Selon l’OIT, les femmes sont surexposées aux risques professionnels liés à l’IA générative
23/03/2026
Selon une étude récente de l’Organisation internationale du travail (OIT), les métiers à dominante féminine sont presque deux fois plus exposés à l’IA générative. Notamment parce que les femmes sont surreprésentées dans les emplois qui peuvent être automatisés, qu’elles sont sous-représentées dans les métiers de l’IA et des sciences, et que les systèmes d’IA répliquent les biais de genre de la société.
Alors que l’intelligence artificielle (IA) générative transforme en profondeur l’écosystème professionnel, l’Organisation internationale du travail (OIT) a publié une note de recherche sur “L’intelligence artificielle générative, la ségrégation professionnelle et l’égalité des sexes dans le monde du travail” en amont de la Journée internationale des droits des femmes qui s’est tenue le 8 mars (*).
Cette enquête alerte sur le fait que “l’IA générative devrait affecter davantage les emplois occupés par des femmes que ceux occupés par des hommes” puisque les professions à dominante féminine sont “presque deux fois plus susceptibles d’être exposées à cette technologie” (**). Pourquoi ?
Surreprésentation dans les tâches exposées à l’IA
Tout d’abord, les femmes seraient “surreprésentées dans les emplois les plus susceptibles d’être automatisés”, et donc “les emplois à haut risque”, prévient l’OIT.
Pratiquement un tiers (29 %) des professions féminisées (à dominante féminine) sont exposées à l’IA générative, alors que seulement 16 % des métiers masculinisés le sont. Et cette différence s’accroît avec le niveau d’exposition à l’IA puisque 16 % des métiers féminisés sont exposés à des niveaux élevés d’IA générative (gradient 4), contre seulement 3 % des métiers à dominante masculine.
Ce contraste se justifie par une plus forte présence historique des femmes dans des fonctions administratives et support (secrétariat, accueil, comptabilité, etc.), dont une partie des tâches peut être confiée plus aisément à l’IA, tandis que les hommes sont davantage présents dans les secteurs du bâtiment, de l’industrie et des métiers manuels, où l’IA reste plus compliquée à introduire.
Les femmes des pays à revenu élevé sont presque quatre fois plus concernées par cette problématique (41 % des emplois féminins) que celles des pays à faible revenu (11 %).
Biais de genre ancrés dans les sociétés
Une autre raison de la surexposition des femmes à l’IA générative porte sur “les systèmes d’IA eux-mêmes” et plus précisément leur tendance à “reproduire les biais de genre ancrés dans les sociétés” et donc des discriminations.
Par exemple, si l’IA est basée sur “des données incomplètes ou partielles”, cela peut engendrer des désavantages pour les femmes dans “le recrutement, les décisions salariales (…) ou l’accès à certains services”, met en garde l’OIT. Des inconvénients qui peuvent être amplifiés en cas de “discriminations multiples et croisées” (race, ethnie, handicap, etc.).
Sous-représentation dans les technologies et les sciences
La sous-représentation des femmes dans les métiers liés à l’IA et à forte intensité technologique est aussi un enjeu.
Si on en croit des chiffres de 2022, les femmes ne comptaient que pour environ un tiers (30 %) de la main-d’œuvre liée à l’IA dans le monde. Et l’augmentation de cette part s’avère très lente puisqu’elle était déjà de 26 % en 2016 (seulement + 4 points en 6 ans).
Ce constat est le même dans les métiers des sciences, des technologies, de l’ingénierie et des mathématiques (STIM). Cette sous-représentation prive de nombreuses femmes “de nouvelles opportunités professionnelles et du développement de compétences”, déplore l’OIT. Elles sont en effet moins représentées dans des métiers d’avenir en matière d’IA, de sciences et de nouvelles technologies, ce qui aura nécessairement davantage d’impacts sur leur futur professionnel (ex. : réorientations impératives).
