Retraites : Jean-Pierre Farandou se penche sur les inégalités hommes femmes
31/08/2026
Dans une interview accordée au quotidien Le Parisien, le ministre du Travail a esquissé quelques axes qu’il tentera de faire passer dans le budget 2027.
Sur les retraites, il prévoit des majorations de pensions au profit des parents de trois enfants ou plus. Plus généralement, il estime que les femmes ont des retraites plus faibles à cause de leurs carrières interrompues. Il souhaite donc un “système plus simple, plus redistributif et plus favorable à l’égalité entre les femmes et les hommes”. Il demandera par ailleurs aux députés de s’inspirer des négociations annuelles obligatoires dans les entreprises afin d’instaurer des “NAO retraites”, notamment dans le but d’instaurer une “indexation négociée” des retraites par les partenaires sociaux. Autre annonce : ni le RSA ni les minimums vieillesse ne seraient désindexés par le gouvernement.
À priori, les crédits du ministère du Travail seraient amputés de “plusieurs milliards” mais les crédits de l’apprentissage seraient inchangés dans le but de maintenir le nombre d’apprentis autour de 800 000. Seraient également préservés les moyens de l’inspection du travail. En revanche, il défendra “un ajustement” du compte personnel de formation : “Le titulaire sera invité à préciser son projet professionnel”.
Le ministre du Travail a également confirmé l’annonce de Sébastien Lecornu auprès de la CFDT (lire notre article dans cette édition) : confier aux partenaires sociaux deux négociations relatives aux arrêts maladie et à l’intelligence artificielle. Il prépare par ailleurs un voyage en Espagne avec de préparer un “new deal” du travail et du climat. Il serait accompagné de représentants des cinq syndicats représentatifs, nous a-t-il confié en marge de son déplacement à la rentrée du Medef, le 27 août.
Enfin, Jean-Pierre Farandou espère que le vote de la loi sur la transparence salariale pourra intervenir avant la prochaine élection présidentielle, pour une application en 2028. Le projet de loi sera présenté en conseil des ministres le 9 septembre.
Source : actuel CSE
Les priorités sociales des candidats à l’élection présidentielle exposées devant le Medef
01/09/2026
La scène du débat des candidats à l’élection présidentielle avec le Medef, 27 août 2026
Jeudi 27 août, sept candidats à l’élection présidentielle ont tenté de faire les yeux doux aux patrons du Medef, organisation des plus grandes entreprises. Ils ont donc évoqué les retraites, les salaires, l’emploi ou encore le financement de la protection sociale. Pour autant, il reste difficile de dire qui sera le candidat préféré des adhérents de l’organisation patronale.
Alors que certains patrons avaient fait de Jordan Bardella leur favori, en raison de sa ligne pro-entreprise et favorable à la capitalisation des retraites, les propositions portées par Marine Le Pen ne semblent pas avoir séduit la majorité, jeudi soir. Il faut dire que la candidate du RN a maintenu sa proposition de ramener l’âge légal de départ en retraite à 60 ou 62 ans selon l’âge de l’entrée dans l’emploi. Ce n’est pas la première fois que l’organisation patronale organise un débat pré-électoral. Jeudi 27 août, Jean-Luc Mélenchon, Marine Tondelier et Gabriel Glucksman ont déployé leurs arguments en faveur d’une économie plus sociale et plus verte, mais sans remporter l’adhésion, comme on pouvait s’y attendre. À l’applaudimètre, Édouard Philippe et Gabriel Attal ou encore Bruno Retailleau ont plutôt remporté la mise. Mais la campagne ne fait que commencer, et le chemin reste parsemé d’embûches d’ici le scrutin dont les deux tours ont été fixés au 18 avril et 2 mai 2027.
Un débat sur les préoccupations patronales
Côté patronal, les adhérents du Medef ont mis l’accent sur les difficultés des entreprises, qu’il s’agisse d’implanter une usine, de se conformer aux normes ou d’embaucher du personnel. Pas question donc de débattre du retour du CHSCT ou de l’amélioration des conditions de travail, sujet que seul Raphaël Glucksman a rapidement évoqué au détour d’une phrase. Pour autant, le président du Medef, Patrick Martin, a refusé de donner une quelconque consigne de vote. Il assume cependant de discuter avec des représentants du Rassemblement National des désidératas des employeurs : “On a une priorité, celle de faire comprendre aux différents candidats quelles sont nos problématiques. Le RN pourrait être élu, ne pas transmettre nos attentes serait une faute professionnelle de ma part”, a-t-il expliqué.
Il s’agissait cependant bien de “mettre sous pression” les candidats, de les contraindre à se dévoiler, par exemple sur la surtaxe d’impôt sur les sociétés, sujet inflammable pour les patrons, instaurée en 2025, reconduite en 2026 et qui pourrait à nouveau l’être dans le budget 2027. Autre épine dans le pied des employeurs : le projet de loi transparence salariale, qui sera présenté le 9 septembre au Conseil des ministres. Patrick Martin l’identifie comme “un cas de surtransposition, par exemple sur le seuil des entreprises concernées, que la directive fixe à 100 et que l’on va appliquer à partir de 50 salariés”.
