L’insatisfaction salariale des cadres gagne du terrain, selon le baromètre Ugict-CGT
23/09/2026

Le baromètre Ugict 2026 révèle une montée inédite de l’importance accordée aux salaires par les cadres : 70 % en font désormais une priorité. Autre intérêt de cette nouvelle enquête : le sondeur a aussi interrogé les cadres sur la transparence salariale et les ruptures conventionnelles.
Chaque année depuis dix ans, l’Ugict (fédération des cadres de la CGT) demande à l’institut Viavoice de sonder les cadres et leur rapport au travail sur la base d’un échantillon représentatif (selon la méthode des quotas) de mille personnes. L’année dernière, les salaires apparaissaient comme prioritaires pour 65 % des cadres. Ce taux atteint cette année 70 % des sondés, soit 5 points de plus qu’en 2025 et 18 points de plus qu’en 2016.
Selon Agathe Le Berder, secrétaire générale adjointe de l’Ugict, “pour la première fois depuis dix ans de sondages, le salaire arrive en tête des priorités des cadres, à égalité avec l’équilibre entre vie personnelle et professionnelle”. Par ailleurs, le sondage commandé par l’Ugict contredit la vision de cadres “opportunistes du système” et profitant des ruptures conventionnelles.
72 % de cadres insatisfaits des décisions salariales
Les cadres sondés déplorent leur perte de pouvoir d’achat. Et pour cause : plus de deux tiers d’entre eux (72 %) considèrent que les décisions salariales de ces derniers mois ne leur ont pas permis d’amortir la hausse du coût de la vie. Seules les augmentations leur semblent à même de garantir leur hausse de pouvoir d’achat : 87 % plébiscitent des augmentations individuelles, et 82 % des augmentations collectives.
L’Ugict qualifie donc l’année 2026 comme celle du “déclassement” pour les salaires des cadres. Selon son baromètre, le salaire net moyen des cadres du privé n’a augmenté que de 0,5 % en euros constants entre 1996 et 2024. Par suite, de nombreux cadres pensent que leur rémunération ne reflète pas :
- Leur implication au travail (50 %) ;
- Leur charge de travail (49 %) ;
- Leurs responsabilités (44 %) ;
- Leur temps de travail réel (43 %) ;
- Leur qualification (42 %).
À noter que pour chacun de ces sujets, l’insatisfaction est encore plus importante de 4 à 7 points chez les femmes. De plus, 53 % des sondés pensent que leur situation va stagner dans les prochaines années, en hausse de quatre points par rapport à 2025. 12 % d’entre eux vont même jusqu’à penser qu’elle va se dégrader, en particulier les seniors (15 %).
Opacité salariale et sexisme ordinaire
Alors que le projet de loi transposant la directive sur la transparence salariale n’est toujours pas débattu à l’Assemblée nationale, le baromètre de l’Ugict constate que les critères de rémunération des entreprises restent opaques pour la majorité des cadres. 53 % considèrent qu’ils ne sont pas transparents et ne garantissent pas une égalité de traitement entre collègues. C’est encore plus vrai pour les femmes, dont 58 % présentent cette opinion.
À ce titre, 26 % des répondants (38 % chez les femmes) remarquent que les femmes de l’encadrement subissent des exigences plus fortes que les hommes. Le sexisme ordinaire n’est pas éradiqué, au contraire : 37 % des sondés en ont été témoins. Le chiffre atteint 52 % si on ne prend que les répondantes. 42 % des sondés évoquent des exigences de comportement plus prononcées (amabilité, sourire), 44 % reconnaissent qu’elles ont moins le droit à l’erreur que les hommes et 45 % qu’elles sont plus éloignées des promotions.
35 % des femmes cadres sondées témoignent d’une blague sexiste, 21 % de mises en doute de leurs compétences, 20 % qu’on leur coupe régulièrement la parole, 17 % qu’elles ont un accès limité à certaines responsabilités et 10 % qu’on leur a déjà volé une idée (un comportement qui fait son entrée dans le baromètre).
Enfin, hommes et femmes confondus, 80 % des répondants se prononcent pour une sanction plus sévère à l’égard des entreprises qui ne respectent pas leurs obligations sur la transparence salariale. Pour mémoire, le projet de loi transposant la directive prévoit une sanction pouvant aller jusqu’à 1 % de la masse salariale de l’employeur (2 % en cas de récidive) et 450 euros d’amende contre l’employeur n’informant pas les salariés de leur droit de demander des informations sur leur niveau de rémunération.
| 10 % des cadres ont déjà eu recours à une rupture conventionnelle |
| Les partenaires sociaux ont signé en février 2026 un accord national interprofessionnel sur l’indemnisation des ruptures conventionnelles. Si la CGT a participé à ces négociations, elle a refusé de signer l’accord final. En revanche, l’Ugict a demandé à l’institut de sondage Viavoice de poser des questions aux cadres à ce sujet. D’où il ressort, selon la fédération CGT, que les cadres ne peuvent être considérés comme “les opportunistes d’un système” : seulement 10 % des sondés indiquent avoir eu recours à ce dispositif. Rappelons que selon l’Unédic, les ruptures conventionnelles représentent entre 8 et 21 % des ruptures de contrats de travail à durée indéterminée. Pour 41 % d’entre eux, il s’agissait de changer d’employeur, de régler un conflit avec l’employeur (39 %) ou de changer de métier (19 %). Les cadres voient dans la rupture conventionnelle individuelle un moyen de prendre un nouveau départ (64 %), d’échapper à de mauvaises conditions de travail (46 %), de déguiser un licenciement (40 %, en particulier pour les seniors à hauteur de 50 %), ou enfin de contraindre à une mobilité professionnelle (23 %). |
Marie-Aude Grimont