Égalité des genres et dialogue social dès la conception
Les impacts de l’IA générative prendront surtout la forme “de changements dans les tâches, les compétences et les conditions de travail”, plutôt que “des pertes d’emplois massives”, rassure l’Organisation. Pour lutter contre ce phénomène, l’OIT recommande “d’intégrer l’égalité de genre dans la conception, le déploiement et la gouvernance de l’IA”, tout en évitant toute “ségrégation professionnelle”. Il est également souhaitable “d’élargir l’accès des femmes aux compétences et garantir leur représentation dans les métiers liés à l’IA”.
Pour conclure, Janine Berg, économiste principale au département de la recherche de l’OIT et coautrice du rapport, souligne que “l’impact de l’IA générative sur l’emploi des femmes n’est pas déterminé”, et qu’avec des “bonnes politiques, un dialogue social solide et une conception sensible au genre”, il est tout à fait possible “d’éviter de renforcer les discriminations existantes”.
(*) Cette enquête s’appuie sur l’indice mondial OIT-NASK d’exposition professionnelle à l’IA générative pour analyser l’impact de celle-ci sur l’égalité des sexes dans le monde du travail. L’indice est construit au niveau des tâches et des professions. Les tâches au sein de chaque profession sont évaluées selon leur exposition potentielle à l’IA générative à partir d’enquêtes auprès des travailleurs, de validations d’experts et de modélisations de l’IA. Ces scores sont ensuite agrégés au niveau des professions et classés selon un gradient continu d’exposition : d’une exposition faible (gradient 1) à une exposition élevée (gradient 4). La collecte harmonisée de micro-données de l’OIT (composition par sexe de l’emploi dans toutes les professions) couvre 84 pays.
(**) Les professions à prédominante féminine sont définies comme celles où la part des femmes dans l’emploi est d’au moins 75 % dans au moins 25 % des pays. Les professions à prédominante masculine sont définies comme ayant une part féminine dans l’emploi inférieure à 25 % dans la même proportion de pays disposant de données fiables.
Laura Guégan
Sinistralité dans le médico-social : les pistes de l’Igas pour réduire les risques professionnels
23/03/2026

L’Igas présente ses recommandations pour mener une stratégie de prévention des risques professionnels dans le secteur médico-social.
L’Inspection générale des affaires sociales (Igas) analyse dans un rapport les médiocres résultats des actions menées en matière de prévention des risques pour le secteur des professionnels qui exercent auprès des personnes âgées et handicapées. La mission formule une série de préconisations constituant une nouvelle stratégie chiffrée à 300 millions d’euros par an entre 2026 et 2030.
Le troisième volet des travaux de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) sur l’attractivité des métiers du champ social, rendus publics le 6 février, porte sur l’amélioration de la qualité de vie et des conditions de travail (QVCT) dans les établissements et services du grand âge et du handicap.
Sinistralité élevée
Dans son rapport qui date de juillet 2025, la mission revient sur la sinistralité élevée de ce secteur. Ainsi, en 2023, “la fréquence des accidents du travail reste plus de 2,5 fois supérieure à la moyenne nationale et 1,7 fois supérieure à celle du BTP [Bâtiment et travaux publics], avec 70 accidents pour 1 000 salariés”, soulignent les autrices, Nadège Baille, Sarah Bartoli et Lucile Olier.
Cette sinistralité a un coût estimé en 2023 à 20 000 équivalents temps pleins (ETP) perdus au titre de l’absentéisme ATMP, soit près de 0,9 Md€ [milliard d’euros]. “Elle se traduit par des départs prématurés pour inaptitude et contribue au turn-over du personnel, qui pèse sur l’organisation interne et le budget des établissements”, à travers le recours à l’intérim.
Bilan « en demi-teinte »
Face à cette situation, les actions mises en place depuis quelques années présentent un “bilan en demi-teinte”. En particulier, “la création de la branche autonomie en 2021 et le concours de la CNSA [Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie] à l’attractivité des métiers ne se sont pas traduits par des ajustements majeurs de cette stratégie. Finalement, les crédits qui l’ont accompagnée demeurent peu lisibles, difficiles à reconstituer, et mal orientés”, peut-on lire dans le rapport.