Salaires et TVA sociale
Car les salaires restent un sujet de friction entre employeurs et salariés depuis l’irruption de la crise énergétique et de l’inflation. “On aimerait augmenter les salaires mais on n’a pas les marges de manœuvre”, a affirmé Patrick Martin en interview sur TF1 mercredi 26 août. Quelles seraient ces marges permettant aux employeurs d’augmenter les salaires ? “Opérer un basculement partiel de charges sociales vers la fiscalité et revoir le financement des branches santé et familles”, nous a-t-il répondu dans les allées du stade Roland Garros, où les deux journées de l’événement se sont tenues.
Le Medef se dit d’ailleurs favorable à l’instauration d’une TVA sociale afin de réduire l’écart entrer salaire brut et salaire net dans les poches des salariés. A ce sujet, le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, invité par le Medef, a indiqué que “la TVA sociale ne remplirait pas totalement les aspirations salariales des Français”. Réplique du président du Medef que nous avons interrogé : “Je note le ‘totalement’. Cela signifie que cela pourrait répondre partiellement”.
Pour l’heure, le patronat a dû se satisfaire de l’annonce du ministre de l’Économie Roland Lescure : un pacte de stabilité. Traduction : maintenir le crédit d’impôt recherche et le régime du Pacte Dutreil, un dispositif juridique qui permet des transmissions d’entreprises avec des exonérations de droits de mutation. Patrick Martin reste cependant méfiant “au regard de la fracturation et de l’instabilité de l’Assemblée nationale, ce que propose le gouvernement n’est pas forcément le résultat final”.
Malgré quelques échauffourées, piques et brises de bec, les candidat ont globalement débattu dans le calme. Le président du Medef avait en tout cas réclamé à ses adhérents le respect de chacun. Voici une synthèse des positions sociales (dans l’ordre du tirage au sort réalisé par le Medef pour les prises de parole) de Bruno Retailleau (Les Républicains), Raphaël Glucksman (Place Publique), Marine Le Pen (Rassemblement National), Édouard Philippe (Horizons), Jean-Luc Mélenchon (La France Insoumise), Marine Tondelier (Les Écologistes), Gabriel Attal (Renaissance).
Tableau récap’ des positions sociales des candidats
| Candidat | Thème |
| RETRAITES | |
| Bruno Retailleau | – lier la question des retraites à celle de la dette – créer une part de capitalisation à rendement d’ici 15 ou 20 ans – les détails de cette réforme seront présentés dans les prochains jours |
| Raphaël Glucksman | – permettre à ceux qui ont travaillé tôt et ont une faible espérance de vie de partir plus tôt en retraite – abroger la réforme de 2023 |
| Marine Le Pen | – augmenter le taux d’emploi des jeunes pour les faire travailler avant 27 ans : soutien massif à l’apprentissage et à l’alternance, transformation des offres de formation – fixer l’âge légal de départ à 60 ans pour ceux qui travaillent avant 20 ans (40 ans de durée de cotisation), et à 62 ans pour ceux qui entrent dans l’emploi jusqu’à 24,5 ans – supprimer les cotisations retraites et chômage afin d’inciter à travailler |
| Édouard Philippe | – travailler plus longtemps pour ceux qui le peuvent en tenant compte de la réalité des métiers – instaurer une règle d’or dans la Constitution pour contraindre le Parlement à respecter l’équilibre des finances publiques, y compris dans une réforme des retraites |
| Jean-Luc Mélenchon | – revenir à la retraite à 62 ans avec pour objectif de le ramener à 60 ans |
| Marine Tondelier | – abroger la réforme des retraites de 2023 |
| Gabriel Attal | – annuler la suspension de la réforme des retraites de 2023 – adopter un système universel avec une part de capitalisation |
| TRAVAIL / SALAIRES | |
| Bruno Retailleau | – faire que le travail paie plus afin de rapprocher salaire brut et net – alléger les charges patronales dès la 1ère heure de travail – supprimer les cotisations salariales et patronales dès la 36e heure de travail |
| Raphaël Glucksman | – baisser la CSG sur les salaires et financer en taxant les “méga-héritiers” – améliorer les conditions de travail et la santé mentale au travail – instaurer un nouveau pacte social (“En Allemagne, les travailleurs ont une voix plus forte dans l’entreprise et les syndicats sont mieux reconnus”) |
| Marine Le Pen | – maintenir le coût du travail (“On ne peut pas faire baisser le coût du travail dans la situation où nous sommes”) – baisser les dépenses contraintes comme l’énergie (TVA à 5,5 %) afin d’augmenter le pouvoir d’achat salarial – refuser la TVA sociale “qui n’est pas neutre pour les retraités, les jeunes et les chômeurs” |
| Édouard Philippe | – rapprocher le salaire brut du salaire net (“La différence, c’est le coût de la protection sociale”) – réformer le financement de la protection sociale afin qu’elle ne repose pas sur le travail (“Il faut élargir la base afin de faire contribuer pas seulement ceux qui travaillent”) – développer la formation |
