce qui paraît très éloigné de la position de Jean-Pierre Farandou, le ministre du travail (lire notre brève dans cette édition). 

Mais le ton général des participants cueillis à la sortie des ateliers vendredi se voulait plutôt positif. “Je suis plutôt confiante”, indique Isabelle Mercier (CFDT). Une position partagée par Les Entrepreneurs : “Je suis confiant sur l’issue. Il nous faut redonner de la prospérité à ce pays, et cela passe par une meilleure qualité de vie pour les entrepreneurs et les salariés”, a conclu vendredi, à sa sortie du ministère, Thierry Grégoire. Un avant-goût de la synthèse à venir ? 

Bernard Domergue