Les syndicats de Michelin déplorent l’absence d’augmentation

26/01/2026

Dans un communiqué commun, les syndicats de Michelin réunis en intersyndicale (CFDT, CFE-CGC, FO et Sud), déplorent la politique salariale de leur entreprise : “La grande majorité des salariés ne seront pas augmentés en 2026 alors que les actionnaires ont reçu plus de 3 milliards d’euros en 2 ans (..) En 2025, le groupe Michelin a versé à ses actionnaires 1,649 millions d’euros sous forme de dividendes et de rachats d’actions. Cela représente 87 % du résultat net 2024”.
Les syndicats dénoncent “une douche froide” côté salariés avec 0 % d’augmentation générale et individuelle pour les cadres et les salariés en 2026, et seulement 1 % pour les agents, si l’on excepte la prime d’ancienneté. 

“L’absence totale d’augmentation individuelle acte un gel des salaires. Pourtant l’ensemble des salariés fait preuve de résilience, de flexibilité et de polyvalence, malgré des exigences accrues en compétences, responsabilités, performance et engagement, allant parfois jusqu’à l’imposition des congés au détriment de leur vie personnelle”, estime Sud dans un communiqué

Source : actuel CSE

Les syndicats américains et européens pris de court par la nouvelle donne imposée par Trump

28/01/2026

Manifestation à Portland, dans l’Oregon (USA), contre le déploiement de la police “Ice”, en octobre 2025

Sous le titre “La fin de la mondialisation heureuse”, l’Ires (Institut de recherches économiques et sociales) fait dans sa dernière Chronique internationale un panorama instructif et inquiétant de la situation internationale inédite créée par Donald Trump. Les effets sur les droits des salariés et la protection sociale ne touchent pas seulement les États-Unis mais bouleversent aussi l’Europe…

Où vont les États-Unis et où risquent-ils d’entraîner le monde ? La question  est sur toutes les lèvres après les multiples décisions de la Maison Blanche, aussi brutales que soudaines : augmentation des tarifs douaniers, arrestation d’un dirigeant à l’étranger, glorification des énergies fossiles, menaces de lâcher l’Ukraine et d’annexer le Groenland pour s’emparer de ses ressources, ou encore – deux personnes en sont mortes récemment –  déploiement d’une violente police anti-immigration (“Ice”).

Ces questions sont inquiétantes sur le plan diplomatique mais aussi sur le plan social. Comme l’analyse Catherine Sauviat dans sa contribution au dernier numéro de Chronique Internationale de l’Ires (*), le retour du protectionnisme américain représente des dangers pour les salariés américains… mais aussi européens, comme on va le voir. 

Les limites d’une approche corporatiste face à une situation inédite

Cette fragmentation du commerce mondial, cette compétition militaire et l’aggravation des risques climatiques qui découlera de l’abandon d’objectifs limitant le réchauffement peuvent entraîner des pertes d’emplois, une baisse du pouvoir d’achat, des réductions de droits – on le voit bien avec la répression des manifestants hostiles à la police anti-immigration –  et une remise en cause de l’aide sociale. Certes, plusieurs organisations syndicales américaines, comme le syndicat des enseignants ou celui des services, ont dénoncé le recours à la police fédérale et des militants syndicaux ont manifesté, avec les défenseurs des droits de l’homme et des principes démocratiques, contre la dérive autoritaire de l’exécutif américain.

Mais les syndicats américains paraissent démunis face à cette nouvelle donne. Pourquoi ? Parce que le syndicalisme américain a surtout une logique corporatiste, nous dit Catherine Sauviat. Outre Atlantique, les syndicats “revendiquent rarement une vision politique et sociale qui aille au-delà des intérêts immédiats des syndiqués”.

