Sophie Binet réélue pour un deuxième mandat à la CGT

08/06/2026

Laurent Brun, Sophie Binet en clôture du 54e congrès de la CGT, 54 juin 2026

Vendredi 5 juin, la secrétaire générale de la CGT a été reconduite à la tête de son organisation, la direction confédérale ayant recueilli, selon elle, “au moins 80 % des voix”. Le congrès a également élu le bureau, dont trois membres ont été renouvelés.

Les traits des militants étaient tirés ce vendredi matin en raison de la soirée fraternelle de la veille. Le congrès s’est donc terminé dans le calme avec la proclamation des résultats. Avec au moins 80 % des voix (le détail des votes sera connu ultérieurement), Sophie Binet part rassérénée pour les prochaines années avec le soutien de son organisation et malgré le mécontentement de quelques fédérations comme la santé ou la chimie.

“C’est le congrès du rassemblement”

Dans son discours de clôture de ce 54e congrès, Sophie Binet a voulu rassembler ses militants : “Vous l’avez vécu cette semaine, c’est le congrès du rassemblement, un nouveau cap important, (…) car c’est toujours celui qui rassemble qui gagne”. Et pour rassembler, elle n’a pas manqué d’évoquer les ennemis de la CGT, car selon elle, “le rassemblement va nous permettre de gagner contre Tefal, contre Sophie de Menton [plaignante pour injure publique] et contre tous les rats qui veulent nous museler !”, a-t-elle crié en tribune.

Après avoir souligné la “décision historique” d’avoir annexé aux statuts de la CGT une action commune contre les violences sexistes et sexuelles, ainsi que quelques déboires statutaires (lire plus loin), elle a annoncé “une mauvaise nouvelle” à Patrick Martin et Sébastien Lecornu : “Nous sommes en pleine forme !”.

Remettre un peu d’ordre

Mais il lui a fallu effectuer aussi quelques mises au point sur la tenue du congrès, comme par exemple l’invasion de tribune commise par les militants de la fédération de la santé. “Il y a des choses qui ne se font pas et ne devraient jamais avoir lieu devant la presse. Quelle image leur renvoyons-nous quand nous sifflons nos invités, bousculons nos propres camarades, envahissons une tribune, considérons un président de commission comme un patron ou quand on fait pleurer des camarades ?!”.

Déminer un certain nombre de sujets aussi, comme celui de la Sécurité sociale. Après une victoire électorale de la fédération des organismes sociaux, et une montée des militants en commission dans la nuit, Sophie Binet a remis les points sur les i : “Comment peut-on dire que quiconque ici veuille enterrer Croizat ou la Sécurité sociale ?”. La ligne interne à ce sujet est donc fixée : la Sécu professionnelle telle qu’elle résulte des repères revendicatifs n’est pas incompatible avec la Sécu à 100 % implantée désormais dans le document d’orientation.

Être cash sur les cadres

Sophie Binet, issue rappelons-le de l’Ugict-CGT, s’est dite “frappée par une sorte de malaise” à l’issue de ce congrès. Elle a tenu à rappeler que les cadres forment 54 % des effectifs salariés. Avant d’ajouter : “Les cadres n’ont pas à s’excuser d’être cadres, cela arrive à des gens très bien, à moi aussi. Les cadres n’ont pas à faire de l’ouvriérisme, ils ont à s’occuper des cadres”.

Cafouillage sur la modification statutaire

Pour cette dernière matinée de débats, Laurent Brun, responsable de l’organisation, a dû annoncer que la modification des statuts n’était finalement pas adoptée. À l’issue du congrès précédent, il fut décidé de mettre en place une commission “modes et règles de vie”. Selon David Gistau, secrétaire confédéral, “un très large accord des organisations du CCN (comité confédéral national) s’est dégagé sur le besoin de nous doter confédéralement d’un outil pour prévenir, gérer et résoudre, les désaccords entre organisations affiliées”. Après les débats la modification statutaire avait été adoptée à 66,88 % des voix.

Mais vendredi matin, Laurent Brun a annoncé que la confédération avait consulté son avocat sur la notion de “deux tiers des mandats représentés”. L’interprétation la plus restrictive devant être retenue, le vote de la veille ne tenait plus. Les modifications statutaires n’ont donc pas pu être validées.

En revanche, après un discours magistral de Maryse Dumas, figure de proue des militantes, sur l’égalité hommes femmes, un cadre commun de lutte contre les violences sexistes et sexuelles (VSS) dans la CGT a été adopté à 70,93 % des voix. Ce document vise à promouvoir “une CGT débarrassée de tout comportement sexiste et de violence, dans laquelle les rapports militants sont fondés sur le respect mutuel”. Il prévoit de renforcer le signalement des VSS, la protection des victimes et la création d’une commission dédiée, distincte de la cellule de veille.