La mise en place du fonds d’investissement pour la prévention de l’usure professionnelle (Fipu) en 2024 a permis d’accroître les montants consacrés au secteur (qui sont passés de 3 M€ à 8,70 M€ entre 2022 et 2024). Ceux-ci demeurent néanmoins modestes “au regard de sa faible culture de prévention, constatée par l’ensemble des Carsat [Caisse d’assurance retraite et de la santé au travail] rencontrés par la mission”.
“Faibles incitations structurelles”
Pour expliquer ce médiocre bilan, la mission met en avant les “faibles incitations structurelles adressées au secteur pour l’engager de manière plus résolue dans la lutte contre la sinistralité”. Parmi elles, les dérogations au régime de tarification AT/MP accordées au secteur de l’autonomie n’incitent pas les employeurs “à s’engager dans une politique de prévention”.
Le secteur de l’aide à domicile est pénalisé par un système de financement défavorable aux conditions de travail
En outre, “les plans d’investissement du Ségur ont constitué une occasion manquée”, les ARS (Agences régionales de santé) n’ayant pas bénéficié « d’un cadre clair pour piloter” ces crédits avec des objectifs “sans priorisation particulière”.
Enfin, le secteur de l’aide à domicile “est pénalisé par un système de financement défavorable aux conditions de travail”, selon le rapport. La tarification à l’heure des plans d’aide de l’allocation personnalisée d’autonomie (APA) “conduit au morcellement des emplois du temps, à la non-prise en charge des temps collectifs, et à des rémunérations faibles”.
Recommandations
Dans ce contexte, la mission présente une série de recommandations portant “une stratégie” qui place “la prévention des risques professionnels au fondement du soutien public à la QVCT”. Pour chacun des volets de ce programme (gouvernance, financement et équipement, formation), elle présente un calendrier de mise en œuvre jusqu’en 2030.
Elle plaide ainsi pour la publication d’”une instruction cadre, qui assume, à l’appui d’une gouvernance renforcée dans le cadre du plan attractivité , un objectif de zéro port de charge délétère pour la santé”.
Organisme dédié à la prévention
Sur le terrain, la mission Igas propose de créer un organisme dédié à la prévention dans le médico-social (secteurs public et privé). Doté d’une cinquantaine d’ETP au niveau national, cet organisme fonctionnerait avec un budget à 30 % venant du Fipu (fonds d’investissement dans la prévention de l’usure professionnelle), une subvention exceptionnelle de mise en place de la part de la branche autonomie, ainsi qu’une contribution spécifique des branches et des employeurs publics. À la suite, une cotisation spécifique des employeurs publics et privés serait instituée, tandis que des prestations tarifées viendraient compléter le budget.
La structuration administrative devra faire l’objet “d’une concertation avec les représentants des employeurs, en particulier les plus avancés dans des initiatives paritaires”. Les inspectrices de l’Igas rappellent qu’un observatoire de la QVCT est déjà en place dans la branche de l’aide à domicile (BAD) et qu’un organisme paritaire de prévention (OPP) est en construction dans la branche associative sanitaire, sociale et médico-sociale (Bass).
Aides techniques
Plusieurs mesures visent à équiper à 100 % les chambres d’Ehpad et de maisons d’accueil spécialisé (MAS) en rails plafonniers d’ici dix ans, à déployer les matériels et les aides techniques nécessaires aux soins de manutention y compris à domicile ou encore à financer un réseau de préventeurs à l’échelle territoriale.
Le soutien à « la transformation organisationnelle et managériale » est aussi au programme. L’Igas suggère de promouvoir les modèles probants déjà repérés comme l’autonomisation des équipes de travail (modèle Buurtzorg) ou encore la transformation de l’accompagnement guidée par le respect du rythme des personnes.
300 M€ par an
Pour financer ces mesures, chiffrées 300 millions d’euros (M€) par an en moyenne pour les années 2026 à 2030, la mission suggère d’augmenter les moyens du Fipu à hauteur de 30 M€ et de créer (et financer) le fonds de prévention de l’usure professionnelle des établissements de santé et des ESMS (établissement ou service social ou médico-social) à destination des établissements publics (FPUP ESMS, en attente d’un décret d’application).