| Jean-Luc Mélenchon | – réinstaurer les cotisations sociales supprimées – augmenter le Smic (ce qui a suscité les rires de la salle) afin de maintenir la consommation des ménages et d’éviter une récession |
| Marine Tondelier | – augmenter le Smic à 2 000 euros |
| Gabriel Attal | – revenir sur les hausses de coût du travail depuis 2024 – faire progresser les salaires par l’innovation (IA) et la productivité – réformer le code du travail : demander aux parlementaires et aux partenaires sociaux de rédiger une Constitution du travail de grands principes et renvoyer tout le reste aux entreprises |
| AUTRES (dette, économie, écologie, industrie) | |
| Bruno Retailleau | – réduire drastiquement le nombre de fonctionnaires, qui seraient maintenus au statut sur les domaines régaliens et placés sous contrat privé pour le reste – supprimer “des centaines de seuils et de normes” – interdire toute surtransposition des textes européens – abroger le principe de précaution – ne plus subventionner les énergies renouvelables – plafonner à 70 % le total des assistances aux Français, sauf l’assurance chômage |
| Raphaël Glucksman | – taxer les plus hauts patrimoines – rapatrier des usines pour réduire la dette – réserver la commande publique aux produits européens |
| Marine Le Pen | – réduire drastiquement le train de vie de l’État, supprimer les agences et hauts instituts jugés “toxiques” – réduire les délais administratifs pour toute implantation industrielle classée en priorité nationale – supprimer les impôts de production – flécher la commande publique vers les entreprises présentes en France – plan d’austérité de 125 milliards |
| Édouard Philippe | – instaurer un moratoire normatif pour les entreprises – 50 milliards de baisse des impôts de production contre 50 milliards de baisse d’aides publiques |
| Jean-Luc Mélenchon | – conditionner les aides publiques aux entreprises à des contreparties – se fixer des objectifs industriels – mettre en place une vigilance européenne sur les investissements étrangers |
| Marine Tondelier | – instaurer des quotas bas carbone dans la commande publique – étendre l’ajustement carbone aux frontières – stabiliser les prix de l’électricité |
| Gabriel Attal | – rétablir l’équilibre des finances publiques à 2037 – utiliser l’IA pour “faire mieux avec moins dans les administrations” – exempter d’études les projets industriels sur des friches – instaurer des quotas bas carbone dans la commande publique – instaurer un prix de l’électricité stable – promouvoir à la tête des administrations publiques des personnes qui ont pour mandat de respecter le programme politique |
À noter qu’Édouard Philippe a aussi affirmé dans la presse la semaine dernière qu’il compte réduire l’indemnisation chômage à 12 mois (au lieu de 18 à 27 mois aujourd’hui) et “mettre fin à l’open bar sur les arrêts maladie”. Par ailleurs, Xavier Bertrand, Président Les Républicains de la région Hauts-de-France, a annoncé sa candidature à l’élection présidentielle pendant un débat du Medef, mais n’a pas détaillé son programme. Enfin, Sophie Binet (CGT) a réagi à ce débat présidentiel dans un interview publiée samedi matin dans Le Monde où elle fustige le Medef : “Une partie du patronat est en train de faire la courte échelle à l’extrême droite en la normalisant”.
Marie-Aude Grimont
Branche AT-MP : le gouvernement avance sur le plafonnement des IJSS à 1,8 Smic
03/09/2026
À la suite de la position commune des partenaires sociaux, le ministère du travail leur a répondu dans une lettre qui leur a été transmise au début de la semaine dernière.
“Concernant les indemnités journalières, et conformément à vos conclusions, le gouvernement a décidé d’écarter un alignement du plafond d’indemnisation temporaire AT-MP sur celui des indemnités journalières maladie. Il retient à la place un plafonnement à 1,8 Smic permettant de préserver une prise en charge des victimes d’accidents du travail ou de maladies professionnelles sensiblement plus favorable que celle applicable au titre du risque maladie (1,4 Smic), explique le ministre du travail, tout en dégageant une économie de l’ordre de 270 M€ dès 2027. Sur la base des données disponibles en 2025, 14 % du total des arrêts AT-MP seraient affectés, représentant 28 % de la dépense”.
Selon le ministre du travail, dans la majorité des cas, la baisse des IJ sera compensée par le complément employeur prévu par le code du travail pour les salariés ayant au moins un an d’ancienneté. Il y voit un moyen de “responsabiliser les entreprises dans lesquelles se produisent les accidents du travail”.
Un projet de décret sera soumis prochainement aux partenaires sociaux pour une entrée en vigueur au 1er novembre 2026.
Le gouvernement prévoit par ailleurs d’inscrire dans le prochain projet de loi de finances la fiscalisation intégrale des IJ AT-MP, actuellement imposées à hauteur de 50 %. Cette mesure permettrait, selon le courrier du ministère, de dégager 285 millions d’euros supplémentaires en 2027.
Le ministère du travail envisage également une tarification au niveau de l’entreprise et non plus de l’établissement dès 2027.
Source : actuel CSE