Cette logique les conduit d’ailleurs rarement à faire grève. Et pour le faire, ils doivent franchir des obstacles qui n’existent pas en Europe. Des exceptions existent pourtant, comme la grève dans l’automobile à l’automne 2023 qui a débouché sur une meilleure convention collective et a contraint les compagnies à intégrer les usines de batteries électriques dans cette convention. On peut aussi s’interroger, conclut la chercheuse, sur les moyens efficaces qu’auraient les syndicats, “dans un pays où ils n’ont ni influence ni relais au niveau politique et institutionnel”, pour lutter contre des politiques publiques et des choix budgétaires régressifs…

Les syndicats européens face à la nouvelle donne 

Les syndicats européens sont eux-aussi confrontés au bouleversement de la donne mondiale. Celle-ci a provoqué une inflexion notable de la politique de la Commission européenne. Certes, l’Union européenne (UE) vient de réviser la directive concernant les comités d’entreprises européens, c’est un point positif. Mais tous ses projets récents vont plutôt dans le sens d’une simplification, d’une recherche de compétitivité et d’un réarmement. L’UE a ainsi abandonné son projet de texte législatif sur l’intelligence artificielle, elle a aussi nettement amoindri les obligations de reporting social et environnemental qui étaient envisagées pour les entreprises. 

Dans ce contexte, la confédération européenne des syndicats (CES) n’est pas inactive. Mais elle doit passer d’une phase où elle était entendue dans le cadre de l’agenda social européen progressif (2019-2024, avec la directive sur les travailleurs des plateformes, la directive sur le salaire minimum, la notion de transition juste) à de nouvelles priorités de la commission nettement moins favorables pour la période 2024-2029, écrivent Claude Serfati et Catherine Sauviat dans leur contribution. Avec la compétitivité émergent aussi, et cela on peut s’en féliciter, les questions non abordées jusqu’alors sur la souveraineté technologique et stratégique. 

Car la stratégie des États-Unis menace bel et bien nos économies et notre modèle social, c’est un défi à l’Europe sociale comme nous l’écrivions dès novembre 2024. L’une des contributions de l’Ires fustige ainsi la “capitulation” de l’accord entre l’UE et les USA sur les échanges : il prévoit en effet un droit de douane de 15 % sur les exportations européennes (et de 50 % sur l’acier et l’aluminium) alors que le marché européen sera totalement ouvert aux produits américains, sans aucun droit de douane.

Or l’Europe écoule 20,6 % de ses exportations vers les Etats-Unis, ce taux allant de 17,2 % pour la France à 53,7 % pour l’Irlande en passant par 22,7 % pour l’Allemagne. Jusqu’alors empêchée de le faire par des traités valorisant la concurrence libre et non faussée, l’Europe a d’ailleurs entamé une révision de sa stratégie en vue d’une “renaissance industrielle” mais cela semble pour l’instant timide. 

L’Europe sociale et la transition énergétique passent au second plan

D’autre part, l’effort de réarmement européen, qui découle du désengagement américain de l’Otan et de la volonté de soutenir l’Ukraine contre la Russie, s’annonce important (multiplication par 5 des sommes consacrées à la défense et à l’espace pour le projet de budget 2028-2034 de l’UE par rapport au budget précédent). Dans une Europe dont les marges de manœuvres budgétaires ont été réduites par la crise sanitaire, et qui redoute un décrochage économique par rapport à l’Amérique et à la Chine, cette politique semble de nature à remettre en cause l’Europe sociale, écrivent les chercheurs.

Les nouvelles priorités de compétitivité économique internationale et de défense (la Chine est devenue leader mondial dans 57 technologies en 2023 alors qu’elle ne l’était que dans 3 en 2007) mettent de fait au second plan la transition verte ou la gouvernance durable des entreprises.

Ainsi, la Grande Bretagne cherche des économies sur le régime d’invalidité et d’incapacité et l’Allemagne envisage des coupes plus drastiques que prévu, et c’est d’ailleurs ce que suggère le FMI aux Etats européens : il faut “reconsidérer la dimension des services publics et le contrat social” .

Dans le même temps, les gouvernements revoient à la baisse leurs objectifs environnementaux, des enjeux dont les syndicats avaient commencé à se saisir. “Par rapport à ces transformations majeures, on peut observer qu’il n’y pas eu de réaction globale portée par les organisations syndicales faîtières des pays analysés dans ce numéro mais plutôt des réactions morcelées des grandes fédérations syndicales en fonction des impacts plus ou moins marqués selon les secteurs en termes de créations d’emploi”, constatent Catherine Sauviat et Claude Serfati.

