En sept ans, onze mesures ont réformé l’indemnisation chômage

09/07/2026

De 2019 à 2026, onze mesures contenues dans deux grandes réformes ont modifié les modalités d’indemnisation des demandeurs d ’emploi. Condition d’affiliation, salaire journalier de référence, dégressivité, contracyclicité, saisonniers, bornes d’âge… Selon l’Unédic, le poids de l’assurance chômage dans le PIB est passé de 1,75 % à 1,6 %.

Quel est le bilan de presque dix ans de réforme de l’assurance chômage ? Lors d’une matinée organisée par l’Ajis (Association des journalistes de l’information sociale) le mercredi 8 juillet, les spécialistes de l’Unédic, le gestionnaire de l’assurance chômage, ont exposé un bilan salé pour les chômeurs. Étaient-ils la cible de choix de l’exécutif ? Depuis le premier quinquennat d’Emmanuel Macron, les modalités de l’indemnisation ont été réformées onze fois.

Selon l’Unédic, la part de l’assurance chômage dans le produit intérieur brut (PIB) depuis 2017 a baissé de 0,15 point, passant de 1,75 à 1,6 %. En revanche, les recettes du régime n’ont pas évolué. L’Unédic a également dû, sur demande des gouvernements de l’ère Macron, financer l’activité partielle, les effets du Covid (hausse des ruptures de contrats), répondre aux demandes de ponctions financières et participer à hauteur de 10 % puis 11 % au financement de France Travail. Rappelons par ailleurs qu’au début de son premier quinquennat, le président Macron a remplacé les cotisations chômage des salariés (2,4 %) par une part de 1,47 % CSG (contribution sociale généralisée) qui a défavorisé les finances du régime.

La “réforme 2019-2021”

La première vague de mesures fait suite à l’échec des négociations interprofessionnelles entre syndicats et patronat autour de la lettre de cadrage de 2018. La convention d’assurance chômage de 2017 laisse donc la place à une période de carence lors de laquelle l’état “reprend la main”. Il en résultera une réforme d’ampleur qui reste dénommée “la réforme de 2019-2021” en raison de sa durée échelonnée d’entrée en vigueur pendant ces années. On y retrouve :

  1. le durcissement des conditions d’ouverture et de rechargement des droits ;
  2. la refonte du mode de calcul du SJR (salaire journalier de référence) ;
  3. la dégressivité des allocations ;
  4. la démission-reconversion.

Suivront ensuite deux mesures issues de la loi n° 2022-1598 du 21 décembre 2022 portant mesures d’urgence relatives au fonctionnement du marché du travail en vue du plein emploi :

  1. les nouvelles dispositions sur l’indemnisation chômage en cas d’abandon de poste ;
  2. celles sur le double refus de CDI (contrat à durée indéterminée).

De la contracyclicité aux ruptures conventionnelles

En 2023, l’exécutif entreprend une 7e mesure : la réforme de la contracyclicité. Ensuite, dès 2024, les partenaires sociaux sont “invités” à négocier sous la contrainte d’une nouvelle lettre de cadrage émanant du gouvernement d’Elisabeth Borne. À la clé, dans la nouvelle convention de 2024, les mesures suivantes :

  1. modification de l’indemnisation des travailleurs saisonniers,
  2. les bornes d’âge,
  3. la mensualisation du paiement de l’allocation de retour à l’emploi.

Enfin, toujours sur demande de l’exécutif, l’année 2026 verra aboutir les négociations relatives à la 11e mesure : les ruptures conventionnelles individuelles.

Le tableau suivant expose les principes de ces dispositifs. Il ne traite pas des mesures relatives au bonus-malus de cotisations chômage des entreprises, aux travailleurs indépendants ni aux créations d’entreprises.