Le rapport propose aussi de mobiliser le fonds de lutte contre la sinistralité, annoncé en mai 2025, en augmentant la dotation de 15 à 20 M€.
La transformation organisationnelle du secteur se ferait par le biais d’appels à manifestation d’intérêt dans le cadre d’une enveloppe annuelle de 30 M€ déléguée aux ARS.
“Une contribution additionnelle de l’ordre de cinq à 20 M€ par an […] sera nécessaire pour boucler le financement d’ensemble”, préviennent les inspectrices de l’Igas.
Noémie Colomb
Travail en horaires atypiques : adoptez la micro-sieste !
23/03/2026
À l’occasion de la journée du sommeil du 13 mars dernier, l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) rappelle que la mise en place de la micro-sieste peut constituer une mesure “simple et efficace” pour prévenir les troubles du sommeil, la somnolence et la baisse de vigilance pendant l’activité de travail des salariés exerçant en horaires atypiques (travail de nuit, travail posté 3×8, etc.).
“En entreprise, aménagez des locaux, selon les préférences des salariés et les habitudes de l’entreprise, prévoyez une salle calme, obscure, équipée d’un lit d’appoint, de fauteuils confortables ou de canapés… et assurez-vous que les salariés aient accès à un réveil afin de limiter ce temps de repos à 15-20 min”, conseille ainsi l’INRS qui a publié une fiche-solution en 2020 et une affiche en 2019 pour promouvoir la micro-sieste.
Selon une enquête menée par le cabinet de recrutement Hays auprès de 1 172 personnes en France publiée le 25 février dernier, seuls 9 % des salariés interrogés indiquent que leur organisation propose des dispositifs dédiés, tels que des salles de repos, des ateliers sur le sommeil et des micro-siestes ou des ateliers sur le sommeil.
Source : actuel CSE
L’Igas recommande de réguler autrement les services de prévention et de santé au travail
23/03/2026
En mai 2025, le ministre du travail a mandaté l’inspection générale des affaires sociales (Igas) pour analyser les innovations organisationnelles et techniques de services de prévention de santé au travail (SPST), dans un champ déjà très réformé depuis quinze ans pour faire face à la pénurie de médecins du travail et améliorer la qualité du service.
Aboutissement de cette mission, l’Igas a publié le 16 mars un rapport intitulé “l’innovation en santé au travail”. Les auteurs estiment que la loi du 2 août 2021 a permis de moderniser les services mais que “des freins institutionnels et pratiques demeurent”.
Ils retiennent notamment :
- une pénurie structurelle de médecins du travail, “la diminution devant probablement se prolonger jusqu’en 2030, avec une projection à 3 565 médecins du travail en poste (- 17 % par rapport à 2024)” ;
- l’insuffisance des délégations aux infirmiers avec des “fortes différences selon les services (48 % en SPSTI vs 25,8 % en SPSTA)”. De manière générale, l’Igas note “une forte hétérogénéité entre SPST interentreprises et SPST autonomes, d’une part, et à l’intérieur de chacune de ces catégories de SPST d’autre part” (selon la taille du SPST, le logiciel utilisé, etc.) ;
- un “système de régulation publique lourd (agrément, CPOM, certification), redondant et peu incitatif à l’innovation”.
Aussi l’Igas appelle-t-elle à “rénover la régulation des SPST sans big bang”. L’inspection recommande :
- “la mise en place progressive d’un premier niveau de régulation à l’échelle nationale, en inscrivant le nombre de salariés par médecin du travail dans une fourchette, devrait permettre de lisser la répartition des médecins du travail sur le territoire à ressource constante” ;
- une plus grande facilitation du processus de délégation des tâches aux infirmiers de santé au travail.
La mission suggère que les services de l’État favorisent plus explicitement la création de nouveaux SPSTI, et que, pour l’agrément des SPST, ils aient accès à de nouveaux outils moins juridiques : “les rapports de certification, ainsi que des indicateurs synthétiques de performance et d’innovation, dont la mission propose une première version”.