De fait, les syndicats industriels, les plus directement affectés par les hausses de taxes aux frontières, privilégient la défense des emplois au niveau local ou sectoriel. “C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles ils montrent pour la plupart un soutien à l’accroissement des dépenses d’armement, à condition que les dépenses sociales n’en subissent pas les conséquences. De même, les engagements environnementaux des syndicats en faveur d’une «  transition juste  » sont fragilisés, voire entravés par cette remise en cause de l’ordre économique international”, écrivent les chercheurs. 

Le cas de l’Allemagne et de ses syndicats

Le cas de l’Allemagne est particulièrement parlant. Dépendant de ses exportations, le modèle économique outre-Rhin est touché de plein fouet par la guerre commerciale : “Le PIB est à peine plus élevé qu’il y a cinq ans”.

Le changement de cap amorcé par le gouvernement est radical. L’État réinvestit dans les infrastructures (voies de communication, par exemple) et les dépenses militaires, ce qui pourrait d’ailleurs, selon d’autres économistes, tirer la croissance européenne en 2026. Cela va de pair, souligne la contribution de Marcus Kahmnann, avec une diminution des aides sociales aux personnes sans emploi et à bas salaire.

Face à ces changements, la DGB, la confédération allemande des syndicats, est prise en étau entre la protection des emplois, son antimilitarisme et sa défense de règles sociales et environnementales. “Loin d’opposer uniquement la base au sommet, écrit le chercheur, ces tensions parcourent toutes ses structures, quel que soit leur niveau, ainsi que les syndicats entre eux”. Par exemple, par souci de l’emploi, IG Metall, le syndicat de la métallurgie qui a été longtemps “pacifiste”, s’est rallié à la reconstruction des capacités militaro-industrielles de Berlin, tandis que IG BCE, le syndicat de la chimie, défend un “découplage” d’avec la Chine afin de privilégier les partenariats commerciaux avec des nations “fiables”.

Si les syndicats allemands sont rassurés par l’augmentation du salaire minimum et les assurances apportées sur les retraites, ils redoutent un rabotage des droits sociaux, comme au sujet de la durée de travail quotidien qui pourrait passer de 8h à 12h. D’autant que le monde syndical allemand paraît s’affaiblir. Ainsi, le nombre d’adhérents de la DGB a baissé de 1,5 % en 2024 et la part des salariés couverts par l’équivalent du comité social et économique, le Betriebsrat, continue de baisser. Les tensions viennent aussi du fait que 22 % des membres des syndicats allemands auraient voté pour l’AfD, le parti d’extrême droite…

(*) ► Pour lire le dossier entier de l’Ires, qui a été bouclé en décembre 2025, voir la dernière Chronique internationale. Le dossier comprend des focus sur les Etats-Unisla Chinel’Europel’Allemagnel’Italiele Royaume Unila Suède, etc. L’Ires est un institut de recherches économiques et sociales au service des organisations syndicales françaises. 

La délicate équation chinoise pour les entreprises occidentales
Si Trump remet en cause le libre échange dans le monde, c’est en réaction à la puissance croissante de la Chine, observent, dans leur contribution à la Chronique internationale de l’Ires, les chercheurs Clément Séhier, Aymeric Mariette et Muriel Périsse. Mais les effets de cette stratégie sont incertains.

D’une part, la Chine résiste face aux Etats-Unis. Elle sait être devenue incontournable, son industrie pesant 29 % de la valeur ajoutée manufacturière mondiale. Depuis les années 2010, elle a fait monter en gamme son industrie et elle a internationalisé ses entreprises. Les investissements chinois en Asie du sud, décidés y compris pour des activités industrielles jugées trop polluantes en Chine, ont fait de cette région une plateforme industrielle et commerciale majeure. “Les firmes chinoises sont de plus en plus nombreuses à mobiliser le potentiel de cette région frontalière pour y étendre ou relocaliser leurs activités chinoises”, écrivent les chercheurs pour lequel il s’agit d’une stratégie de long terme, et pas seulement un contournement aux sanctions américaines.

