[10/10] Comment redonner sens à votre action ? En faisant savoir aux salariés ce que vous faites !

04/05/2026

Comme l’argent, la com’ est le nerf de la guerre. Et le CSE n’y échappe pas : informer les salariés de votre action et de ses suites vous permettra de rendre visible le travail des élus, et ne pas laisser le champ libre à l’employeur.

Certains élus pensent que la diffusion des procès-verbaux suffit largement pour informer les salariés et communiquer avec eux. C’est une erreur, il faut une communication plus directe, plus rapide et plus convaincante. Il faut informer régulièrement les salariés, valoriser l’action du CSE, rendre compte des négociations avec la direction, etc.

Expliquez à quoi sert un CSE

Pour beaucoup de salariés, le CSE, ce n’est que les places de cinéma, les réductions tarifaires, etc. Ils ne connaissent pas forcément les différentes missions d’un CSE, il faut le leur expliquer.

La première chose à faire est donc d’insister sur le fait qu’un CSE est d’abord là pour défendre au mieux leurs intérêts en matière d’emploi, de conditions de travail, de formation, de participation et d’intéressement, de prévoyance, etc.

Il est également là pour veiller au respect du droit du travail et contribuer à la santé et sécurité des salariés.

La diffusion des PV, ça ne suffit pas

Les membres du CSE ont été élus pour représenter les salariés auprès de la direction, on leur a donné un mandat de représentation du personnel. En retour, il est donc tout à fait normal que ce personnel soit régulièrement informé de l’exercice de ce mandat. Plus le CSE communique vers les salariés, plus les salariés se sentiront représentés et iront vers leurs élus.

Les procès-verbaux (PV) ne sont pas toujours lus et de plus ils arrivent tard : ils ne constituent donc pas l’outil de communication le plus adapté. De surcroît, entre la réunion et la diffusion du PV, l’information aura eu le temps de circuler dans l’entreprise. Et ce ne sera pas forcément l’information telle que le CSE aurait voulu la donner. Il faut donc une communication plus rapide, plus directe, plus convaincante, qui permet notamment de porter à la connaissance des salariés les informations clés : l’état d’avancement d’un projet, la décision du CSE de se faire assister par un expert, l’avis émis par le comité sur la politique sociale ou sur la situation économique et financière, etc.

Après chaque réunion, il est possible de rédiger un communiqué ou un flash d’information qui reprend les points clés de la réunion. Même si le PV n’a pas été encore adopté, c’est tout à fait possible. Il faut juste veiller à ne pas créer de confusion avec le PV et aller à l’essentiel.

On ne communique pas qu’en période de crise

Ce n’est pas juste au moment où le CSE a besoin des salariés, par exemple en cas de plan social ou de tensions avec la direction, qu’il doit s’adresser à eux. La communication doit être régulière. Un jour ou l’autre, le comité aura besoin d’obtenir l’appui des salariés pour exercer une pression à l’égard de l’employeur lors d’un avis à rendre ou d’une négociation. S’il n’a pas régulièrement communiqué, il aura du mal à les mobiliser et à obtenir leur adhésion. Or, sans soutien des salariés, pas de pression sur la direction.

D’où l’importance de porter régulièrement à la connaissance des salariés les informations sur l’entreprise données en réunion (emploi, situation économique, etc.) et de leur faire part des actions du CSE, des difficultés auxquelles il est confronté, des négociations avec la direction, de ses décisions, de ses propositions, de ses démarches, de ses inquiétudes, etc.

Ne ratez pas une occasion de valoriser vos actions

À chaque CSE de déterminer les bons vecteurs à utiliser pour communiquer avec les salariés. Affichage, newsletter, site internet, réunions d’information, permanences régulières, vidéos, réunions thématiques par visio, etc.

Sans oublier le rôle du rapport annuel d’activité que le CSE est tenu d’établir à chaque clôture d’exercice. Il peut être utilisé comme outil de communication pour informer les salariés sur ce que fait le CSE, rendre compte de l’utilisation des budgets et expliquer les comptes annuels du CSE.