DispositifPrincipe de la réforme
1. Ouverture et rechargement des droitsCondition d’affiliation de 6 mois (au lieu de 4) sur 24 mois pour les moins de 53 ans et sur 36 mois pour les plus de 53 ans Rechargement des droits sur 6 mois au lieu d’1 mois Effets : 190 000 personnes n’atteignent plus les conditions et 285 000 les atteignent plus tard Impact financier : 800 millions d’euros d’économies par an
2. Réforme du calcul du SJRSJR = rémunérations afférentes à la période de référence / nombre de jours calendaires décomptés sur la période (incluant désormais les jours non travaillés) Effets : 1,1 millions d’allocataires  Impact financier : 1 milliard d’euros d’économies par an
3. Dégressivité Dégressivité au taux de 30 % (baisse d’allocation de 1 500 € en moyenne) des allocations supérieures à 84,33 € par jour, pour les chômeurs de moins de 57 ans Effets : 55 000 personnes aux allocations très élevées (3 % des allocataires) Impact financier : 500 millions d’euros d’économies par an
4. Démission-reconversionOuverture de l’allocation aux salariés démissionnaires poursuivant un projet de reconversion Condition de travail de 1 300 jours pendant les 60 mois précédant la rupture du contrat de travail, intervention d’un conseil en évolution professionnelle et d’un projet réel et sérieux Effets : 25 000 allocataires concernés Impact financier : 500 millions d’euros de dépenses par an
5. Abandons de postesCréation d’une présomption de démission en cas d’abandon de poste, assimile à un chômage volontaire privant le salarié d’indemnisation Effets : absence de données administratives mais estimation de 82 000 ouvertures de droits suite à un abandon de poste en 2022 Impact financier : estimation avant réforme de 380 à 670 millions d’euros d’économies par an
6. Double refus de CDISi à l’issue d’un CDI, un salarié refuse une proposition de CDI pour occuper un emploi similaire, l’entreprise en informe France Travail dans le délai d’1 mois Si 2 refus de CDI suite à une fin de CDD ou de contrat de mission dans les 12 mois précédant la dernière rupture de contrat de travail sont constatés lors d’un examen d’ouverture de droits, l’indemnisation chômage est refusée Effets : 1 000 signalements, 1 seul cas  Impact financier : 0
7. ContracyclicitéApplication d’un coefficient réducteur (0,75) à la durée de droits de tout allocataire, avec un plancher de 6 mois Nouvelles durées d’indemnisation maximales : 18 mois pour les moins de 53 ans, 22,5 mois pour les 53-54 ans, 27 mois pour les 55 ans et plus Complément de fin de droit de 25 % en cas de conjoncture défavorable uniquement pour les allocataires en fin de droits Critère de conjoncture : taux de chômage inférieur à 9 % ou en évolution supérieure à 0,8 % Effets : 12 % d’allocataires indemnisés en moins, réduction des durées de 20 % en moyenne Impact financier : 4,5 milliards d’euros d’économies par an
8. SaisonniersAtténuation des impacts de la réforme du SJR en abaissant la condition d’affiliation à 5 mois au lieu de 6 Ouverture de droit à une durée minimale d’indemnisation de 5 mois Effets : 200 000 allocataires par an en moyenne Impact financier : évaluation en cours 
9. Bornes d’âgesRecul de 2 ans des bornes d’âge pour tenir compte de la réforme des retraites qui a reporté l’âge légal de départ de 62 à 64 ans Période de référence d’affiliation de 36 mois applicable aux allocataires d’au moins 55 ans (au lieu de 53) Durée d’indemnisation de 913 jours s’applique aux allocataires de 55 à 56 ans (au lieu de 53 à 54 ans)  Durée d’indemnisation de 1 095 jours s’applique aux allocataires de 57 ans et plus (au lieu de ceux d’au moins 55 ans) Impact financier : 700 d’euros d’économies par an
10. Mensualisation du paiement de l’AREPaiement de l’allocation sur la base d’un forfait de 30 jours (au lieu de 28, 29, 30 ou 31 jours selon les mois) Du 1er avril au 30 juin 2025 : seuls les allocataires éligibles au paiement de 31 allocations au mois de mai voient leur montant d’allocation diminuée d’une seule allocation journalière À compter du 1er juillet 2025 : la mensualisation sera intégralement déployée et les différents événements constatés déduits du forfait de 30 allocations journalières Impact financier : 300 d’euros d’économies par an
11. Rupture conventionnelleNouvelles durées d’indemnisation pour les allocataires dont l’ouverture des droits fait suite à une rupture conventionnelle individuelle 15 mois pour les moins de 55 ans, 20,5 mois pour les plus de 55 ans Possibilité de prolongation de la durée pour les allocataires d’au moins 55 ans Dispositif d’accompagnement et de suivi du retour à l’emploi Effets : de 33 000 à 45 000 allocataires Impact financier : évaluation en cours 