Comment réagissent les autres pays à la guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis ? “Les entreprises européennes ne se placent pas dans une perspective de désengagement massif” de la Chine, estiment les chercheurs qui pointent la dépendance des européens et leur peur des représailles. Si les entreprises européennes ne sont plus présentes pour les mêmes raisons à Pékin (hier la recherche de faibles coûts de production, aujourd’hui la présence sur un marché dynamique), leur stratégie paraît en décalage avec des gouvernements européens préconisant autonomisation et souveraineté. Des Etats qui ont malgré tout intérêt à ne pas adopter des politiques trop protectionnistes sous peine de s’aliéner les économies émergentes. Reste qu’une invasion de Taïwan par la Chine placerait les entreprises européennes dans une situation “particulièrement délicate” au regard de leur intégration dans “les réseaux de production complexes et fréquemment tributaires de composants issus de Chine”. Conclusion des auteurs : les pays européens doivent s’y préparer en renouant “dès maintenant avec l’élaboration de stratégies industrielles ambitieuses et structurées”.

Bernard Domergue

Marylise Léon (CFDT) “propose de généraliser les CCSCT”

29/01/2026

Dans une interview à Libération, Marylise Léon estime une nouvelle fois qu’il faut “reprendre les ordonnances travail de 2017 qui ont abîmé le dialogue social parce que les employeurs n’ont pas joué le jeu”. La secrétaire générale de la CFDT revendique “de généraliser des études d’impact à l’échelle territoriale et de modifier la loi Florange”. Marylise Léon réclame aussi des sanctions pour les entreprises qui ne respectent pas leurs obligations d’information à l’égard du CSE : “Une entreprise qui ne publie pas l’ensemble des aides publiques dont elle bénéficie ne doit pas pouvoir faire valider un plan de sauvegarde de l’emploi par l’inspection du travail”. 

Par ailleurs, après avoir jugé que “les questions de santé passent souvent après tout le reste” dans les CSE, la dirigeante de la CFDT “propose la généralisation des commissions santé, sécurité dans toutes les entreprises, pas uniquement à partir de 300 salariés”. 

Source : actuel CSE

Les partenaires sociaux mettent leur agenda autonome en ordre de marche

30/01/2026

Patrick Martin, président du Medef

Réunis mercredi soir au Medef, les représentants syndicaux et patronaux ont tenu plus de trois heures d’échanges sur leur agenda autonome. Au menu des discussions, la revalorisation des retraites complémentaires, l’assurance chômage, ainsi que plusieurs thèmes au sujet desquels les négociations pourraient se lancer début 2026.

À l’automne 2025, le Medef avait fait savoir par courrier aux syndicats sa volonté d’ouvrir des négociations sur le modèle productif, les jeunes et le financement de la protection sociale. Mais pour l’heure, il est surtout question de régler les désaccords sur la revalorisation de la retraite complémentaire Agirc-Arrco (qui ne s’est pas faite fin octobre 2025) et sur l’assurance chômage (au sujet de laquelle des négociations sont entamées à l’Unédic via l’indemnisation des ruptures conventionnelles). Ces arbitrages devaient être rendus fin février.

L’Agirc-Arrco et l’assurance chômage en priorité

“A court terme, nous devons régler nos différends sur l’Agirc Arrco et clarifier les règles de fonctionnement paritaire. Tout le monde doit s’engager aussi dans la négociation assurance chômage avec l’objectif de conclure”, a indiqué Marylise Léon à sa sortie du Medef mercredi soir.

Le ton de Sophie Binet (CGT) était nettement moins consensuel : “C’était un échange non conclusif (…). Il y a eu zéro euro de revalorisation sur l’Agirc-Arrco parce que le patronat a refusé de négocier, et sur l’assurance chômage, les négociations à ce stade sont encalminées. Nous avons dit au patronat qu’il fallait aboutir sur ces deux sujets avant toute chose pour engager sereinement d’autres discussions”.