Trois nouveaux membres du bureau

Le bureau constitue l’équipe de direction resserrée autour de la secrétaire générale. Ont quitté le bureau confédéral Boris Plazzi, Sandrine Mourey et Sébastien Menesplier. Les membres du bureau confédéral sont désormais (les nouveaux sont signalés en gras) :

Nathalie Bazire, Laurent Brun (administrateur), Catherine Giraud, David Gistau, Myriam Lebkiri, Denis Gravouil, Thomas Vacheron, Sophie Binet, Agathe Le Berder, Fabienne Rouchy, Virginie Neumayer (lire notre interview), Serge Ragazzacci, Gérard Ré, Baptiste Talbot. Les portefeuilles de responsabilité seront fixés dans les prochaines semaines.

L’agenda CGT du mois de juin

Sophie Binet a enfin rappelé les prochaines dates de mobilisation de ses militants :

  • le 10 juin avec la grève des cheminots ;
  • le 11 juin avec la proposition de loi portée par la CGT sur la nationalisation d’Arcelor Mittal qui repasse devant les députés ;
  • le 16 juin avec les débats sur le projet de loi 1er mai devant le Sénat ;
  • le 18 juin avec la mobilisation nationale des journalistes ;
  • à compter du 22 juin, celle en faveur des salaires.

Au-delà de tous ces sujets d’actualité sociale, il reste à la CGT deux défis de taille : gagner des voix et supplanter la CFDT et FO lors des élections professionnelles dans la fonction publique et dans le secteur privé (CSE) dont le cycle électoral reprend en fin d’année 2026.

Marie-Aude Grimont

Transparence salariale : FO salue des progrès

08/06/2026

À propos de la nouvelle version du projet de loi transposant la directive européenne sur la transparence salariale, FO reconnaît “la prise en compte de plusieurs de ses revendications, comme la valorisation de la négociation collective ou la création d’un nouveau droit à l’information et consultation pour remédier aux inégalités salariales entre les femmes et les hommes”.

Mais le syndicat déplore toutefois le maintien de certaines “incertitudes” dans le texte, “notamment sur le niveau d’exigence pour la fonction publique”. FO demande e que “le dialogue social doit se poursuivre sur la partie réglementaire et la mise en œuvre pratique de la directive”.

Source : actuel CSE

Transparence salariale : malgré une nouvelle version du texte, les critiques des partenaires sociaux persistent

11/06/2026

De g. à dr. et de haut en bas : Béatrice Lestic (CFDT), Christelle Toillon (CFE-CGC), Eric Chevée (CPME) et Myriam Lebkiri (CGT)

Transmis aux partenaires sociaux le 4 juin puis au Conseil d’État le 5 juin, le projet de loi visant à transposer la directive européenne sur la transparence salariale continue de susciter de vives réserves. Si les syndicats dénoncent un affaiblissement du texte européen, les organisations patronales alertent sur une réforme jugée complexe et source d’insécurité juridique.

Le gouvernement a transmis aux partenaires sociaux de justesse, avant l’échéance européenne du 7 juin, le projet de loi de transposition de la directive sur la transparence salariale. Mais cette deuxième version du texte est loin de les avoir convaincus.

“Le projet de loi a au moins le mérite d’exister”, reconnaît Béatrice Lestic, secrétaire nationale de la CFDT. Reste que plusieurs dispositions continuent de susciter l’inquiétude des organisations syndicales, qui espèrent désormais que le Conseil d’Etat relèvera les écarts entre la directive européenne et sa traduction dans le droit français.

Le texte a été transmis au Conseil d’Etat le 5 juin. Son avis est particulièrement attendu alors que plusieurs dispositions clés demeurent absentes ou renvoyées à de futurs décrets.

Une directive encore largement incomplète

Parmi les critiques formulées par les syndicats figure le recours massif aux décrets d’application. Les seuils de déclenchement des obligations, les modalités de calcul des indicateurs, le délai de réponse de l’employeur aux demandes des salariés ou encore le pourcentage d’écart salarial justifiant des mesures correctrices ne figurent toujours pas dans le projet de loi.

“Il y a des éléments très concrets dans la directive qui sont renvoyés à des décrets. Nous sommes en train d’analyser ce qui relève du domaine législatif et ce qui relève du domaine réglementaire”, explique Myriam Lebkiri, secrétaire confédérale de la CGT chargée de l’égalité femmes-hommes.

