Virginie Neumayer (CGT) : “Dans l’industrie, il faut aux élus de CSE un accès renforcé à l’information et des expertises élargies”

02/06/2026

Virginie Neumayer

Le 54e congrès de la CGT s’est ouvert, lundi 1er juin, à Tours. Les délégués vont donc débattre des nouvelles orientations de la confédération et aborder de nombreux sujets comme la désindustrialisation du pays. Virginie Neumayer, membre de la commission exécutive et issue du secteur de l’énergie, nous donne son avis sur les causes de ce phénomène et ses pistes pour y remédier.

Virginie Neumayer a été la première femme secrétaire d’un syndicat d’une centrale nucléaire, sur le site de Tricastin, près d’Avignon. En 2005, elle entre à l’union départementale de la Drôme, avant de prendre des responsabilités fédérales dans le secteur de l’énergie en 2006. Elue en mars 2007, elle a exercé des mandats au comité d’entreprise, mais aussi en CSE puis au CSE central d’EDF en 2019, où elle est aussi coordinatrice.  Membre de la commission exécutive de la CGT depuis 2023, elle nous donne sa vision et ses remèdes contre la désindustrialisation qui touche le pays.

Nous nous trouvons à Tours, au 54e congrès qui s’est ouvert ce matin. Qu’en en attendez-vous ?

C’est un grand moment de démocratie sociale depuis l’élection de Sophie Binet il y a trois ans. Il y a beaucoup d’attentes, me semble-t-il. La situation sociale est extrêmement préoccupante. On a ouvert ce congrès par un colloque international où les questions de convergence, d’analyse et de mobilisation se sont posées. Il y aura par ailleurs un sujet majeur : la crise économique et la montée de l’extrême droite à partir du terrain social. Bien sûr, il y a aussi d’immenses défis pour le monde du travail, comme les mutations technologiques avec l’IA. Et bien sûr, le sujet de la paix, parce qu’elle permettra une émancipation des travailleurs en France et dans le monde. La CGT est à la fois un outil de résistance et une force de proposition. Les salariés doivent s’en emparer, mais pour ça, il faut qu’ils rencontrent la CGT dans les entreprises et qu’ils rencontrent aussi, me semble-t-il, leurs élus qui porteront cette voix dans les CSE, plus largement au-delà du périmètre des entreprises.

Depuis septembre 2023, la CGT dénonce une vague de désindustrialisation. Elle met régulièrement à jour une carte nationale des plans de sauvegarde de l’emploi (PSE) : 483  en 2025, 546 en mars 2026, dont 75% dans l’industrie. Quelles sont, d’après vous, les causes de cette hémorragie ?

Elle résulte d’abord des choix politiques de désindustrialisation de la France au profit d’une économie de services. Et ensuite, des orientations stratégiques dans les entreprises et les grands groupes, qui privilégient l’implantation de productions manufacturières, en dehors du territoire national, en Europe de l’Ouest ou dans des pays du Sud.

Les annonces de plans sociaux se succèdent et le décrochage français semble inéluctable.  Est-ce effectivement le cas à votre avis ?

Non car les choix politiques peuvent aussi dénouer la situation, y compris dans les orientations des principaux donneurs d’ordre. A la CGT nous défendons l’investissement dans le tissu productif pour justement enrayer la désindustrialisation et de ne pas laisser filer le tissu existant parce qu’il est aussi essentiel pour envisager l’avenir. On ne construira pas une industrie 2.0 sur les ruines du passé. On a donc besoin d’un socle industriel solide, y compris pour les questions de transition écologique.

La CGT demande à l’exécutif des assises nationales de l’industrie. Que pourraient-elles apporter d’après vous ?

Aujourd’hui, nous jouons souvent les pompiers, placés devant le fait accompli. Les décisions de fermeture sont prises de longue date et l’État fait intervenir le comité de restructuration interministérielle.

Nous voulons engager une logique de long terme 

Au lieu de cette logique court termiste pour sauver les meubles, on veut engager une logique de moyen et de long terme pour engager la planification par rapport aux besoins actuels et futurs, mais aussi anticiper les fermetures. Certes, le débat doit se tenir entre employeurs et salariés et entre l’Etat et les syndicats mais on souhaite aussi que le diagnostic s’établisse avec les représentants du personnel, les représentants du monde économique, les chercheurs, mais aussi les employeurs, les représentants de l’État et les institutions financières qui peuvent secourir les entreprises. Cette phase de diagnostic permet d’engager des préconisations, avant de se projeter dans un angle plus large.

