Frédéric Souillot largement réélu secrétaire général, l’unité reste de mise à FO

27/04/2026

Frédéric Souillot le 25 avril 2025

Vendredi 24 avril, le 26e congrès de Force Ouvrière s’est terminé avec une large adoption des rapports d’activité et de trésorerie. Le comité confédéral national a ensuite réélu Frédéric Souillot comme secrétaire général avec 98,06 % des voix. Si les différentes lignes se sont exprimées parfois dans l’agitation, l’organisation syndicale est prête à repartir pour un nouveau mandat.

Tout s’est bien terminé à Dijon, vendredi 25 avril. Après la discussion et le vote des résolutions, Frédéric Souillot a prononcé son discours de clôture, avant de se rendre, en début d’après-midi, en comité confédéral national. Cette instance, qui fait office de parlement de FO, réunit les secrétaires généraux des fédérations (FD) et des unions départementales (UD), a élu le secrétaire général, la Commission exécutive confédérale, le bureau confédéral et le trésorier. Frédéric Souillot repart donc avec légitimité et en confiance pour un mandat de quatre ans.

98,06 % des suffrages, 11 points de plus qu’en 2022

Avec 98,06 % des suffrages (5 858 votes pour, 116 contre, sur 5 974 voix exprimées), Frédéric Souillot se voit reconduit à la tête de Force Ouvrière avec un score plus que confortable. Autres indices de l’unité préservée à FO, les résultats de vote du rapport d’activité, adopté à 89,14 %, et du rapport de trésorerie à 96,45 %. Les tensions qui se sont exprimées en début de congrès sont ainsi mises de côté. Par comparaison, Frédéric Souillot avait été élu pour son premier mandat en juin 2022 avec 87,67 % des voix (hors votes nuls). Il remporte donc en 2026 près de 11 points de plus. Des performances qui montrent que les tendances contestataires internes à FO, qui ont parfois perturbé le déroulement du congrès, restent largement minoritaires et ne disposent pas de pouvoir de nuisance au moment des votes.

Résolution sociale : les retraites refont surface

Nouveauté en ce 26e congrès : les résolutions sociale et protection sociale ont été fusionnées en un seul texte. “Le congrès continue de revendiquer un retour à l’âge de départ à la retraite à 60 ans et à 37,5 annuités d’assurance dès que les conditions seront réunies”, affirme le document. Ces lignes, 193 à 195, ont été remises sur la table pendant les débats des commissions de résolution jeudi soir et jusque tard dans la nuit. La phrase est issue d’un compromis trouvé en 2015 entre réformistes et radicaux, permettant de mentionner la retraite à 60 ans comme objectif tout en restant pragmatique, d’autant plus que l’âge légal de départ en retraite a été repoussé à 64 ans en 2023. Plusieurs militants ont demandé la suppression des termes “dès que les conditions seront réunies”, considérant soit que “ça ne veut rien dire”, soit que le texte est “superfétatoire” (c’est-à-dire inutile), soit que “ça désarme la revendication”.

En commission de résolution, les militants ont refusé de modifier le texte. Le sujet est revenu vendredi matin, d’autres militants présentant de nouveaux amendements dans ce sens et demandant un vote du congrès. À main levée, les congressistes ont cependant décidé de conserver l’équilibre actuel.

CSE et CHSCT toujours au menu des résolutions

En 2022, la résolution sociale réclamait l’abrogation des lois de 2008 sur la représentativité, de la loi Travail de 2016 et des ordonnances travail de 2017. FO dénonçait “la mise en place des CSE de manière ultra centralisée” et revendiquait “la mise en place d’une représentation du personnel plus proche des salariés”. Enfin, elle appelait à ce que la confédération obtienne l’abrogation de la limitation à trois mandats successifs des élus de CSE.