Frédéric Aouate

Défaillances d’entreprises : plus de 75 000 emplois menacés début 2026

05/05/2026

La hausse des défaillances d’entreprises en France au 1er trimestre 2026 fait peser une menace majeure sur l’emploi. Selon un communiqué du cabinet Altares, 18 986 procédures collectives ont été ouvertes (+ 6,4 %), mettant en péril plus de 75 000 postes, soit un niveau inédit depuis la crise de 2009.

Cette dégradation touche particulièrement les PME de 20 à 99 salariés (+ 12 %), dont les difficultés exposent davantage d’emplois. Si les liquidations judiciaires restent majoritaires, la forte hausse des redressements (+ 13,6 %) alourdit les risques : 42 600 emplois sont concernés, avec une probabilité élevée de suppressions à terme, trois quarts de ces procédures débouchant généralement sur une liquidation.

Les très petites entreprises concentrent toujours l’essentiel des défaillances, mais leur impact social est plus diffus. À l’inverse, les entreprises de taille intermédiaire en difficulté entraînent des pertes d’emplois plus massives et immédiates. Au total, 27 500 postes sont déjà directement menacés par des liquidations.

Les secteurs du commerce de détail et des services de propreté figurent parmi les plus touchés.

Source : actuel CSE

CSE non informé d’un projet de rachat : le PSE de Prisma est invalidé

06/05/2026

Dans une décision du 24 avril, la cour administrative d’appel de Versailles confirme l’invalidation du PSE de la société Prisma Média. Lorsqu’il a consulté son CSE sur cette réorganisation, ce groupe détenu par Vincent Bolloré aurait dû informer les élus d’un projet d’achat de deux importants titres de presse. Mais sans attendre la décision de la cour d’appel, le premier éditeur de magazines en France a lancé en mars des discussions en vue d’un nouveau PSE…

En France, plus de 10 500 emplois ont été détruits dans le secteur de la presse depuis 2009, selon une estimation, citée par le Monde, de la société Trendeo. En 2026, l’hécatombe se poursuit, n’épargnant ni la presse régionale (groupe Centre France, Ouest France, Sud-Ouest, Nice Matin, etc.), ni la presse nationale (La Tribune, groupe Le Figaro) et encore moins la presse magazine (Bayard presse). Prisma Média, le premier groupe français de magazines (Capital, Géo, Voici, Femme actuelle, etc.) détenu depuis 2021 par l’homme d’affaires Vincent Bolloré, également propriétaire de C News, d’Europe 1 ou encore de Paris Match, n’est pas le dernier à illustrer cette série. 

Le premier éditeur de magazines en France

Après une rupture conventionnelle collective ayant supprimé 27 postes en 2024, l’éditeur de presse avait lancé en juillet 2025 un plan de sauvegarde de l’emploi pour une cinquantaine d’autres postes. Ce PSE, dont l’accord a été signé par le CNJ-CGT et le SNME-CFDT (*), avait été validé par l’administration le 8 août 2025 (lire notre encadré). Une validation annulée le 18 décembre 2025 par le tribunal administratif de Cergy-Pontoise à la demande du SNJ-CGT. Cette décision vient d’être confirmée par la cour administrative d’appel de Versailles. 

Dans sa décision du 24 avril, la cour d’appel reprend le constat fait par le tribunal de Cergy d’une irrégularité de la procédure de consultation du CSE au sujet du PSE. L’irrégularité tient au fait que le groupe n’a pas jugé bon d’informer le CSE, consulté le 22 juillet 2025 pour le projet de PSE, au sujet des négociations qu’il avait entamées en vue d’acheter deux titres de presse, Ici Paris et France Dimanche.

L’employeur aurait dû informer le CSE de son projet de rachat de titres

L’opération d’achat n’avait pas alors été finalisée. Mais, constate la cour d’appel, “le projet d’acquisition était, à la date du 22 juillet 2025, déjà suffisamment avancé pour qu’une information, non pas sur les conditions de réalisation et de mise en œuvre de ce projet mais a minima sur ses grandes lignes, soit délivrée au CSE”.  Peu importe pour la cour d’appel administrative que les transferts des salariés n’aient été effectifs qu’au 1er décembre 2025 et et que les journalistes des deux titres rachetés bénéficient jusqu’en août 2026 d’une clause de conscience (**) : ces éléments sont jugés sans incidence sur le fait que l’entreprise avait obligation de communiquer au CSE des éléments sur ce projet d’achat.