Du côté patronal, ces incertitudes nourrissent également les inquiétudes. Le Medef comme la CPME dénoncent un texte dont les contours restent mouvants.

“Nous avons encore des points durs qui subsistent dans la transposition française, estime Eric Chevée, vice-président de la CPME en charge des affaires sociales. Tant que nous ne connaissons pas les intentions du gouvernement dans les décrets, la situation reste très fluctuante et très anxiogène”.

Les employeurs réclament un report de la directive

Alors que les syndicats demandent un renforcement du texte, les organisations patronales souhaitent au contraire davantage de temps pour finaliser sa mise en œuvre.

Dans un courrier du 27 février 2026, Business Europe, qui regroupe plus de 40 fédérations nationales d’employeurs à l’échelle européenne, a demandé à Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne un report de deux ans du délai de transposition.

“Sur le fond, nous partageons l’objectif de l’égalité salariale. Ce sont les modalités d’application qui posent problème”, explique le Medef. L’organisation souligne que plusieurs Etats membres, à l’exception de Malte, de la Slovénie ou de l’Italie, rencontrent eux aussi des difficultés pour transposer un texte jugé particulièrement complexe.

La CPME estime qu’un délai supplémentaire de six à neuf mois permettrait de sécuriser juridiquement les entreprises et d’éviter une période d’incertitude entre l’entrée en vigueur de la directive et la finalisation de sa transposition en droit français.

Le seuil des catégories salariales fait débat

L’une des principales nouveautés du texte concerne l’accès aux informations salariales.

Le projet prévoit que l’employeur puisse refuser de communiquer certaines données lorsqu’un nombre insuffisant de salariés dans une catégorie risque de rendre une personne identifiable. Selon les syndicats, seuls les groupes comptant au moins dix salariés pourraient ainsi servir de base aux comparaisons salariales. “Nous demandions moins de dix personnes”, rappelle Christelle Toillon, déléguée nationale de la CFE-CGC.

Pour la CFDT, cette disposition risque d’exclure une partie importante des salariés du dispositif de transparence. “Cela sort beaucoup de salariés du champ de la transparence, notamment dans la hiérarchie. Pour nous, c’est une disposition abusive”, estime Béatrice Lestic.

À l’inverse, les organisations patronales considèrent ces garde-fous comme indispensables pour préserver la confidentialité des rémunérations et limiter les risques contentieux.

Les demandes “abusives”, nouveau point de friction

Autre nouveauté : le texte prévoit que l’employeur ne soit pas tenu de répondre aux demandes jugées abusives en raison de leur nombre ou de leur caractère répétitif. Cette disposition suscite l’incompréhension des syndicats. “Il faut définir ce qui est abusif et sur quelle période. Un salarié qui a passé 40 ans dans la même entreprise a parfaitement le droit de demander plusieurs fois ces informations”, estime Christelle Toillon.

La CPME défend au contraire cette évolution. L’organisation craint une multiplication des sollicitations individuelles et une surcharge administrative pour les entreprises. “Personne n’est contre l’égalité salariale. Mais passer d’un système qui ne contrôle presque rien à un système qui cherche à tout normer pose question”, souligne Eric Chevée.

Jusqu’à six ans de délai pour certaines entreprises

Le texte prévoit également des périodes transitoires importantes pour les entreprises de moins de 150 salariés.

Le nouvel indicateur portant sur les écarts de rémunération entre salariés exerçant un travail de valeur égale pourrait ainsi n’être pleinement applicable qu’au bout de six ans pour les entreprises de 50 à 99 salariés et de trois ans pour celles de 100 à 149 salariés. Un délai jugé excessif par les syndicats.

“On peut se faire discriminer pendant longtemps, et si la salariée change d’emploi entre-temps, on le verra beaucoup moins”, déplore Christelle Toillon.

Les organisations patronales considèrent au contraire ces délais comme nécessaires pour permettre aux entreprises d’adapter leurs systèmes d’information et leurs processus RH. Le Medef rappelle notamment que les entreprises ont déjà consacré plusieurs années à l’intégration de l’Index de l’égalité professionnelle mis en place en 2019. “Cette directive ajoute une nouvelle couche de contraintes alors que les entreprises viennent à peine de s’adapter à l’Index. Au moment où l’économie se rétracte, il faut simplifier les dispositifs plutôt que les complexifier”, estime l’organisation.