Les objectifs de ces réformes étaient toujours de favoriser un retour à l’emploi durable en réduisant l’indemnisation. Mais selon les spécialistes de l’Unédic, ces effets sont difficiles à prouver car rien ne permet de distinguer le cas d’un chômeur qui quitte l’indemnisation chômage et retourne sur un emploi nouvellement créé, de celui d’un chômeur qui prend un emploi auparavant occupé. Ainsi, quand un gouvernement vante par exemple 100 000 créations d’emploi grâce à une réforme de l’assurance chômage, rien ne permet de prouver que les chômeurs retournés en emploi n’occupent pas l’emploi d’un salarié qui tombe à son tour au chômage.

De plus, l’Unédic s’interroge sur les effets macro économiques de ces réformes qui peuvent aussi entraîner une hausse des Français basculant de l’assurance chômage aux minima sociaux comme le RSA (revenu de solidarité active) ou l’ASS (allocation spécifique de solidarité) du fait de la perte de leurs droits au chômage. Malheureusement, le croisement de données entre l’Unédic et les gestionnaires des minima sociaux est extrêmement complexe et ne sera pas opérationnel avant plusieurs années. Pour l’instant, l’Unédic a constaté par exemple qu’en juin 2025, 20 % des allocataires arrivant en fin de droits ont basculé vers l’allocation de solidarité spécifique, l’ASS (13 000 personnes). Ils n’étaient que 7 000 (13 %) en juin 2022.  

L’Unédic a également annoncé le lancement à l’automne 2026 d’un nouveau site internet consacré aux idées reçues sur l’indemnisation chômage.

Marie-Aude Grimont

Prévoyance : plus de 94 % des salariés du privé couverts par leur branche

09/07/2026

Les négociations de branche assurent une couverture prévoyance à plus de 94 % des salariés du secteur privé, selon une étude publiée le 7 juillet par la Fédération des institutions paritaires de protection sociale (FIPS), en partenariat avec le fournisseur de solutions technologiques Kanonik. Sur les 198 conventions collectives nationales (CCN) analysées, 177 prévoient un régime de prévoyance, couvrant 19,8 millions de salariés sur les 21,1 millions que compte le secteur privé.

Depuis 2022, une dizaine d’accords ont été conclus ou modernisés, étendant la couverture à près de trois millions de salariés supplémentaires, notamment dans les secteurs de l’emploi à domicile, du ferroviaire, de l’industrie laitière et de la métallurgie.

L’étude souligne également le développement du dispositif de degré élevé de solidarité (DES), présent dans 71 branches et bénéficiant désormais à près de 10 millions de salariés, soit près d’un salarié du privé sur deux.

Source : actuel CSE

L’Unedic réaffirme sa raison d’être

10/07/2026

Alors que les partenaires sociaux craignent que l’Etat ne puise une nouvelle fois dans les caisses de l’assurance chômage pour limiter le déficit public, l’Unedic, l’organisme gestionnaire de l’assurance chômage, réaffirme sa “raison d’être” et ses valeurs. Le 30 juin le conseil d’administration de l’Unedic a en effet adopté cette phrase résumant sa mission : “Pour le compte des salariés et des employeurs, dans le cadre du paritarisme, indemniser, sécuriser les parcours professionnels, accompagner les transitions”.

► Depuis la loi Pacte, les sociétés qui le souhaitent peuvent se doter d’une raison d’être dans leurs statuts. Cette modification consacre les engagements pris par nombre d’entreprises au titre de la responsabilité sociale et environnementale. La raison d’être est le projet de long terme dans lequel s’inscrit l’objet social de l’entreprise.

Source : actuel CSE