Pourquoi ? Parce que cette information “était susceptible de modifier l’appréciation portée par le CSE sur l’opération de réorganisation, objet du PSE, dès lors que l’acquisition de deux nouveaux magazines pouvait sembler être incohérente avec la mise en œuvre d’un plan de sauvegarde de l’emploi motivé par la nécessité de préserver la compétitivité de l’entreprise”. 

Le juge d’appel rejette donc la requête de Prisma Média, confirme l’annulation du PSE et condamne l’entreprise à verser 2 000€ au SNJ-CGT. “Le PSE est clos, d’ailleurs 52 des 54 personnes licenciées voulaient partir”, nous confie une représentante syndicale. En attendant de savoir si le groupe contestera devant le Conseil d’Etat cet arrêt, le SNJ-CGT est en train de voir avec ses avocats si cette décision ouvre une voie intéressante de contentieux pour les personnels concernés.

Un autre PSE est déjà en discussion

Mais l’invalidation de ce PSE n’arrêtera pas une restructuration qui semble permanente au sein des sociétés de presse de Vincent Bolloré. Un nouveau plan social a été annoncé le 30 mars 2026 par Prisma Média. “En fait, alors que notre direction évoque son souci de préserver la santé mentale des salariés, ce plan a été évoqué pour la première fois juste avant Noël 2025. Et la direction a fait fermer l’accès aux terrasses de peur d’éventuels suicides”, témoigne une représentante syndicale du SNJ qui évoque de nombreux salariés en arrêt maladie, y compris des représentants du personnel soumis à une pression très forte et un climat social anxiogène.

Ce PSE, qui va faire l’objet d’un accord de méthode, sera discuté au moins jusqu’en juillet par les organisations syndicales : “Nous allons tenter de réduire le nombre des emplois supprimés et d’améliorer les conditions de départ. Car les chiffres avancés signeraient l’arrêt de mort du groupe de presse. On nous parle de supprimer tous les hors-série du magazine Geo, par exemple”, nous dit Emmanuel Vire, délégué syndical du SNJ-CGT, syndicat majoritaire chez Prisma Média. Pour l’instant, les chiffres annoncés évoquent 265 postes supprimés sur 630, soit 42 % de l’effectif. Et encore ce total n’inclut pas les pigistes : “Cela devait faire 60 à 70 personnes de plus dans le PSE”, estime Emmanuel Vire, du SNJ-CGT.

La question des pigistes

Des pigistes qui n’ont d’ailleurs eu plus aucune commande de la part de Prisma de septembre à novembre 2025, une pratique dénoncée par tous les syndicats. “Historiquement, le modèle de la presse magazine, ce sont quelques chefs de rubriques et des pigistes qui réalisent les articles. En décembre 2019, nous avions 997 pigistes avec au moins une collaboration dans l’année, soit 6,5 millions de masse salariale. L’an dernier, c’étaient seulement 485 pigistes et 4,2 millions de masse salariale”, nous précise Emmanuel Vire, DS du SNJ-CGT.

Un syndicat qui juge ce PSE incompréhensible et dangereux pour l’avenir des titres. Le SNJ-CGT relève ainsi que le groupe a dégagé en 2025, pour un chiffre d’affaires de 302 millions d’euros, un résultat opérationnel positif de 6 millions. Pas moins de 90 journalistes (sans compter l’impact sur les journalistes pigistes, non intégrés dans le plan) seraient concernés par ce PSE, une restructuration que la direction justifie par la chute du trafic web et le recours à l’IA générative. “Si ce projet venait à être réalisé, peut-on lire dans un communiqué commun du SNJ, SNJ-CGT et de la CFDT journalistes, les effectifs passeraient de 900 lors du rachat en 2021 par le milliardaire breton (Ndlr : Vincent Bolloré) à moins de 400 salariés”. 

(*) SNJ : syndicat national des journalistes (Ndlr : il existe le SNJ, en tant que syndicat autonome, et aussi le SNJ affilié à la confédération CGT, le SNJ-CGT). SNME : syndicat national de la CFDT des écrits et médias.