Classification des salariés : syndicats et patronat s’opposent

Le projet prévoit que les catégories de salariés servant de base aux comparaisons soient définies par accord d’entreprise ou de branche. A défaut d’accord, l’employeur pourrait procéder à cette classification par décision unilatérale après consultation du CSE. Pour les syndicats, cette possibilité ouvre la voie à des classifications opportunistes. “Les employeurs pourront faire ce qui les arrange en matière de classification. Ce n’est pas conforme à ce qui avait été discuté en mars”, estime Béatrice Lestic.

Le patronat y voit au contraire une marge de souplesse indispensable pour tenir compte de la diversité des situations d’entreprise.

Le spectre de la judiciarisation

Au-delà des obligations déclaratives, les organisations patronales s’inquiètent surtout de la multiplication potentielle des contentieux. “Cette directive est potentiellement génératrice de contentieux à toutes les lignes”, prévient Éric Chevée.

Les employeurs craignent notamment d’être conduits à justifier en permanence leurs décisions salariales sans pour autant être protégés contre les recours judiciaires. Selon le Medef, cette situation pourrait conduire certaines entreprises à privilégier des critères de rémunération difficilement contestables, comme l’ancienneté, au détriment d’éléments plus qualitatifs tels que la performance individuelle ou les résultats obtenus. “Pour éviter les risques de contentieux, les entreprises pourraient adopter des politiques salariales beaucoup plus prudentes”, alerte l’organisation.

Les représentants patronaux rappellent également que les sanctions prévues peuvent aller jusqu’à 1 % de la masse salariale et, dans certains cas, entraîner l’exclusion des marchés publics.

Des lignes rouges pour les syndicats

La CGT continue néanmoins de dénoncer plusieurs “lignes rouges” dans le projet de loi.

Le syndicat critique notamment l’absence de sanctions directement liées aux écarts de rémunération entre les femmes et les hommes, les possibilités de dérogation accordées par voie d’accord collectif (notamment de déclarer l’indicateur 7) ou encore certaines dispositions relatives aux procédures en discrimination. “Beaucoup d’allégements sont octroyés au patronat, déplore Myriam Lebkiri. Nous risquons de perdre une partie des acquis existants alors même que cette directive européenne constitue une occasion rare de faire progresser l’égalité salariale”.

Le texte doit encore être examiné par le Commission nationale de la négociation collective, de l’emploi et de la formation professionnelle (CNNEFP) le 18 juin avant son arrivée devant le Conseil des ministres puis au Parlement.

“Nous voulons que le temps du débat parlementaire soit pris, insiste la CGT. Nous avons besoin que la démocratie soit pleinement à l’œuvre sur ce sujet”.

À l’issue de plusieurs mois de concertation, syndicats et organisations patronales se retrouvent donc unis sur un point : aucun des deux camps ne considère, pour des raisons opposées, que le texte actuel constitue un point d’équilibre satisfaisant.

Anne Bariet

Christelle Thieffine a été élue présidente de la CFE-CGC

11/06/2026

Devant environ 600 congressistes de la CFE-CGC réunis à Strasbourg, François Hommeril a passé hier le relais à Christelle Thieffinne, ex-secrétaire confédérale en charge de la protection sociale. Après le retrait de la candidature dissidente de Frédéric Guyonnet et Christophe Roth, Christelle Thieffinne était restée seule candidate à la présidence.

Après un discours d’adieu de François Hommeril, et la diffusion d’un film souvenir sur son parcours, les mandatés ont élu, hier soir, le trio de direction confédérale suivant à 519 voix sur 610 :

  • Christelle Thieffine, présidente ;
  • William Viry Allemoz, secrétaire général ;
  • Farida Karad, trésorière.

“Le départ de François a été un moment fort, mais ce congrès je l’ai vécu comme un moment où on se rebooste. Je me suis dit pendant mon discours : ils comptent sur moi”, a affirmé Christelle Thieffinne après son élection.

Les représentants de six organisations syndicales sont par ailleurs venus saluer la fin de mandat de François Hommeril et souhaiter la bienvenue à Christelle Thieffinne : Marylise Léon (CFDT), Sophie Binet (CGT), Cyril Chabanier (CFTC), Caroline Chevé (FSU), Murielle Guilbert (Solidaires), Vanessa Jereb (Unsa).

Le congrès a également élu le conseil juridictionnel et la commission de contrôle financier de la confédération. Le rapport financier de la trésorière sortante (et entrante) a été validé par 497 voix sur 549. Le rapport d’activité de la mandature a été validé par 574 voix sur 602.

Nous reviendrons plus en détails sur ce congrès dans une prochaine édition.

Source : actuel CSE