Enfin, en s’inspirant de la santé publique, les auteurs listent d’autres mesures qui seraient “facteurs d’innovation” comme :
- “l’interopérabilité et la valorisation des dossiers médicaux en santé au travail ;
- la mise en place d’une instance nationale de financement et de validation des innovations au sein des SPST ;
- une révision du seuil permettant d’instituer un SPST autonome de 500 à 1 000 salariés permettrait de se rapprocher des standards des autres SPST ;
- une consultation plus systématique des bénéficiaires des SPST”. L’Igas suggère ainsi “d’intégrer les salariés dans la mesure de la satisfaction et des besoins, par le biais d’enquêtes annuelles menées au niveau national auprès d’un échantillon représentatif de salariés”.
L’Igas précise bien que ces mesures constituent “autant de possibles débouchés pour une démarche nécessairement concertée avec les partenaires sociaux”.
Source : actuel CSE
L’Anact publie un guide pour mieux prévenir l’absentéisme au travail
23/03/2026
L’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact) publie un guide dédié à l’absentéisme au travail, un phénomène aux impacts multiples : désorganisation, baisse de qualité, tensions internes ou encore dégradation des conditions de travail.
Face à un absentéisme élevé ou récurrent, l’agence recommande d’aller au-delà de la simple gestion des absences, en réalisant un diagnostic précis et en agissant sur les conditions de travail, levier central de compréhension et de prévention.
Destiné notamment aux RH des TPE-PME, ce guide structuré en dix questions propose des repères concrets : définition, indicateurs, causes, comparaison entre entreprises et pistes d’action, jusqu’à la question du présentéisme.
Source : actuel CSE
Qui sont les SPST et quelle offre socle fournissent-ils en 2024 ?
26/03/2026

En comparaison avec 2023, l’enquête montre une légère baisse du nombre de médecins du travail et une légère hausse du nombre d’infirmiers dans les SPST en 2024.
Trois ans après la loi du 2 août 2021, les services de prévention et de santé au travail (SPST) présentent “un bon niveau d’appropriation de la réforme”, estime la direction générale du travail (DGT) dans la troisième édition de son bilan annuel. Panorama des profils, priorités et offres déployées par les services en 2024.
Cette enquête annuelle est prévue par les décrets du 15 novembre 2022 et du 28 décembre 2022 relatifs à l’agrément et aux rapports d’activité des SPST, pris en application de la loi du 2 août 2021. “Cette troisième édition met […] en lumière un bon niveau d’appropriation de la réforme par les SPST, avec par exemple 96,5 % de cellules de prévention de la désinsertion professionnelle effectivement en place au sein des SPSTI (services de prévention et de santé au travail interentreprises), mais identifie également les marges de progression qui demeurent”, retient Pierre Ramain, directeur général du travail, pour qui “la publication d’un rapport de synthèse, accessible à tous, contribue à renforcer la transparence dans le fonctionnement des SPST, mais également à rendre plus visible leur apport en matière de prévention en santé au travail”.
Ce troisième rapport publié le 18 février dernier (en pièce jointe) porte sur l’ensemble des SPST en France, soit 175 services de prévention et de santé au travail (SPSTI) et 326 SPST autonomes (SPSTA) en 2024, incluant pour la deuxième année les 35 SSTA (services de santé au travail en agriculture des caisses locales de la Mutualité sociale agricole). Les données sont basées uniquement sur les déclarations des SPST qui ont été nombreux à participer : 98,9 % pour les SPSTI, ce qui représente 173 SPSTI (contre 97,1 % pour 2023), et 79,1 % pour les SPSTA, soit 258 SPSTA (contre 77 % pour 2023), et les 35 SSTA ont répondu. Elles ont été collectées entre avril et août 2025.
Qui sont les SPST en 2024 ?
La très grande majorité des SPST est agréée pour cinq ans : 91 % des SPSTI (contre 92 % en 2023) et 93 % des SPSTA (contre 90 % en 2023). Ainsi, seuls 7 % des SPSTI et 4 % des SPSTA disposent d’un agrément dit “conditionnel” de deux ans.