(**) La clause de conscience permet à un journaliste, en cas de changement notable de l’orientation de son titre de presse, de quitter son emploi à son initiative tout en bénéficiant d’indemnités légales comparables à ce qu’il aurait obtenu en cas de licenciement. La clause de cession présente le même intérêt en cas de changement de propriétaire du journal. 

Pourquoi contester un accord signé auparavant ?
Comment expliquer que le SNJ-CGT, un des deux signataires de l’accord de PSE, ait ensuite contesté l’homologation par l’administration de cet accord ? Journaliste à Geo, le titre historique du groupe,  Emmanuel Vire, DS du SNJ-CGT (57 % de représentativité chez Prisma), avance deux éléments : la dissimulation par la direction durant la consultation et la négociation, du projet d’achat de 2 titres employant 30 journalistes d’une part, et d’autre part un changement de direction avec un durcissement de la politique de réduction des coûts. “Nous avions négocié et signé un accord de PSE car il prévoyait 52 départs volontaires et seulement 2 licenciements. Nous n’approuvions pas cette réduction des effectifs, mais les conditions étaient plutôt favorables. Le problème, c’est que le lendemain de l’avis rendu par le CSE sur le PSE, le 22 juillet 2025, la direction nous convoquait pour nous annoncer le rachat de deux titres de presse. Pour nous, ça changeait complètement la donne sur l’activité et les emplois. Il y a eu ensuite un changement de direction avec une absolue priorité donnée à la réduction des coûts. Tout cela n’était plus acceptable”.  

Bernard Domergue

Tous nos articles pour “redonner du sens à l’action du CSE”

07/05/2026

Nous vous proposons, dans ce récapitulatif et ce livret, de retrouver tous les articles de notre série sur le thème : “Comment redonner du sens à l’action du CSE ?”

1. Quel est le sens global de votre mandat au CSE ?    

Quand on débute au CSE, personne ne vous prévient de ce qui vous attend ! 

Représenter les salariés, contrôler et influencer les décisions de l’employeur et, enfin, protéger l’emploi, les conditions de travail, la santé et la sécurité, dans une perspective durable, y compris environnementale. C’est tout ça le sens de votre mandat. Et cela vient de loin, puisque l’idée d’associer les travailleurs à la gestion de l’entreprise remonte à l’ordonnance du 22 février 1945 créant le comité d’entreprise…  
 
2. Le CSE est une instance collégiale : comment travailler ensemble ?  

Le CSE est une organisation particulière : il n’y a pas de chef, les décisions doivent être collectives

Redonner du sens à l’action du CSE passe par un meilleur fonctionnement collectif d’une instance par nature collégiale. Mais comment s’y prendre ? Les conseils donnés d’après des retours d’expérience de CSE et des préconisations de consultants et experts.   
 
3.  Comment faire de la consultation un moment utile ? 
 
Il faut arriver en réunion avec un dossier le plus complet possible, c’est le seul moyen de mettre toutes les chances de son côté pour rendre un avis motivé et pour faire bouger les lignes   

Le CSE dispose d’attributions consultatives très étendues, à l’occasion desquelles il va pouvoir s’exprimer, veiller à la prise en compte des intérêts des salariés, tenter de faire bouger les lignes. Même s’il n’a pas de droit d’opposition ou de veto, il ne faut pas s’arrêter à l’idée que l’avis du comité n’est que consultatif et que la consultation ne sert à rien.
 
 
4. Comment exploiter les moyens et ressources dont dispose le CSE ?  

Au‑delà de la BDESE, le CSE doit recevoir des informations ponctuelles sur tous les projets importants affectant l’organisation, l’emploi, les conditions de travail ou la santé‑sécurité.
   
Le CSE dispose de plusieurs ressources et moyens pour exercer efficacement ses missions. Il a accès à la BDESE (base de données économiques, sociales et environnementales), il dispose d’un budget de fonctionnement, il peut se faire accompagner par des experts. Quant à ses membres titulaires, la loi oblige l’employeur à leur donner du temps pour leur permettre d’exercer leur mandat.
 