L’ouverture des trois autres thèmes ne sera de toute façon pas possible avant la fin des négociations actuelles sur l’indemnisation chômage des salariés qui signent des ruptures conventionnelles. Comme le confirme Frédéric Souillot (FO), “on ne vas pas commencer sur les autres thèmes avant d’avoir terminé sur l’assurance chômage. J’ai déjà dit que je suis d’accord pour discuter de l’agenda autonome. Nous nous reverrons fin février, et nous serons alors en fin de négociation sur l’indemnisation des ruptures conventionnelles”. Il est en tout cas certain pour Cyril Chabanier (CFTC) que les syndicats veulent “que les discussions sur l’agenda autonome se passent bien, que tout le monde se décrispe, on attend donc un geste sur l’Agirc-Arrco”.

Quoi qu’il en soit, en dehors de la CPME qui ne disposait pas encore de mandat, le patronat serait d’accord pour “faire un geste” sur la revalorisation des retraites complémentaires. “J’ai bien reçu le message, on va ensuite se concerter tous les trois (Medef, CPME, U2P) mais je suis prêt à bouger”, a indiqué Michel Picon (U2P).

Au Medef, Patrick Martin y semble également favorable : “J’ai pris acte que les négociations s’étaient tenus dans un contexte tendu avec des interférences (de l’État, NDLR), il est donc question de reprendre les discussions dans un contexte plus ouvert”.

Enfin, sur les contrats courts qui font l’objet, eux aussi, d’une négociation à l’Unédic, François Hommeril (CFE-CGC) a indiqué que “les surtaxer ferait très vite rentrer de l’argent”. Un financement évoqué en ces termes par FO : “On va trouver des économies qui ne se feront pas sur les demandeurs d’emploi, à ce sujet France Travail a aussi des projets”.

Modèle productif

Toujours selon Patrick Martin, le sujet du financement de la protection sociale est sur les rails mais n’a pas encore abouti. En revanche, les syndicats ont réceptionné hier deux documents du Medef relatifs à l’emploi des jeunes et au modèle productif. Ce dernier sujet inclut la transition écologique, l’intelligence artificielle, l’indépendance stratégique et le “mur de la démographie”. L’organisation patronale dresse en tout cas un constat lucide : “Ces transitions nécessiteront des capacités d’innovation et d’investissement colossales de la part des entreprises et des pouvoirs publics” alors que les innovations ne seront matures et déployées qu’après 2030.

Le Medef ajoute que “près de 8 millions d’emplois sont concernés directement par les leviers de la planification écologique, qui pourrait créer 150 000 équivalents temps plein d’ici 2030”. De plus, face aux mutations exigées qui auront des impacts sur le pouvoir d’achat, la formation, les parcours professionnels, la main d’œuvre disponible et les tensions de recrutement, “ces différentes transitions ne seront pas possibles dans croissance ni acceptabilité sociale”. Il faudra, au titre de cet ensemble, “mettre en place les conditions d’un avenir désirable, notamment en réindustrialisant”.

En revanche, le sujet de la conditionnalité des aides publiques aux entreprises n’est bien sûr pas abordé, alors que les syndicats le réclament. “On ne peut pas travailler sur  le modèle productif sans rouvrir ce dossier”, a pointé François Hommeril (CFE-CGC).

Côté méthode, le Medef propose dans un premier temps un “format resserré d’une journée des numéros un des organisations syndicales et patronales”, suivi d’une phase de diagnostic paritaire sur chaque enjeu identifié, le tout conduisant à une feuille de route et le cas échéant une négociation sur certains points.

Emploi des jeunes et parcours syndicaux

Constatant un taux d’emploi de jeunes de 34,6 % et leur vulnérabilité au chômage, les propositions du Medef fixent deux axes de travail : l’amélioration du lien entre les études et le premier emploi tout d’abord, l’attractivité des métiers et l’accompagnement dans l’emploi ensuite.