Quel peut être le rôle de l’action syndicale contre la désindustrialisation ?

En effet, l’action syndicale ne se limite pas à la contestation et la défense de l’existant. Nous formulons des préconisations, des propositions de reprise, de reconversion, d’investissement dans l’appareil productif, de diversification de l’activité. Aujourd’hui se développent par exemple des activités duales combinant deux cœurs de métier, l’énergie d’un côté et un autre domaine de l’autre. L’action syndicale, c’est aussi intervenir sur des droits nouveaux pour les travailleurs, les former en amont afin qu’ils puissent anticiper.

Vous avez été vous-même représentante élue au CE et au CSE dans le secteur de l’énergie, notamment chez EDF. Que proposez-vous comme nouvelle prérogative des élus de CSE contre la désindustrialisation ?

Tout d’abord, qu’ils bénéficient d’un accès renforcé à l’information. Aujourd’hui il n’est que partiel c’est tout à fait préjudiciable dans notre rôle d’élu du personnel.

 Des expertises élargies pour les élus de CSE

La transparence doit être faite et on doit y associer effectivement des expertises élargies dans les domaines concernés et pas simplement sur les comptes de l’entreprise. Les directions devraient être contraintes d’ouvrir les livres. Ensuite, les élus du personnel doivent pouvoir présenter des projets alternatifs. Face à une décision descendante, leur étude doit être sérieusement expertisée, y compris par les employeurs, pour étudier sa viabilité et confronter les points de vue.

Vous voulez dire que les employeurs lisent un petit peu trop vite les projets alternatifs et les éliminent systématiquement sans les avoir vraiment regardés ?

Mais ils ne les lisent pas ! Ils les balaient d’un revers de main, considérant que la propriété capitalistique de leur entreprise leur appartient, sans se préoccuper des conséquences sociales ou environnementales des projets.

Sur les aides publiques, il faut un avis conforme du CSE 

Ensuite, il faut que les aides publiques, au-delà de leur conditionnement et de l’information consultation du CSE fassent l’objet d’un avis conforme du CSE. Non seulement sur l’attribution de l’aide publique mais aussi sur son utilisation. Et si l’avis du CSE n’est pas conforme, que ces aides soient remboursées auprès des pouvoirs publics. Nous portons également la place des administrateurs salariés dans les conseils d’administration, à parité avec les actionnaires et dirigeants. Les orientations stratégiques devraient être débattues au conseil d’administration, mais aussi dans les CSE centraux.

Le projet de document d’orientation de ce 54e congrès de la CGT contient une partie industrie qui propose un retour des CHSCT doté d’une compétence environnementale. En quoi est-ce que ça favoriserait selon vous l’industrie en France ?

La compétence environnementale est indispensable pour les générations futures. C’est préserver l’existant, notre capital, sur le moyen et le long terme. Mais c’est vrai aussi pour l’immédiateté. Par exemple, STMicroelectronics a besoin d’eau pour travailler sur les micropuces, les composants électroniques. Cette ressource en eau aujourd’hui est illimitée à cause du réchauffement climatique. On propose donc de se projeter dans cette dimension, avec des salariés dans une entreprise et dans un écosystème. Mais ce débat va se poursuivre pendant notre congrès.

“Redresser l’économie, c’est reconstruire un socle industriel solide accompagné de services publics qui répondent aux besoins sociaux”. C’est ce que vous avez dit lors d’une table ronde à l’Assemblée sur le projet de loi GMS. Pouvez-vous nous expliquer cette articulation entre industrie et services publics ?

Toute industrie constitue un écosystème. Elle a besoin d’énergie pour tourner, de transport, d’infrastructures, mais également de salariés formés et informés. C’est une question structurante puisqu’il faut des services de santé, des écoles, des routes, l’accès à l’électricité… Il n’y a pas de services publics sans industrie car elle revitalise le territoire et elle permet la relocalisation de certains services disparus. D’ailleurs, la désindustrialisation et l’affaiblissement des services publics vont de pair.

La CGT porte une proposition de loi, écrite à la suite du dossier GMS, un sous-traitant automobile qui a payé les frais des désengagements de ses donneurs d’ordre, notamment Stellantis et Peugeot. Quelles en sont les articles emblématiques ?