 
5.  Comment prendre en charge des sujets sensibles pour les salariés ? L’exemple des écarts salariaux     

Un salarié va pouvoir demander à son employeur de connaître les niveaux de rémunération pratiqués dans l’entreprise pour un même travail que le sien

Comment redonner sens à l’action du CSE sans s’intéresser au cœur des préoccupations des salariés ? Parmi celles-ci figure bien sûr la question des rémunérations. Et ça tombe bien : il va y avoir de nouveaux droits en 2026. La prochaine instauration de nouvelles règles en matière de transparence salariale, à la fois pour les salaires à l’embauche et pour les salaires pratiqués à travail de valeur égale, pourrait constituer de nouveaux leviers pour les délégués syndicaux et les élus CSE.   
 
6.  Comment peser sur les changements de l’entreprise ? L’exemple de l’intelligence artificielle

La réponse la plus efficace qu’on puisse apporter à un employeur qui ne veut rien faire, c’est le
droit  

Les projets d’intelligence artificielle (IA) se multiplient dans les entreprises, sans être toujours précédés par une consultation du CSE. Mais le comité a son mot à dire sur un sujet qui touche à la stratégie de l’entreprise, à l’avenir des emplois et aux conditions de travail. Retour sur la jurisprudence et conseils.  
 
7. Comment redonner du sens à l’action du CSE avec les ASC ?    

Pour des activités qui font sens auprès des salariés comme du CSE, interrogez-vous sur les évolutions sociales dans votre entreprise, sur les aspirations des salariés et leurs besoins

Les activités sociales et culturelles (ASC) constituent une activité très visible du CSE pour les salariés. Raison de plus pour soigner la politique suivie en la matière et la réviser régulièrement.  
 
8. Comment agir sur les conditions de travail avec le CSE ?  

Comment sortir du vase clos entre direction et CSE ? En travaillant sur la façon de passer des remontées individuelles de salariés à la formalisation de problématiques collectives

Le CSE joue un rôle central dans l’amélioration des conditions de travail. Il dispose de nombreux outils et attributions dans ce domaine, même si c’est l’employeur qui doit bien sûr assurer la protection des salariés. Alors oui, le CSE peut agir sur les conditions de travail par son action.  
 
9. En tant qu’élu, comment s’investir tout en se préservant ?  

Le mandat est important, mais n’oubliez pas votre vie personnelle ! Se former contribue aussi à prévenir les risques d’épuisement 
 
Comme disent les psy, c’est une “injonction paradoxale” : pour bien remplir son mandat d’élu CSE, il faut tout à la fois s’investir dans ses missions, mais aussi se fixer des limites afin de se préserver. Si vous êtes arrivé au CSE, c’est certainement dans l’idée d’être utile aux autres, de “servir” les salariés. Votre action a du sens, mais attention à ne pas vous “brûler”.  
 
10. Comment redonner sens à votre action ? En faisant savoir aux salariés ce que vous faites !  

Ce n’est pas juste au moment où le CSE a besoin des salariés, par exemple en cas de plan social ou de tensions avec la direction, qu’il doit s’adresser à eux

Comme l’argent, la com’ est le nerf de la guerre. Et le CSE n’y échappe pas : informer les salariés de votre action et de ses suites vous permettra de rendre visible le travail des élus, et ne pas laisser le champ libre à l’employeur.
 

► Pour accéder au format à feuilleter de ce livret, cliquez ici 

Frédéric Aouate et Bernard Domergue

Une vieille dame du social menacée de disparition

07/05/2026

Près de la moitié des salariés de la fondation travaillent dans le secteur de la petite enfance.

Intervenant depuis 120 ans, notamment dans les secteurs de la santé et de la petite enfance, la Fondation Œuvre de la Croix Saint-Simon (1 800 salariés) est aujourd’hui confrontée à de très graves difficultés financières. Plutôt que d’engager un plan de redressement, la direction a opté pour un plan de cession global, suscitant incompréhension et inquiétudes chez les représentants du personnel, le CSE étant mis devant le fait accompli.

“Dans le cadre de la procédure de redressement judiciaire ouverte le 5 novembre 2025, les administrateurs judiciaires ont annoncé ce jour au CSE de la Fondation Œuvre de la Croix Saint-Simon la décision d’engager un plan de cession au moyen d’un appel d’offres.”