À ce titre, l’organisation patronale suggère par exemple :

  • de pouvoir abaisser sans accord de branche préalable le seuil minimal de 24 heures pour les temps partiels “afin de multiplier les opportunités d’emploi (…) et d’apporter de la flexibilité” ;
  • un cadre légal et réglementaire spécifique en matière de relation de travail des jeunes visant à “donner de la visibilité aux employeurs” et de permettre aux jeunes de “surmonter la peur de l’embauche” ;
  • d’allonger la période d’essai “en s’inspirant de l’exemple italien du contrat à droits progressifs, pouvant être rompu sans motif pendant les 3 premières années ;
  • de faciliter l’accès à toute forme de contrats en supprimant le motif de recours à l’intérim ou au CDD, de supprimer le délai de carence entre 2 CDD, la possibilité d’aller au-delà de 18 mois en CDD et de relever la limite de 2 renouvellements de CDD ;
  • d’adapter le niveau de rémunération (du Smic notamment) pour une durée limitée et par la négociation collective ;
  • de valoriser les bonnes pratiques managériales ;
  • d’accompagner les jeunes actifs dans la création de leur propre activité.

Enfin, l’accord national interprofessionnel de novembre 2024 sur le dialogue social (qui a enterré la limitation à trois mandats des élus de CSE) a également prévu une négociation sur la valorisation des parcours syndicaux. Elle devait s’ouvrir courant 2025 mais l’instabilité politique n’a pas permis aux partenaires sociaux de l’envisager. Pour l’heure, ce thème n’a pas fait l’objet d’un document partagé lors de la réunion de mercredi soir. Frédéric Souillot a cependant indiqué à la sortie du Medef que les discussions s’ouvriraient avec les autres thèmes.

Marie-Aude Grimont

Congrès CFE-CGC : Frédéric Guyonnet et Christophe Roth lancent leur campagne

30/01/2026

Frédéric Guyonnet et Christophe Roth le 28 janvier 2026

Qui pour prendre le relais de François Hommeril à l’issue du prochain congrès CFE-CGC en juin 2026 ? D’un côté, Christelle Thieffinne, issue de la fédération de la métallurgie. De l’autre, Frédéric Guyonnet, président du syndicat bancaire. Il a lancé sa campagne mercredi 28 janvier, accompagné du secrétaire national Christophe Roth qui briguera le poste de secrétaire général.

“Notre liste est constituée à 50 %, elle sera paritaire et nous révélerons le nom de notre trésorière courant février”, ont annoncé Frédéric Guyonnet et Christophe Roth le 28 janvier dernier à Paris lors du lancement de la campagne qui vise à les placer à la tête de la CFE-CGC. La quatrième organisation syndicale représentative tiendra son congrès confédéral les 10 et 11 juin 2026. Dans cette optique, le duo est opposé à celui formé par Christelle Thieffinne et William Viry-Allemoz qui représentent la succession à la ligne actuelle de François Hommeril.

Issus respectivement du syndicat de la banque et du syndicat de police Alliance, Frédéric Guyonnet et Christophe Roth mettent en avant leur parcours syndical et le nombre d’adhérents de leurs organisations.

 “25 ans dans le secteur bancaire”

Âgé de 46 ans, Frédéric Guyonnet a exercé des mandats d’élu au CHSCT, de délégué du personnel et délégué syndical. Ancien conseiller clientèle en agence, cumulant selon lui “25 ans dans le secteur bancaire”, il a conseillé particuliers et entreprises sur leurs choix financiers. Il finira par présider le SNB (Syndicat national de la banque). Selon lui, le secteur bancaire compte aujourd’hui 42 000 adhérents CFE-CGC sur un périmètre de 360 000 salariés.

À ses côtés, Christophe Roth, 55 ans, actuel secrétaire national à l’égalité des chances et à l’accessibilité (nous l’avions interrogé sur les difficultés de se trouver élu de CSE et en situation de handicap). Ancien fonctionnaire du ministère de l’Intérieur, Christophe Roth a été rattaché au syndicat de police Alliance. “Pour une fois, on a un expert de l’économie qui va briguer la présidence de la CFE-CGC. Et comme j’ai l’habitude de le dire, qui mieux que Renaud pour réparer une Renault ?”, a-t-il indiqué au sujet de Frédéric Guyonnet.