Il s’agit de réorienter le rapport de force entre les grandes entreprises et les sous-traitants. Les entreprises ont pouvoir de vie et de mort sur eux alors qu’ils sont structurés pour répondre aux besoins de l’entreprise. Quand elle se désengage, le sous-traitant en paie les conséquences sociales. Il faut donc établir la responsabilité des grandes entreprises donneuses d’ordre. Le texte propose dans ce but de mieux encadrer les ruptures brutales de relations commerciales, de renforcer les obligations des groupes en matière d’anticipation des restructurations et de continuité industrielle.

De réels droits d’intervention des salariés en cas de restructuration 

Il faut aussi donner de réels droits d’intervention aux salariés dans les situations de restructuration avec un accès renforcé à l’information sur la stratégie, la possibilité de proposer des alternatives industrielles et l’obligation de rechercher des solutions de maintien ou de reconversion d’activités avec toute fermeture. Nous voulons remettre en cause un système où les groupes captent la création de valeurs tandis que les sous-traitants et salariés assument les risques sociaux, industriels et territoriaux.

Déposé en 20242, ce texte est bloqué en commission. Qu’est-ce qui, d’après vous, pourrait le débloquer ? 

Il faut déplacer les clivages partisans parce que chacun des représentants de la nation est confronté à des fermetures d’usines dans son propre territoire. On a besoin de partir des préoccupations des salariés, de mener cette dynamique et ce rapport de force sur les territoires pour peser sur quelques élus qui voteront sur ce texte, même si on peut imaginer que sur les 14 articles, certains seront amendés. Par ailleurs, le gouvernement et la majorité accepteront-ils de remettre en cause certains dogmes sur la responsabilité des grands groupes ? C’est pourquoi nous voulons que ce congrès soit un point de mobilisation, de levier aussi, pour faire avancer ces sujets.

Le fabricant automobile Stellantis a annoncé ces dernières semaines un partenariat avec le chinois Dongfeng qui pourra utiliser les usines en France pour produire des véhicules chinois en France. Que pensez-vous de cette nouvelle orientation ?

Nous ne sommes pas opposés par principe à ces partenariats mais ils ne sont jamais neutres. Sans rapport de force, ils s’inscrivent dans des stratégies de réduction du coût, de pression sur le terrain et de fragilisation des issues industrielles. Les constructeurs chinois ont pris de l’avance sur les batteries et certainement dans d’autres segments du véhicule électrique. C’est un constat de fait. Mais c’est aussi la conséquence des choix industriels français, et même des choix politiques au niveau européen.

La stratégie de Stellantis est contradictoire 

Il faut donc sécuriser les volumes des sites industriels en France. A défaut, ces coopérations risquent d’accompagner une logique de dynamique sociale des associations. Quant à la stratégie de Stellantis, que nous avons étudiée avec la fédération des métaux, elle apparaît contradictoire, parce que d’un côté, le groupe organise la mise à l’écart processive du site de Poissy, sans perspective industrielle après l’Opel Mokka, et de l’autre, il annonce les coûts d’investissement à Rennes. On ne peut pas, pour la CGT, prétendre engager l’avenir industriel de manière sereine et assécher les moyens nécessaires pour innover et produire. C’est pourquoi les salariés se mobiliseront encore une fois le 16 juin à Poissy.

Une crise énergétique s’est mise en place depuis la guerre en Ukraine et en Iran. Comment jugez-vous la politique du gouvernement qui consiste à aider certains salariés contre la hausse des prix des carburants ?

D’une part, il faut en effet des mesures immédiates pour protéger les travailleurs et l’économie. Mais c’est largement insuffisant. On assiste aujourd’hui à une boucle d’inflation prix-profit qu’il faut briser alors que les groupes pétroliers, Total en tête, engrangent des profits records. Il faut adapter cette fiscalité pour protéger les plus faibles et de bloquer les prix des carburants. D’autre part, il faut donc engager des mesures structurelles pour se désengager des énergies fossiles. Leur prix va continuer à augmenter d’une façon ou d’une autre. Par exemple, la question de la pénétration de l’électrification est un sujet d’aménagement du territoire majeur.

Marie-Aude Grimont

Sophie Binet (CGT) : “Nous allons nous mêler du débat présidentiel”

02/06/2026

Le 54e congrès de la CGT s’est ouvert, hier, à Tours et recevra près de deux mille personnes jusqu’à la fin de la semaine. Après l’élection du bureau du congrès et de la commission des mandats et des votes, Sophie Binet a présenté son rapport d’activité lors de son discours d’ouverture.

