Dans les SPST, la prévention de la désinsertion professionnelle progresse, les inaptitudes aussi
19/03/2026
En 2024, le nombre d’inaptitudes prononcées est en progression de 11,3 % par rapport 2022.
Malgré une meilleure appropriation des outils et dispositifs de prévention de la désinsertion professionnelle par les services de prévention et de santé au travail, le hausse du nombre d’inaptitudes prononcées ne fléchit pas, selon le bilan 2024 des activités des services de prévention et de santé au travail (SPST) de la Direction générale du travail.
Les avis d’inaptitude progressent toujours (*) malgré une meilleure appropriation par les services de prévention et de santé au travail (SPST) des outils de prévention de la désinsertion professionnelle (PDP) introduits par la loi du 2 août 2021 (visites de mi-carrière, visites de reprise et pré-reprise, rendez-vous de liaison, essais encadrés, cellules PDP), selon le bilan 2024 des activités des SPST publié par la Direction générale du travail (DGT) le 18 février 2026.
Près de 19 millions de salariés en été suivis en 2024 par les services de santé au travail (**), dont 92 % en service de prévention et de santé au travail interentreprises (SPSTI) et 8 % en service prévention et de santé au travail autonome (Ndlr : ce SPSTA peut être mis en place lorsque le collectif atteint 500 salariés) .
Plus de cellules de prévention de la désinsertion mobilisées
Selon le bilan concernant le régime général, presque tous les SPSTI sont désormais dotés d’une cellule de PDP, la prévention de la désinsertion professionnelle (96,5 % en 2024, soit une progression d’environ 10 % par rapport à 2023, ce qui représente 164 SPSTI en 2024, 150 en 2023 et 134 en 2022).
Plus de 87 700 salariés ont ainsi été suivis cette année par les cellules (+ 24 091 salariés par rapport à 2023), “soit un taux de progression par rapport à 2022 de 63,6 %”, met en avant la DGT. Plus de la moitié des services interentreprises répondants à l’enquête ont indiqué avoir mis en place un accompagnement collectif spécifique à la PDP (53,6 % contre 36,5 % en 2023).
Le recours à l’essai encadré – qui vise à favoriser le retour à l’emploi d’un salarié en arrêt de travail en testant sa capacité à reprendre son poste ou à en occuper un nouveau – est plus fréquent chez les SPSTI (2 320 essais mis en place en 2024 contre 1 545 en 2023 et 1 352 en 2022). Il l’est moins en revanche dans les SPSTA (276 essais en 2024 contre 373 en 2023 et 460 en 2022).
Davantage de préconisations d’aménagements de poste
Par ailleurs, le nombre de rendez-vous de liaison – temps d’échange, non médical, proposé pendant un arrêt de travail de plus de 30 jours permettant de maintenir un lien entre l’employeur et le salarié pendant son arrêt, de l’informer sur ses droits et les dispositifs de PDP – auxquels les SPSTI ont participé est en hausse (4 169 rendez-vous organisés en 2024, contre 2 034 en 2023 et 860 en 2022). Son usage est aussi plus fréquent chez les SPSTA (6 534 rendez-vous en 2024, contre 4 329 en 2023 et 1 821 en 2022).
Autre indicateur : le nombre de préconisations d’aménagement de poste à l’issue d’une visite augmente pour l’ensemble des SPST (850 351 en 2024 contre 616 635 en 2023). “Il est observé une nette augmentation du nombre de préconisations d’aménagement de poste dans les SPSTI de 37,90 %”, souligne la DGT. Dans les SPSTI, 706 091 salariés ont bénéficié d’une recommandation d’aménagement en 2024, contre 511 783 en 2023 et 540 327 en 2022.
Dans une moindre mesure, davantage de salariés ont également bénéficié cette année d’un accompagnement social du service social (79 941 en 2024 contre 75 229 en 2023), d’un accompagnement par un psychologue du travail (38 837 en 2024 contre 35 805 en 2023) et d’une orientation vers un partenaire externe en lien avec la PDP (186 059 en 2024 contre 142 606 en 2023).
Des visites de mi-carrière et de pré-reprise davantage réalisées
Du côté des nouvelles visites, la progression est également notable. Le nombre de visites de mi-carrière organisées par les SPSTI – lesquelles visent notamment à établir un état des lieux de l’adaptation du poste de travail à l’état de santé du salarié et à évaluer le risque de désinsertion professionnelle – a quadruplé entre 2022 et 2024 (42 876 visites en 2024 contre 4 420 visites en 2022). Une percée à relativiser : “Les visites de mi-carrière, post-exposition et post-professionnelles […] demeurent encore marginales […] au regard du volume que représentent les autres visites”, note la DGT. Sur les 8 160 448 visites réalisées par les SPSTI en 2024, seulement 0,9 % ont été des visites de mi-carrière.
