Sophie Binet (CGT) demande la restauration du CHSCT et une nouvelle politique économique et sociale
17/09/2026

Sophie Binet hier à l’Ajis à Paris
Dressant le constat d’échec de la politique d’exonération de cotisations sociales, Sophie Binet, devant les journalistes de l’information sociale (Ajis), a réclamé hier au Premier ministre un changement de cap afin de redresser les salaires et l’investissement et ainsi relancer l’activité économique et l’emploi. La secrétaire générale de la CGT estime que le retour du CHSCT serait la meilleure réponse, et la plus économique, à la détérioration des conditions de travail et la plus à même à fournir des adaptations au changement climatique.
Pour la secrétaire générale de la CGT, cette rentrée sonne “l’échec du macronisme et de dix ans de politique de l’offre”. Caractérisée selon elle par la poursuite de l’exonération des cotisations sociales des entreprises, cette politique “incite les employeurs à maintenir les salariés au Smic”. Cette stratégie n’empêche pas la désindustrialisation de se poursuivre en France, soutient Sophie Binet, mais elle entraîne, du fait de la baisse des rentrées fiscales, un désinvestissement des services publics par l’Etat.
Les seuls qui se portent bien, ce sont les actionnaires
Cet échec, elle en voit la preuve dans les difficultés actuelles de l’économie française (très faible croissance, inflation, absence d’investissements, remontée du chômage. “Le problème de la France n’est pas le coût de son travail mais le coût du capital (..) Les seuls qui se portent bien en France, ce sont les milliardaires et les actionnaires”, cingle Sophie Binet, allusion au nouveau chiffre record de distribution des dividendes en France. Selon le Monde, qui cite un gestionnaire d’actifs, les principales entreprises cotées dans l’Hexagone ont distribué 61 milliards d’euros à leurs actionnaires entre avril et juin, la France se classant ainsi au deuxième rang mondial derrière les Etats-Unis.
Alors que la France prépare son budget 2027, la syndicaliste demande donc un changement de stratégie économique et sociale : “Ce budget doit acter le redressement des services publics et nous éviter de revivre l’an prochain l’été calamiteux que nous avons connu (..) avec 7 300 morts et 25 000 sinistrés”.
La CGT demande des négociations salariales dans les branches
Sophie Binet vient d’adresser une lettre au Premier ministre lui suggérant d’organiser “une table ronde d’urgence” sur les salaires et les prix (lire le document en pièce jointe). La CGT, qui appelle les salariés à faire grève et à manifester le 29 septembre, réclame :
- une augmentation du Smic et des salaires via une négociation salariale dans les branches et les entreprises ;
- un blocage des prix du carburant et des produits de première nécessité “notamment alimentaires” (des idées déjà écartées par Jean-Pierre Farandou) ;
- des mesures sur l’égalité salariale entre femmes et hommes, et une revalorisation des pensions.
La TVA sociale est un énorme enfumage
Car la crise énergétique dure, soutient-elle, avec des conséquences sur les ménages : “Ce n’est pas tenable”. Il faut non pas de prendre de nouvelles économies budgétaires (type baisse des indemnités journalières ou désindexation des pensions) mais au contraire des mesures relançant la consommation et donc l’activité économique.
Le débat actuel suggérant de baisser les cotisations pour rapprocher le salaire brut du salaire net, par exemple en instaurant une TVA sociale ? “C’est un énorme enfumage (..) Avons-nous dans le passé constaté une augmentation des salaires après la diminution de certaines cotisations sociales des entreprises ? (..) La TVA est l’impôt le plus injuste. Ce que nous proposent le patronat et tous les promoteurs de la TVA «antisociale», c’est d’aller vers un diesel à 4€ le litre ! C’est quand même lunaire par rapport à la situation actuelle, ça montre une déconnexion profonde sur la situation et le contexte”, lance-t-elle.
Il faut saturer le débat de la présidentielle sur les questions sociales qui intéressent les salariés
À l’approche de l’élection présidentielle, la secrétaire générale de la CGT, comme ses consœurs de la CFDT et de la CFE-CGC, entend “saturer le débat sur les questions sociales”. Car ce qui intéresse les salariés, ce n’est pas “ce que nous impose la galaxie Bolloré (insécurité, dette, immigration)” mais bien “les questions d’emploi, de salaire, de conditions de travail”.