Compétences et offres proposées par les SPST
Comme en 2022 et 2023, la plupart des SPSTI déclarent une compétence interprofessionnelle en 2024 (89 %, comme en 2023) et sont spécialisés dans un ou plusieurs secteurs professionnels (ex. : 76 % indiquent avoir une compétence dans le travail temporaire contre 78 % en 2023).
La proportion des SPST qui proposent une offre complémentaire a encore augmenté. Elle est passée de 30 % en 2023 à 43 % en 2024. “S’agissant d’un nouveau type d’offre en vigueur seulement depuis le 31 mars 2022, ce chiffre a logiquement progressé en 2023”, précise la DGT. Cependant, cette offre complémentaire reste peu souscrite par les entreprises avec seulement 44 000 entreprises en 2023 (soit 0,2 % des entreprises sur le territoire national).
De même, alors qu’une large majorité de SPSTI met à disposition une offre spécifique pour les travailleurs indépendants (81 % contre 70 % en 2023), seulement 2 619 d’entre eux y ont souscrit à l’échelle nationale (contre 1 000 en 2023), alors que les indépendants “représentent une population de 4,5 millions de personnes au 31 décembre 2023 selon l’URSSAF”, note la DGT.
Notons que la possibilité pour les SPSTI et les SPSTA de conclure des conventions partenariales entre eux reste très peu utilisée. Seulement deux SPSTI déclarent en avoir une en 2024 (contre six en 2023).
Répartition des établissements et des salariés dans les SPST
Le nombre de salariés suivis est de l’ordre de 17,4 millions (contre 17,1 millions en 2023), soit une moyenne “légèrement supérieure à 100 000 salariés par SPSTI” (100 000 en 2023). Ce nombre moyen de salariés suivis par les SPSTI est très largement supérieur en Île-de-France où il dépasse 233 000, alors que dans la majorité des régions le nombre moyen de salariés suivis par SPSTI se situe entre 70 000 et 90 000 salariés.
Au niveau des implantations géographiques, des disparités importantes sont observées puisque 63 % des SPSTI déclarent une durée maximale pour les travailleurs pour rejoindre le centre fixe le plus proche comprise entre 20 et 30 minutes et 14 % entre 45 minutes et une heure. Et pour huit SPSTI, ce temps se situe entre une heure et une heure et demie, avec un maximum de deux heures pour trois SPSTI.
67 % des salariés, soit 11,7 millions d’entre eux, sont suivis dans des SPSTI de grande taille, suivant plus de 100 000 salariés. 24 % des salariés sont suivis par des SPSTI intermédiaires, qui suivent entre 50 000 et 100 000 salariés. Et un peu moins de 9 % des salariés dépendent de SPSTI de plus petite taille avec moins de 50 000 salariés suivis.
On peut noter que des travailleurs avec des profils particuliers sont suivis. Par exemple, 134 467 travailleurs soumis aux rayonnements ionisants, soit une augmentation de 34 %, sont accompagnés par des SPSTI et 82 322 par des SPSTA. Les employeurs non-salariés, dont le nombre a augmenté de 56 %, sont 5 279 à avoir été suivis par des SPSTI.
Répartition des salariés par type de suivi de l’état de santé
Les 71 % des salariés du secteur privé suivis par un SPSTI ont un suivi individuel de l’état de santé simple (72 % en 2023), et 22,9 % disposent d’un suivi individuel renforcé (contre 22 % en 2023).
Composition des SPST
En 2024, 25 000 personnes travaillaient dans un SPST, dont 79 % dans des SPSTI. La part des médecins du travail dans les SPSTI se situe autour de 18 %, comme en 2023. Les professionnels des SPST sont les suivants :
- les SPSTI font davantage appel aux collaborateurs médecins que les SPSTA, mais le nombre de collaborateurs reste faible (2,8 % comme en 2023) ;
- la part des intervenants en prévention des risques professionnels (IPRP) a augmenté d’un point en un an. Ell est comparable dans les SPSTI et les SPSTA et de l’ordre de 13 % ;
- la part des personnels de direction et de fonction support se situe autour des 15,7 % pour les SPSTI et a fortement diminué dans les SPSTA, passant de 13,5 % en 2023 à 9,9 % en 2024 ;
- la part des infirmiers est de 17,1 % de l’ensemble des professionnels des SPSTI, alors qu’ils représentent 39 % dans les SPSTA ;
- à l’inverse, les assistants de services de santé au travail (ASST) comptent pour 33 % des professionnels de SPSTI contre 10,6 % en SPSTA.