Mission accomplie, puisque FO a obtenu, via la négociation, en novembre 2025, d’un accord interprofessionnel sur le dialogue social, cette suppression de la limitation à trois mandats. Les militants s’en sont d’ailleurs satisfaits à plusieurs reprises pendant les prises de parole. Frédéric Souillot a d’ailleurs martelé qu’il revendique toujours l’abrogation des ordonnances Macron de 2017 et le retour du CHSCT. La résolution sociale version 2026 affirme donc : “Le congrès se félicite du combat mené et de la suppression de la limitation à trois mandats successifs pour les élus du personnel”. La résolution ajoute à ce satisfecit une revendication de formation des élus lors du renouvellement du deuxième mandat et des suivants, à hauteur de cinq jours au lieu de trois.

La résolution sociale appelle également à intégrer le thème de l’IA dans l’agenda autonome des partenaires sociaux et à outiller les militants. Plusieurs amendements à cette résolution ont proposé de porter la revendication d’une cotisation attachée à l’IA afin de compenser la perte de financements de la Sécurité sociale causée par la perte des emplois liés à l’IA. Ces suggestions ont cependant été refusées par le congrès. “Il est trop tôt pour porter ça, nous devons encore mûrir cette idée”, nous a confié un congressiste.

Antiracisme, développement, femmes, paritarisme : les axes du mandat

Jeudi matin, lors de son discours de réponse aux interventions, Frédéric Souillot a décidé de couper court à toute ambiguïté. Plusieurs militants l’ont accusé de “connivence avec l’extrême droite”, en raison de la présence en tribune d’un député RN lors d’un événement organisé dans le Bas-Rhin en défense des salariés dans l’usine de pompes à chaleur BDR Therméa. Une tribune organisée par l’union départementale et non par la confédération. D’autres se sont offusqués que Frédéric Souillot porte la contradiction, sur un plateau de la chaîne LCI, en présence du député RN de la Somme, Jean-Philippe Tanguy. Face à ces attaques, Frédéric Souillot a tiré les choses au clair, “sifflé la fin de la récréation” : “Je suis, nous sommes antifascistes, attachés à la démocratie et à la République une et indivisible, antiracistes, anti-xénophobes, contre l’antisémitisme, anti-islamophobes et contre toute idéologie de rejet de l’autre”, s’est-il écrié.

Le propos permet à FO d’affirmer ses valeurs, alors que la CGT et la CFDT ont fait de la lutte contre l’extrême droite leur cheval de bataille, et que la CFE-CGC a fait face pendant plusieurs semaines à une campagne dissidente dans la succession à François Hommeril, incluant des candidats réputés comme proches de l’extrême droite. Ces candidatures ont finalement été abandonnées.

“Notre priorité doit être le développement”, a insisté Frédéric Souillot en discours de clôture après que plusieurs militants ont souligné que FO ne doit pas se concentrer uniquement sur les ouvriers et employés mais aussi viser les cadres. A l’instar d’Éric Peres, secrétaire général de FO-Cadres : “Les cadres et ingénieurs constituent plus de 21 % de la population active. Il nous faut représenter le monde du travail dans toute sa diversité”, a-t-il souligné.

Par ailleurs, un amendement à la résolution sociale mettant l’accent sur une procédure de dénonciation des faits de sexisme et de harcèlement, a été déposé par Mireille Herriberry (fédération des employés et cadres). Frédéric Souillot était déjà bien conscient de l’importance du sujet : lors de sa réponse aux militants, jeudi 23 avril au matin, il soulignait déjà que “ces comportements sont inacceptables et inqualifiables, et à chaque fois que nous en avons vent, nous les traitons directement par une mise à pied conservatoire”, recevant un déchaînement de soutien des militantes de la salle. Le nouveau secrétaire général sait aussi que son organisation dénombre désormais 52 % de femmes militantes.

Quant à la présence de FO à la conférence Travail Emploi Retraites, Frédéric Souillot a défendu la nécessité de porter la contradiction, par exemple sur les retraites par capitalisation. “Bien sûr que nous prendrons nos responsabilités, on l’a toujours fait et nous en sortirons, mais aujourd’hui, nous devons rappeler la place des organisations syndicales à ceux qui ne parlent plus de dialogue social ni de représentation du personnel mais de referendum dans les entreprises !”, a-t-il conclu.