Tous deux avancent par ailleurs qu’en cas de victoire au congrès, les fédérations de la banque et des services publics placeraient pour la première fois leurs représentants à la présidence de la CFE-CGC. Pour l’instant, ils ont reçu le soutien du SNB et d’Alliance, des fédérations des métiers de la banque et de la finance, de l’encadrement des métiers de l’aérien et de la culture/communication/spectacle. Rappelons que ce sont en effet les fédérations qui donnent mandat de vote à leurs délégués. Les adhérents CFE-CGC ne votent donc pas directement en faveur des candidatures. Frédéric Guyonnet et Christophe Roth ont donc entamé depuis le 3 septembre 2025 un tour des fédérations afin de gagner leurs faveurs. Côté programme, ils défendent notamment un retour du CHSCT.

CHSCT, retraites et syndicalisme de service

Sur la défense de leurs militants et leur approche des IRP, le duo prône davantage un retour au CHSCT qu’un abaissement des seuils de la commission santé, sécurité et conditions de travail (CCSCT). Ils entendent également développer un syndicalisme de services : “On s’est rendu compte, et cela s’est accéléré depuis la crise Covid, que les grandes luttes collectives [sont] plutôt derrière nous. Quand on approche un salarié aujourd’hui, la première chose qu’il demande c’est «À quoi ça me sert en tant que personne d’adhérer à un syndicat ?» “, a indiqué Frédéric Guyonnet avant de citer des exemples : “Dans la banque, on a mis en place des protections juridiques, de la presse en ligne adaptée”.

“On continuera à défendre la retraite par répartition”, a par ailleurs ajouté Frédéric Guyonnet, Christophe Roth affirmant quant à lui : “Il faut être lucide, le sujet va revenir et il impacte à la fois le pouvoir d’achat des retraités et l’accompagnement des seniors dans le monde du travail”.

Concernant la confédération elle-même, les deux candidats veulent “décentraliser la CFE-CGC qui est aujourd’hui très parisienne”. Il n’est pas question pour autant d’engager une réforme territoriale mais de “mieux accompagner ces territoires et leur donner les outils nécessaires pour développer la CFE-CGC au plus proche de l’entreprise”.

Enfin, le binôme a exposé sa posture à venir, en cas d’élection au congrès, vis-à-vis du Rassemblement National “Que l’extrême-gauche, l’extrême-droite, la droite, le centre arrivent au pouvoir, on respectera le choix des Français. On est élu par la démocratie”. Interrogé sur sa proximité (en tout cas pendant sa jeunesse) avec les milieux monarchistes, Frédéric Guyonnet répond : “Quand je fais du syndicalisme, je suis apolitique et je défends tous les salariés et tous les agents de la fonction publique”.

Il leur reste d’ici le congrès une étape à franchir : le comité directeur de la CFE-CGC qui avalisera les candidatures le 27 avril 2026.

Marie-Aude Grimont

Droit des salariés étrangers : la CFDT intervient en appui du recours déposé devant le Conseil d’État

30/01/2026

La CFDT intervient devant le Conseil d’État en appui du recours déposé par la Fédération des acteurs de solidarité (FAS) et 9 autres organisations visant à contraindre l’État à mettre fin aux carences de l’Administration numérique pour les étrangers en France (Anef). Ce téléservice, déployé depuis 2021 par le ministre de l’intérieur, est vilipendé par les associations et défenseurs des droits de l’homme : bugs multiples, demandes clôturées ou bloquées dans motifs, refus automatiques, etc.

“Ces dysfonctionnements ont des conséquences humaines et sociales majeures”, dénonce la CFDT selon laquelle l’Anef empêche trop souvent les personnes étrangères d’exercer leurs droits pour renouveler un titre de séjour, exercer leurs droits sociaux, trouver un logement ou justifier de leur situation administrative. De plus, souligne la confédération, cette situation a des “impacts désastreux” sur le travail des agents de l’Anef : “La numérisation à marche forcée a réduit leur autonomie et leur expertise, dégradé la relation avec les usagers et généré des tensions quotidiennes, parfois jusqu’à des agressions. La souffrance au travail est aujourd’hui une réalité préoccupante”.

Source : actuel CSE