En Espagne, il y a des CHSCT partout
La secrétaire générale de la CFDT réitère une nouvelle fois sa revendication d’une restauration du CHSCT, le comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail, au vu notamment de ce qu’un groupe études conduit par le ministre du travail a vu en Espagne où existent toujours des délégués du personnel en charge de la prévention des risques : “En Espagne, il y a des CHSCT partout et ils permettent d’adapter les mesures de protection en proximité”.
“Toutes les pistes d’économies sur les indemnités journalières et les arrêts de travail reviennent à s’attaquer au malade plutôt qu’à l’origine de la fièvre. Au vu du nombre d’accidents de travail et de maladies professionnelles et d’affections psychiques (Ndlr : voir le bilan sur les RPS), il faut rétablir le CHSCT, c’est la meilleure mesure de prévention à prendre dans le cadre du budget et ça ne coûte rien”, insiste Sophie Binet.
Retraites, IA, parcours syndicaux
Interrogée sur la possibilité de voir avancer les négociations prévues dans l’agenda social autonome des partenaires sociaux, Sophie Binet répond qu’il faudrait déjà que le patronat fasse un geste au sujet des retraites complémentaires. Rappelons que les partenaires sociaux n’ont pu acter aucune augmentation des pensions pour 2026, au point que la CGT et la CFE-CFC ont lancé une action en justice contre un gel qu’ils jugent contraire au préambule de l’accord de 2023 sur l’Agirc-Arrco. “Les réserves des caisses complémentaires sont pleines. Pourquoi refuser une revalorisation alors que le pouvoir d’achat des retraités baisse et que l’inflation pourrait atteindre 3 % en 2026 ? Le patronat veut-il utiliser ces réserves pour créer un fonds de capitalisation ?” questionne-t-elle.
Il faut encadrer l’usage de l’IA
S’il y a ce geste, poursuit la secrétaire générale de la CGT, alors il faudra ensuite négocier un accord national interprofessionnel sur l’intelligence artificielle (IA), le syndicat demandant aussi sur ce sujet une convention de l’Organisation internationale du travail (OIT) et une directive européenne : “Le débat américain sur les risques de l’IA montre que nous n’avons aucune prise sur ces enjeux majeurs. Il faut encadrer l’usage et l’utilisation de l’IA et aborder dans une négo la question du partage des gains de productivité”.
Et discuter enfin de la valorisation des parcours syndicaux. Un dossier urgent pour Sophie Binet qui dénonce “une répression antisyndicale décomplexée” dans les entreprises, et qui explique selon elle que 40 % des salariés ne disposent d’aucun syndicat dans leur société. La secrétaire générale a d’ailleurs indiqué avoir reçu une lettre de Sophie Menton l’informant du retrait de sa plainte la visant, après les propos de la syndicaliste fustigeant les patrons “qui quittent le navire” (lire notre article). Sophie Binet annonce qu’elle va demander à Sophie Menton de rembourser les frais de procédure, et appelle Tefal, qui l’a également attaquée pour diffamation au sujet de la répression syndicale dans l’entreprise, à retirer sa plainte.
Conférence travail emploi salaires : la CGT craint le pire
À propos du dialogue social, la secrétaire générale de la CGT attend avec inquiétude les conclusions écrites de la conférence travail emploi retraites (TER). Celles-ci devraient être présentées ce vendredi 18 septembre aux partenaires sociaux (lire notre article sur ce rapport dans cette édition).
Elle redoute de voir actée dans le document l’hypothèse d’une dose de capitalisation dans le système de retraites français, “une proposition seulement présentée par la CPME”, voir même un “âge d’équilibre”, sorte de nouvel âge pivot (mesure envisagée à l’époque par Edouard Philippe dans la réforme avortée d’un système de retraites à point) actant de fait un décalage de l’âge de départ. Et si le Medef a boycotté toute la conférence, Sophie Binet dit craindre le lobbying de l’organisation patronale sur peser sur le résultat final.
Nous sommes en colère contre la méthode employée
“Le but de cette conférence, c’était quand même de répondre aux exigences des travailleurs et des travailleuses à la suite de la réforme des retraites, et de trouver un débouché pour sortir par le haut de cette crise (..) Nous avons participé aux discussions pendant 6 mois (…) et nous sommes en colère contre la méthode employée (..) Si le rapport contient des propositions ou des préconisations, ce sera contraire à l’engagement pris par le gouvernement de faire un état des lieux des différentes positions”, prévient-elle.