Enfin, le paritarisme étant cher à FO, la résolution sociale affirme que “le congrès exige le rétablissement d’un paritarisme plein et entier sans aucune intervention de l’État ni encadrement budgétaire”. Sur ce sujet, Frédéric Souillot enfonce le clou et défend que les partenaires sociaux reprennent la gouvernance des retraites et du système de Sécurité sociale. Un moyen de revenir sur la réforme Juppé de 1996 et de tenter de mettre un terme aux exonérations de cotisations patronales. 

Si l’on en croit un militant qui a affirmé “On va pouvoir l’appeler Fred Le Téméraire !” en faisant allusion à l’un des puissants ducs de Bourgogne, FO se trouve en bon ordre de bataille pour les quatre prochaines années.

Les nouvelles instances confédérales
Ont été désignés membres de la Commission exécutive confédérale : Myriam Barnel (UD 83), Emmanuel Baudin (FD administration générale), Franck Bergamini (UD 13), Philippe Beaufort (UD 38), Xavier Boiston (UD 69), Patrice Clos (FD transports), Vincent Delauge (UD 43), Audrey Dujardin (UD 59), Marlène Fernandez (UD 33), Florent Garcia (UD 36), Gabriel Gaudy (UD 75), Christian Grolier (FD fonctionnaires), Franck Hausner (UD 06), Grégory Joron (FD Unité), Pascaline Kerhoas (FO Finances), Jean-Baptiste Konieczny (UD 62), Magali Lardeux (UD 49), Sébastien Lardeux (UD 53), David Le Comte (UD 27), Christophe Le Comte (UD 91), Michel Le Roc’h (UD 44), Valéry Michel (FD défense), Jérôme Nigris (UD 12), Patrice Pauly (UD 31), Arnaud Pichot (UD 26), Clément Poullet (FD enseignement), Stéphane Renaud (UD 74), Laurent Rescanières (FD alimentation générale), Valentin Rodriguez (FD métallurgie), Patrice Sacquepee (FD livre), Catherine Savolon (UD 17), Franck Serra (FO construction), Sylvie Szeferowicz (UD 51), François Trinquet (UD 92), Sylvia Veitl (FD pharmacie).

Ont été désignés membres du bureau confédéral : Yanis Aubert, Rachèle Barrion, Laure Beyret, Patricia Drevon, Éric Gautron, Pascal Lagrue, Cyrille Lama, Franck Mary-Montlaur, Séverine Privat, Branislav Rugani. Ainsi, quatre places sont renouvelées : Michel Beaugas, chaleureusement salué par les congressistes, part en retraite après avoir assumé les thèmes de l’emploi et des retraites. Il est remplacé sur l’emploi par Yanys Aubert (UD 76) qui fait son entrée au bureau confédéral. Frédéric Souillot a cependant souhaité créer un secteur à part entière sur les retraites, confiant ce portefeuille à Séverine Privat (UD 23), elle aussi nouvelle membre du bureau.

Concernant les CSE et les relations collectives de travail, Karen Gournay cède sa place à Franck Mary-Montlaur (UD 34) et prend la tête de l’association de consommateurs de FO (l’Afoc). Enfin, le portefeuille de Béatrice Clicq, qui quitte le bureau mais siègera au conseil économique, social et environnemental, est scindé en deux :  Rachèle Barrion (déjà membre du bureau sur l’économie en remplacement de Hélène Fauvel partie en retraite en cours de mandat) récupère le thème des discriminations et Laure Beyret celui de l’égalité hommes femmes.

Ont été élus à la Commission des conflits : François Bucaille (UD 71), Françoise Chazaud (FD arts spectacle presse audiovisuel), Emmanuel Dubarre (FD chimie), Alain Molina (UD 17), Anita Passannante (mutuelles sociales agricoles), Franck Pattin (UD 88), Raymond Pontvianne (FD bâtiment), Hubert Raguin (FD enseignement culture), Olivier Repessé (UD 69), Richard Roze (FD alimentaire).