Un discours en grande partie consacré à la lutte contre l’extrême droite dans la perspective de la prochaine élection présidentielle en 2027. “Nous allons nous mêler du débat présidentiel pour mettre les travailleurs au centre du jeu”, a-t-elle lancé. Tout en réaffirmant l’indépendance de la CGT vis-à-vis des partis politiques, elle souligne que pour autant, son organisation “ne sera jamais neutre” et ne se “laissera pas anesthésier par l’extrême droite”.

La secrétaire générale de la CGT a également donné une sorte de consigne de vote très claire : “Je lance l’appel de Tours : aucun des candidats n’aura les voix de la CGT sans s’engager à abroger la réforme des retraites sitôt arrivé à l’Élysée !”.

Elle a enfin passé en revue les enjeux de son mandat : la revendication du retour du CHSCT, la syndicalisation des cadres et des jeunes, les réformes imposées par Emmanuel Macron et Gabriel Attal, la défense de la Sécurité sociale, la mobilisation contre la réforme des retraites, à la répression syndicale ou encore la défense des droits des femmes.

Source : actuel CSE

Stellantis promet un milliard d’euros d’investissement en France : les réactions syndicales

03/06/2026

Après avoir annoncé la fabrication à Rennes de véhicules chinois en coopération avec Dongfeng, Stellantis vient de promettre un investissement de plus d’un milliard d’euros en France pour produire trois nouveaux modèles Peugeot électriques ou hybrides du segment C (berlines compactes), dans le cadre d’un plan stratégique baptisé “FaSTLAne 2030”. Présenté le 21 mai, ce plan passe par le développement de nouvelles plateformes, technologies et motorisations. Ces véhicules seraient assemblés sur le site de Mulhouse et Belchamp, où travaillent 4 000 salariés, à partir de 2029.

Pour la CFE-CGC, cette décision “confirme la confiance du groupe dans l’excellence industrielle française et dans le savoir-faire des équipes du territoire”. Le syndicat des techniciens et cadres affirme toutefois rester vigilant sur les suites données à ces annonces, et invite la direction “à engager rapidement des discussions concrètes sur ces pistes, pour transformer les signaux positifs en engagements durables”. Pour la CFE-CGC, ces annonces doivent en effet “désormais se traduire par des garanties concrètes en matière d’activité, d’emploi et de visibilité industrielle”, comme le maintien et le développement des emplois sur Mulhouse-Belchamp-Sochaux et l’assurance d’une “négociation sociale équitable sur les conditions de travail, les rémunérations et leur transparence”.

La CFDT juge le plan FaSTLAne 2030 “très orienté USA” et exprime ses craintes pour l’Europe et la France : “60 Ms€ d’investissement sont prévus sur 5 ans, mais 60 % seront orientés vers l’Amérique du Nord (..) Dans le même temps, Stellantis acte en Europe une réduction importante des volumes de production (- 800 000 véhicules) avec l’objectif d’augmenter le taux d’utilisation des usines à 80 %”. Et la CFDT de s’interroger : “Par quels moyens Stellantis compte-t-il adapter son outil industriel européen ? Par des fermetures de sites ? Des reconversions comme à Poissy ?”

De son côté, la CGT retient aussi dans les annonces du groupe la volonté de faire 6 milliards d’euros d’économie par an d’ici 2028 : “Ces économies, soutient le syndicat, se traduiront comme par le passé par une nouvelle casse de l’emploi dans les usines Stellantis dans l’ingénierie et chez les sous-traitants en abaissant les capacités de production de 20 % en Europe. Elles auront aussi pour conséquence une dégradation des conditions de travail qui sont déjà déplorables actuellement”.

Enfin, FO demande une présentation détaillée en CSE des impacts du nouveau plan pour Sochaux ainsi que des engagements écrits sur les volumes et la charge pour le site et un développement de la R&D à Sochaux-Belchamp.

Source : actuel CSE

Mineurs décédés en stage : Solidaires dénonce “l’inaction” du ministère du travail

03/06/2026

Dans un communiqué conjoint, l’union syndicale Solidaires, Sud Education, Sud Travail Affaires sociales et Sundep (enseignement privé), déplorent “l’inaction du gouvernement face aux accidents du travail mortels qui frappent les jeunes en stage ou en formation”. 

Les organisations syndicales rappellent que 5 mineurs sont décédés en stage en 2025 et que d’autres drames sont intervenus récemment : “Le 17 avril, un adolescent de 15 ans, élève de seconde en lycée professionnel, trouvait la mort, dans le Gard, suite à un accident de travail lors d’un stage en milieu professionnel ; le 27 mai, un jeune ouvrier de 19 ans est décédé à la suite d’un malaise après avoir travaillé toute une journée en toiture alors que la température dépassait 31 °C”.