Sophie Binet se dit prête à un référendum sur les retraites : “Depuis le début de la conférence, nous disons que nous souhaitons un référendum sur l’abrogation de la réforme des retraites. Si le patronat veut défendre l’idée d’un référendum sur la capitalisation, qu’il le fasse !”
Transparence salariale : pas assez !
Au sujet enfin de la transposition dans la loi française de la directive sur la transparence salariale, Sophie Binet constate que le projet de loi présenté il y a une semaine, bien qu’il soit “a minima” et “sans sanction pour les entreprises qui discriminent”, risque de ne pas pouvoir trouver une place dans le calendrier parlementaire d’ici la présidentielle de 2027. Or la France est déjà en retard sur cette transposition, déplore-t-elle. La secrétaire générale de la CGT ajoute : “Le sujet, ce n’est pas seulement de discuter des 4 % d’écarts entre femmes et hommes toutes choses égales par ailleurs. Nous voulons travailler sur les 22 % d’écarts de salaire entre les deux sexes, autrement dit sur la revalorisation des métiers féminisés, sur le déroulement des carrières, etc”.
| Chaleur au travail : les leçons espagnoles selon la CGT |
| Sophie Binet, qui s’était moquée en juillet de l’idée d’un voyage d’études en Espagne, estime aujourd’hui que la visite à Madrid début septembre des partenaires sociaux conduits par Jean-Pierre Farandou, le ministre du travail, a été “extrêmement utile”. Ce déplacement a montré selon elle le retard de la France par rapport à son voisin, qui a pris dès 1995 des dispositions pour prévenir les risques liés au climat, un arsenal renforcé après les inondations de Valence en 2022. Tout ne peut pas être renvoyé à la négociation pour protéger les travailleurs contre les effets des grandes chaleurs, soutient-elle, et sur ce point, la loi espagnole lui semble plus ferme que la réglementation française : “Il y a des seuils de température, 25° en extérieur, et 27° en extérieur. Au-delà, les employeurs sont obligés soit de faire cesser l’activité, soit d’adapter fortement le travail. Et il y a une imbrication très forte avec les alertes météo”. Deuxième élément dont la France devrait s’inspirer selon la CGT : les prérogatives de sanction dont dispose l’inspection du travail ibérique, et qu’elle utilise. “L’inspection peut prendre des sanctions sous 24h ou 48h. Elle a sanctionné 291 entreprises cet été, pour un montant total de 1,5 million d’euros. Selon nos camarades espagnols, ce n’est pas suffisant, mais nous, nous comparons avec la situation française : chez nous, c’est zéro sanction !” La secrétaire générale de la CGT invite aussi le gouvernement à s’inspirer du congé climatique espagnol et de la pratique de la journée de travail continue avec des horaires aménagés et des pauses plus nombreuses. Enfin, Sophie Binet souligne la présence dans toutes les entreprises des délégués du personnel de la prévention : “Il y a des CHSCT partout qui permettent d’adapter localement les mesures de prévention avec des accords locaux. Nous avons visité le chantier de la gare de Madrid et la Fnac espagnole. J’invite les dirigeants français de la Fnac de France à aller à Madrid parce ce que ce qui se fait là-bas n’existe absolument pas chez nous”. Et la secrétaire générale de la CGT d’en appeler à la responsabilité politique : “En Espagne, tout ce dispositif est né d’une concertation tripartite (Etat, syndicats, patronat, Ndlr) mais lorsque le patronat n’était pas d’accord, le gouvernement a quand même avancé et pris ses responsabilités”. |
Bernard Domergue
Publicité des comptes de certains syndicats : les modalités changent en 2027
17/09/2026
À partir du 15 janvier 2027, les syndicats professionnels de salariés ou d’employeurs et leurs unions, ainsi que les associations de salariés ou d’employeurs, dont les ressources sont inférieures à 230 000 euros (au sens de l’article D. 2135-9 du code du travail), devront uniquement déposer leurs comptes sur le site de la DILA (direction de l’information légale et administrative) ou, s’ils en ont un, directement sur leur site internet.
Lorsqu’ils ne disposent pas de site internet, ces syndicats ne pourront plus passer par les DREETS (directions régionales de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités). Un décret du 21 août 2026 supprime cette possibilité.
Source : actuel CSE