Ont été élus à la Commission de contrôle des comptes : Jean-Michel Boutillez (FO communication), Jean-Yves Sabot (FD métallurgie), Vincent Vilpasteur (UD 95).

Marie-Aude Grimont

Stellantis Rennes : la CFDT demande des garanties en cas de partenariat avec la Chine

28/04/2026

Le 12 avril dernier, une délégation du constructeur automobile chinois Dongfeng a discrètement visité les locaux de l’usine Stellantis de Rennes-La Janais. Objectif : étudier l’implantation de véhicules chinois à produire sur les lignes françaises. La manœuvre permettrait à la Chine d’améliorer ses exportations de véhicules et d’éviter des droits de douane.

La CFDT, premier syndicat du site, affirme clairement “Nous ne sommes pas à vendre” et fixe ses conditions à une reprise du partenariat entre les deux constructeurs : une transparence sur l’avenir du site, le respect des négociations en cours et du dialogue social, le maintien de l’emploi et des conditions de travail.

Source : actuel CSE

L’Ugict-CGT alerte sur la santé au travail et lance une campagne nationale

29/04/2026

À l’occasion de la Journée mondiale de la santé et de la sécurité au travail qui a eu lieu 28 avril, l’Ugict-CGT lance une campagne dédiée à la prévention des risques socio-organisationnels. Le syndicat dénonce une dégradation croissante des conditions de travail des ingénieurs, cadres et techniciens, marquée par le stress, la surcharge et la perte de sens.

Selon plusieurs études citées, près d’un cadre sur trois se dit affecté par des troubles de santé mentale, tandis que plus de la moitié des professions intermédiaires se déclarent exposées au stress et à la violence. L’Ugict-CGT critique par ailleurs les politiques publiques actuelles, jugées insuffisantes face à ces enjeux.

Pour sensibiliser et agir, la campagne met à disposition plusieurs outils, dont un sociomètre des risques psychosociaux, un générateur d’enquête sur les conditions de travail et des supports d’information à destination des salariés et des représentants syndicaux.

Source : actuel CSE

Agenda autonome : une réunion de diagnostic “avant mi-mai”

30/04/2026

Reçu mardi 28 avril par les journalistes de l’Ajis (association des journalistes de l’information sociale), le secrétaire général de FO fraîchement réélu s’est exprimé sur sa feuille de route et les priorités de son nouveau mandat. Comme l’ont indiqué les résolutions adoptées lors du congrès, “la priorité des priorités, c’est de remettre en avant notre protection sociale collective, notamment à travers l’agenda social autonome”.

Pour mémoire, les numéros un syndicaux et patronaux s’étaient revus en janvier 2026 pour mettre au point leurs thèmes de négociations communes : l’emploi des jeunes, le financement de la protection sociale collective, le modèle productif, les parcours syndicaux. “Dans l’accord sur le paritarisme, on dit qu’on doit faire un diagnostic. Donc sur l’emploi des jeunes [notamment], on aura une première réunion de diagnostic partagé avant mi-mai”.

Autre priorité dans ses perspectives, redonner des couleurs au paritarisme de gestion : “On voit que l’Agirc-Arrco est bien géré, donc la question est comment reprendre la gouvernance de notre système de retraites par répartition. Après, ça, on réfléchira à l’assurance maladie puis à l’assurance chômage”.

Quant à la conférence Travail Emploi Retraites, dont la prochaine séance aura lieu le 22 mai, Frédéric Souillot confirme sa volonté d’en sortir, déjà exprimée pendant le congrès. Il reste à savoir quand, et le secrétaire général a donné sur ce point une indication : ” Si c’est pour nous envoyer vers négociations collectives, banco ! Si c’est pour alimenter, encadrer ou objectiver la campagne des élections présidentielles de l’année prochaine, c’est sans nous”. Ce dont on peut déduire qu’il attend le bon moment, et que cette date dépendra de l’issue (floue pour l’instant) que le gouvernement donnera à cette conférence sociale.

Quant à la perspective d’un troisième mandat à la tête de FO, Frédéric Souillot a lâché “Jamais deux sans trois”…

Source : actuel CSE