Ainsi démarre le communiqué diffusé le 14 avril par la Fondation Œuvre de la Croix Saint-Simon (Focss), qui semble acter la fin d’une organisation riche de 120 années d’histoire, fondée par l’infirmière Marie de Miribel. Les 1 800 salariés, répartis dans une soixantaine de structures, sont ainsi menacés de perdre leur emploi.

Effet ciseau

Quelques jours après cette annonce, l’incompréhension domine. Une représentante de la CGT – deuxième syndicat avec 28 % des voix – parle de “sidération”. La direction de la fondation reconnaît la violence de l’annonce, mais veut croire en la résilience des salariés.

Comment en est-on arrivé là ? La direction évoque un “effet ciseau” bien connu dans le secteur médico-social : d’un côté, les charges ont considérablement augmenté depuis la fin du Covid avec l’inflation et le Ségur de la santé, dont les compensations par l’Agence régionale de santé (ARS) ont été tardives et incomplètes ; de l’autre, les ressources se sont tassées avec la réduction des subventions et des dotations ne couvrant plus l’envolée des coûts.

Reprises d’activités

Dans son communiqué, la Focss parle également de “causes plus spécifiques liées à la croissance rapide de la Fondation depuis 2023.” En effet, depuis cette date, un Saad (service d’aide à domicile) a été repris (pour être arrimé aux deux Ssiad dans le cadre de la réforme des SAD), un important Ehpad a été absorbé dans le Val-de-Marne, sans oublier la récupération du réseau associatif Estrelia, spécialisé dans la petite enfance et comptant 185 salariées.

Interrogée sur cette stratégie d’expansion, la direction de la fondation assure que ces acquisitions s’inscrivaient dans un plan stratégique, soutenu par les financeurs (ARS et départements), qui encourageaient les grandes structures à absorber les plus fragiles. Ironie de la situation : c’est désormais une fondation historique qui vacille.

Le CSE contourné

Dès octobre 2025, la CGT avait tiré la sonnette d’alarme dans un communiqué commun à deux fédérations. Une alerte économique avait également été lancée par le comité social et économique (CSE) de l’entreprise en mars 2025.

“Aucune réponse, aucun document exigé n’ont été fournis par la direction, en violation des droits du CSE”, dénonce la CGT dans son communiqué d’octobre, qui parle aussi “d’une désorganisation croissante et d’un management autoritaire de la direction générale”.  Une enquête de Libération a par ailleurs mis en lumière des situations frauduleuses, notamment dans certains centres de santé.

Plan de redressement abandonné

Alors que le déficit de la fondation dépassait à peine le million d’euros en 2023, il atteint plus de 12 millions en 2024. Pour éviter une cessation de paiements, hypothéquant le versement des salaires, le tribunal décide de placer la fondation en redressement judiciaire, avec nomination d’administrateurs judiciaires.

Depuis, la direction et les administrateurs travaillaient à un plan de redressement (trois versions auraient été présentées) prévoyant un recentrage sur les activités phares de la fondation, avec la cession des plus marginales. Mais revirement : les administrateurs, qui auraient pourtant jugé le “projet intéressant”, décident de renoncer à cette option au profit d’un plan de cession globale.

Risque de cessation de paiements

La direction de la fondation explique ce choix par deux types de raisons. D’une part, la réussite du plan de redressement supposait de vendre des actifs immobiliers en quelques mois. “Dans le contexte économique tendu, nous n’étions pas certains d’y arriver”. D’autre part, le plan prévoyait des cessions de structures, là aussi sans garantie de réussite.

Le risque de la cessation de paiements planait avec ses lourdes conséquences. “Il serait alors trop tard pour que la fondation soit en mesure de chercher des repreneurs, ce qui entraînerait mécaniquement une cessation de ses activités d’ici la fin de l’année”, indique le communiqué de presse.