En comparaison avec 2023, l’enquête montre une légère baisse du nombre de médecins du travail par rapport à la population globale des professionnels des SPST, ainsi qu’une légère hausse du nombre d’infirmiers.
Toutefois, le ratio du nombre de salariés suivis par médecin semble relativement stable depuis 2022.
Quelle est l’activité des SPST par rapport à l’offre socle ?
Les SPST mènent des actions en milieu de travail et des actions de promotion de la santé sur le lieu de travail. En 2024, les SPST ont déclaré avoir réalisé 956 517 actions en milieu de travail, soit 61 118 actions de plus qu’en 2023 (895 399 en 2023). 779 600 actions ont été menées par des SPSTI (716 037 en 2023) avec la répartition suivante :
- 27 % d’analyses et d’études (idem en 2022 et 2023) ;
- 25 % de fiches d’entreprises (23 % en 2023) ;
- 17 % de conseil (19 % en 2023) ;
- 16 % d’autres tâches (19 % en 2023) ;
- 5 % de conseil à la rédaction du document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP), comme en 2022 et 2023.
En 2024, 232 731 entreprises ont transmis leur DUERP, ce qui représente 15,6 % des établissements suivis par les SPSTI (5 % en 2023). “Bien que l’on puisse constater une multiplication par trois du taux de transmission du DUERP, cette progression reste insuffisante au regard de l’obligation légale”, rappelle la DGT.
Alors que la réalisation de la fiche d’entreprise fait partie des missions obligatoires des SPST, le nombre d’adhérents couverts par une fiche d’entreprise de moins de quatre ans s’élève à 483 124, soit près de 32,4 % du total des adhérents aux SPSTI. Cela prouve une progression par rapport au 29 % de 2023. Mais, “on reste toutefois loin de l’objectif de 100 % correspondant à l’obligation réglementaire des SPSTI”, regrette la DGT.
La majorité des actions de promotion de la santé sur le lieu de travail réalisées par les SPSTI sont des dépistages (57 % contre 89 % en 2023), des actions de sensibilisation aux situations de handicap au travail (11 %) et des vaccinations (6 % depuis 2023).
Notons également que les actions de promotion de la pratique sportive (intégrée aux missions des SPST par la loi “santé travail”) restent modeste (3 %).
Le suivi individuel de l’état de santé
8 160 448 visites ont été réalisées en 2024 par les SPSTI (7 817 154 en 2023) avec la répartition suivante :
- 42,8 % de visites d’embauche ;
- 27,9 % de visites périodiques ;
- 10,1 % de visites de reprise ;
- 12,3 % de visites à la demande ;
- 5,9 % de visites de pré-reprise ;
- 0,9 % de visites de mi-carrière.
Les visites d’embauche et périodiques représentent 71 % de l’ensemble des visites, un taux identique à celui de 2023. “La répartition des visites par type de professionnel met en évidence la part significative du nombre de visites réalisées par les infirmiers en santé au travail. Ces derniers ont effectué 3 406 531 visites, soit 42 % du total des visites et 50 % du total des visites délégables aux infirmiers tels que prévu par le code du travail. La part des visites délégables réalisées par les infirmiers est en progression”, constate la DGT.
Une poursuite de la montée en charge de la visite de mi-carrière est notable en 2024, avec 93 496 visites, dont 80 % dans les SPSTI (66 425 visites en 2023 dont 80 % dans les SPSTI). Cette visite a été introduite par la loi du 2 août 2021. Elle vise notamment à établir un état des lieux de l’adaptation du poste de travail à l’état de santé du salarié et à évaluer le risque de désinsertion professionnelle.