Les visites de pré-reprise ont également été davantage réalisées par les SPSTI (483 800 en 2024, contre 464 007 en 2023 et 441 040 en 2022) et les SPSTA (34 835 en 2024, contre 31 036 en 2023 et 25 989 en 2022). Par contre, les SPSTI ont réalisé moins de visites de reprise en 2024 (822 796) qu’en 2022 (899 720). “Pour ces données [qui concernent les visites de reprise et pré-reprise], il convient de prendre en considération un nombre croissant de répondants depuis la première édition de cette enquête”, indique la DGT.
Ici aussi, parmi les visites réalisées en 2024 par les SPSTI, notons que les visites de pré-reprise (5,9 %) et de reprise (10,1 %) pèsent peu.
Des inaptitudes toujours en hausse
Peut-être trop peu, à l’instar de la montée en charge finalement relative du recours aux outils et dispositifs de PDP, pour avoir des effets visibles sur la tendance des inaptitudes. En 2024, 149 549 inaptitudes ont été prononcées par les médecins du travail dans les SPST, dont 144 576 dans les SPSTI, soit un nombre en progression de 11,3 % par rapport 2022. “Bien que cette progression doive être relativisée puisque le taux de répondants est supérieur en 2024, il n’y a pas d’infléchissement à la baisse du nombre d’avis d’inaptitude”, confirme la DGT.
69 439 travailleurs ont par ailleurs été déclarés inaptes avec dispense de reclassement en 2024, ce qui représente 46,4 % du total des inaptitudes déclarées. Un nombre “en augmentation avec 9 673 inaptitudes sans reclassement supplémentaires par rapport à 2023, où les inaptitudes sans reclassement représentaient 43 % du total des inaptitudes prononcées”. Soit un taux de progression de 34,7 % depuis 2022, “à relativiser compte tenu d’une progression du nombre de répondants depuis la mise en place de l’enquête”, estime là encore la DGT.
Rare satisfecit, la baisse observée du nombre d’inaptitudes délivrées à la suite d’une visite de reprise (72,3 % du total des inaptitudes délivrées en 2024 contre 75 % en 2023). Une légère diminution qui “confirme la nécessité d’une poursuite de la montée en charge du recours aux outils et dispositifs de PDP”, encourage la DGT.
Notons enfin que seuls 61 services étaient engagés dans un CPOM (Contrat pluriannuel d’objectif et de moyen) en cours de validité en 2024 (soit 35 % du total des SPSTI contre 24 % en 2023), dans le cadre duquel la PDP est obligatoirement abordée.
(*) Comme le relève l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) dans son rapport sur la PDP publié en décembre 2025, la pertinence de la hausse continue du nombre d’inaptitudes ne permet pas à elle seule “d’évaluer les résultats de la politique de PDP ni sa performance”, du fait “des facteurs qui dépassent la politique de prévention de la désinsertion : vieillissement de la population active, montée des risques psychosociaux”. Mais “il n’en reste pas moins que le nombre d’inaptitudes prononcées est un indicateur important”, ajoute-elle, notamment les inaptitudes avec dispense de reclassement.
(**) Les données présentées dans le présent rapport se fondent uniquement sur les déclarations des SPST.
Matthieu Barry
Cancer du sein : la CFDT réclame des données genrées dans le DUERP
19/03/2026
Le 3 mars dernier, le tribunal administratif de Marseille a reconnu l’existence d’un lien direct entre le cancer du sein d’une infirmière et ses conditions de travail de nuit. “Une victoire syndicale” selon la CFDT dont certaines unions territoriales (notamment le Grand-Est), le syndicat des mineurs et la fédération santé sociaux militent sur le sujet depuis plusieurs années, en particulier pour les professions dans lesquelles les femmes sont exposées (santé, transports) en raison de leur travail de nuit.
“Ces maladies professionnelles reconnues confirment la nécessité de créer un tableau de maladie professionnelle pour le cancer du sein”, indique un communiqué diffusé hier. La CFDT revendique également “des données genrées dans le Document Unique d’Evaluation des Risques Professionnels (DUERP), encore trop peu renseignées, ainsi qu’une meilleure adaptation des équipements individuels et collectifs”. Selon le syndicat, “dans les secteurs plus à risques, des campagnes de dépistages du cancer du sein doivent être développées”. La CFDT appelle enfin à un “dialogue social renforcé pour permettre d’adapter le travail et réduire les risques professionnels”.
Source : actuel CSE
Le plan santé au travail entre en discussion
20/03/2026
Hier, à Matignon s’est tenue une réunion interministérielle relative à la “régulation des arrêts de travail”. Le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou, le ministre de l’Industrie Sébastien Martin, la ministre de la Santé Stéphanie Rist, et le ministre des Comptes publics David Amiel ont aussi échangé sur le plan santé au travail. Le dernier plan 2022-2026 arrivant à échéance, le nouveau plan 2026-2030 doit être présenté aux partenaires sociaux en ce premier trimestre 2026.
Source : actuel CSE