Poursuite jusqu’en octobre 2026

Dans le cadre de cette cession “à la découpe”, les repreneurs potentiels ont jusqu’à mi-juin pour déposer leurs offres de reprise de telle ou telle activité. La fondation précise que seront privilégiées les propositions comportant la reprise d’un maximum de salariés, sachant que le tribunal tranchera à l’automne. “Au moins jusqu’en octobre prochain, les activités se poursuivent normalement”, assure la direction.

Sur le terrain, les inquiétudes sont très fortes. L’intersyndicale a lancé une pétition contre la disparition de la Fondation qui avait déjà recueilli le 21 avril plus de 3 500 signatures. Dans certaines crèches ou à l’hôpital, des parents ou des patients participent à la mobilisation.

“Un vrai bijou”

Les délégués syndicaux demandent des explications à la direction qui a justifié par “l’urgence absolue” le fait que le plan de redressement n’a même pas été présenté au CSE. “On ne peut pas savoir si ce plan tenait la route car on ne nous l’a même pas présenté”, s’indigne une représentante de la CGT. Interrogée par France 3, une syndicaliste CFDT s’inquiète de “la casse sociale” et du risque de voir l’arrivée de repreneurs du secteur privé lucratif.

Pour beaucoup, la situation relève du gâchis. Salariés comme direction vantent la proximité des équipes par rapport aux populations accompagnées et l’inventivité des solutions. La CGT parle d’un “vrai bijou” et la direction vante les “pépites” de la fondation. Reste une question : ce trésor peut-il encore être sauvé ?

Une fondation très diversifiée
À la suite de diverses reprises de structures, la Fondation Œuvre de la Croix Saint-Simon compte une grande diversité d’activités et environ 1 800 salariés répartis dans des activités variées :

– Petite enfance : 800 salariés ;

– Santé : 480 salariés (dont 300 en hospitalisation à domicile, 100 dans les centres de santé et 80 à l’hôpital mère-enfant) ;

– Personnes âgées et handicap : 350 salariés ;


– Formation et recherche : 70 salariés ;

– Protection de l’enfance et addictologie : 30 salariés.

Noël Bouttier

Emploi dans l’industrie : le CNE fixe sa feuille de route 2026

07/05/2026

Créé par la loi du 18 décembre 2023 pour le plein emploi, le Comité national pour l’emploi (CNE) réunit l’État, les partenaires sociaux, les représentants des collectivités territoriales, les opérateurs, les organismes de l’emploi et de l’insertion ainsi que des représentants des usagers.  Réuni lundi 4 mai 2026, il a fixé sa feuille de route en faveur de l’emploi dans l’industrie, notamment dans le but d’insérer plus de jeunes dans ce secteur.

Alors que l’automobile, le textile, la chimie ou encore la métallurgie sont fragilisés par “les mutations économiques et l’incertitude politique et internationale”, le CNE prévoit un objectif de 600 000 recrutements en CDI ou CDD de plus de 6 mois dans l’industrie en 2026.  Comment ? En favorisant l’orientation des jeunes, étudiants et salariés vers les filières industrielles, en développant els entrées en formation et reconversions, en accélérant els mises en relation entre employeurs et salariés potentiels pour répondre aux besoins de recrutement, en développant le “recrutement inclusif” par les entreprises.

La feuille de route inclut 35 000 immersions professionnelles dans l’industrie, 14 000 offres de stage en classe de seconde, une hausse de 50 % des offres d’emploi accompagnées par les conseillers de France Travail ou encore 25 000 formations préalables à une embauche.

Cette feuille de route nationale doit également être adaptée dans chaque territoire par les comités territoriaux de l’emploi avec un suivi global et un pilotage trimestriel. Elle sera présentée aujourd’hui au réseau des régions.

Le CNE réalise aussi un suivi de l’emploi en France sur la base des chiffres de la Dares. Il note que les difficultés de recrutement “sont orientées à la baisse dans tous les secteurs” mais que le taux de chômage a augmenté au 4e trimestre 2025 à 7,9 %, en particulier chez les 15-24 ans. Les perspectives des chefs d’entreprise s’assombrissent en raison d’une détérioration du climat des affaires, l’emploi des personnes en situation de handicap demeure un sujet critique : leur taux d’emploi est de 46,8 % en 2025 contre 75,2 % pour l’ensemble des 15-24 ans.

Source : actuel CSE