À contrario, un autre type de visite introduit récemment reste peu mis en œuvre et est même en régression : les visites post-exposition (1 697 en 2024 contre 1 458 en 2023) et post-professionnelles (3 041 en 2024 contre 4 190 en 2023), “ce qui met en exergue les difficultés des services à mettre en œuvre cette nouvelle visite”, relève la DGT.
La prévention de la désinsertion professionnelle et le maintien dans l’emploi
En 2024, le nombre de préconisations d’aménagement de poste à l’issue d’une visite s’élève pour l’ensemble des SPST à 850 351. En 2023, ce nombre atteignait 616 635, soit une progression tant pour les SPSTI (+ 194 308) que pour les SPSTA (+ 39 408).
En 2024, 96,5 % des SPSTI répondants ont mis en place une cellule de prévention de la désinsertion professionnelle, en progression d’environ 10 % par rapport à 2023.
Enfin, 149 549 inaptitudes ont été prononcées, dont 144 576 par les SPSTI. Ce nombre a augmenté de 11,3 % par rapport à 2022. “Bien que cette progression doit être relativisée puisque le taux de répondants est supérieur en 2024, il n’y a pas d’infléchissement à la baisse du nombre d’avis d’inaptitude”, indique la DGT.
Contribution des SPST à la mise en œuvre des politiques publiques de santé et de sécurité au travail
Les SPSTI et les SPSTA ont déclaré travailler principalement sur la prévention de la désinsertion professionnelle, le risque chimique, les troubles musculosquelettiques (TMS) et les risques psychosociaux (RPS), comme en 2023.
Claire Touffait et Matthieu Barry
L’alerte de l’Anses sur la surexposition des Français au cadmium via l’alimentation
27/03/2026
Le cadmium est un métaux lourd, considéré comme cancérogène (voir la fiche de l’INRS), présent notamment dans certains engrais destinés à l’agriculture (*).
“Si les niveaux d’expositions actuels [au cadmium] se maintiennent et qu’aucune action n’est mise en place, des effets néfastes à terme sont probables pour une part croissante de la population”, alerte Géraldine Carne, coordinatrice de l’expertise à l’Anses. L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a publié le 25 mars un avis et rapport “relatifs à la priorisation des leviers d’action pour réduire l’imprégnation de la population française au cadmium”.
La conclusion de celui-ci ? “Une part significative de la population dépasse les valeurs sanitaires de référence” élaborées par l’agence.
Celle-ci a évalué l’ensemble des sources d’exposition possibles “alimentation, eau, air, poussières, sol, produits cosmétiques, tabagisme, ainsi que les différentes voies d’exposition (ingestion, inhalation, cutanée)”. Elle établit que “l’alimentation est de loin la source majeure d’exposition”. Ceci s’explique par la contamination des aliments, via la présence de cadmium dans les sols agricoles due à “l’utilisation de matières fertilisantes, en particulier des engrais minéraux phosphatés”.
L’agence formule plusieurs recommandations et notamment :
- d’appliquer dès que possible des valeurs limites en cadmium pour les matières fertilisantes (elle rappelle les valeurs qu’elle a recommandées en 2019) ;
de recourir à des sources d’approvisionnement en roche phosphatée ou produits dérivés contenant moins de cadmium ;
- d’agir sur l’offre alimentaire incluant les produits importés et de revoir les teneurs maximums en cadmium pour les aliments les plus forts contributeurs à l’exposition.
Enfin, “l’Anses soutient particulièrement la promotion de nouvelles pratiques agricoles, telles que l’ajustement du type et des quantités des matières fertilisantes utilisées en fonction des sols et des cultures, le recours à des techniques permettant de mobiliser le phosphore déjà présent dans les sols afin d’éviter de nouveaux apports, ou encore l’utilisation de variétés végétales moins accumulatrices en cadmium”.
(*) Ce produit est soumis à une obligation de traçabilité des expositions professionnelles, et à des restrictions dans le règlement Reach.
Source : actuel CSE