Parce que “personne ne doit perdre sa vie au travail, encore moins quand on est un enfants”, Solidaires “exige la suppression des stages en milieu professionnel prévus dans les parcours des classes de 2nde et de 3e”, le syndicat jugeant que cette mesure peut “mettre un terme à tout un système qui propulse les jeunes, de manière toujours plus précoce et toujours plus longue, dans le monde du travail”. 

L’union syndicale rappelle également que c’est un décret pris en 2015 “qui a facilité les dérogations aux travaux dangereux interdits aux moins de 18 ans, en supprimant l’autorisation préalable de l’inspection du travail et limitant de ce fait les visites de contrôle sur les conditions de travail”. 

Source : actuel CSE

Congrès CGT : le rapport d’activité de Sophie Binet adopté à 81,36 %

03/06/2026

Les débats du congrès se sont poursuivis ces deux derniers jours autour du rapport d’activité. Ce document, qui dresse le bilan du dernier mandat, a été adopté à 81,36 % des votants (18,64 % de voix contre, 6,35 % d’abstentions). L’action de Sophie Binet ces trois dernières années est donc approuvée par une large majorité des militants de la CGT. A titre de comparaison, le rapport d’activité de Philippe Martinez avait au contraire été rejeté par 50,32 % des voix. Le niveau des suffrages en faveur de Sophie Binet se trouve en revanche dans la lignée des autres congrès : 70,96 % au congrès de Dijon en 2019 ou autour de 69 % au congrès de Marseille en 2016.

Les débats doivent aussi aboutir à amender puis valider le document d’orientation qui fixe les axes du prochain mandat. Il y est notamment question du rapprochement avec la FSU, du soutien aux salariés syndiqués CGT mais isolés dans leur entreprise, de la stratégie pour obtenir l’abrogation de la réforme des retraites, de la politisation des activités sociales et culturelles, du retour du CHSCT, des futures mobilisations pour les salaires, ou encore de la lutte contre les idées d’extrême droite.

Source : actuel CSE

[Les autres en parlent, on vous explique] Sophie Binet mise en examen : qu’est-ce que la diffamation ?

04/06/2026

© CGT S. Kastali (Sophie Binet) / Gettyimages (justice)

Le 25 mai dernier, la secrétaire générale de la CGT a annoncé être poursuivie en justice pour diffamation à l’encontre de la société Tefal. Quelle différence avec l’injure ? Quelles sont les conditions juridiques de cette infraction dont peut aussi être accusé un délégué syndical ou un élu de CSE ? On vous explique.

“Je suis mise en examen pour avoir dénoncé la répression syndicale qui sévit à Tefal parce que la CGT alerte depuis des mois sur la dangerosité des Pfas”, a annoncé Sophie Binet sur le plateau de France 2, lundi 25 mai. La secrétaire générale évoque ici le cas d’une déléguée syndicale de la CGT, Ouria Belaziz, qui aurait reçu un blâme de son employeur, le fabricant d’ustensiles culinaires Tefal. “La déléguée CGT a eu une sanction et nous allons la dénoncer dans les prochains jours aux prud’hommes”, a poursuivi Sophie Binet.

L’action en justice de Tefal a été lancée en raison de propos tenus par Sophie Binet lors de la Fête de l’Humanité, en septembre 2025, où elle avait évoqué le cas de cette déléguée syndicale, sanctionnée selon la CGT en raison de propos tenus sur la nocivité des polluants éternels (Pfas). 

Cette nouvelle mise en examen intervient alors que Sophie Binet est déjà poursuivie mais cette fois pour injure publique. Le 2 décembre 2025, sur la station de radio France Inter, elle a affirmé, au sujet des patrons d’entreprise qui délocalisent leur activité, que “les rats quittent le navire”. Cette fois, la plainte provient d’une association dénommée Ethic (Entreprises de taille humaine, indépendantes et de croissance). Selon le communiqué de presse de la CGT, diffusé à cette occasion (document ci-dessous), il s’agit d’une “énième procédure-bâillon de la part d’un lobby patronal, financé par un milliardaire d’extrême droite”.

Diffamation, injure publique, mise en examen… Les médias divers et variés ont largement commenté ces accusations mais sans les définir juridiquement. Qu’est-ce que la diffamation ? En quoi se distingue-t-elle de l’injure ? Peut-elle être utilisée à l’encontre d’un élu de CSE ou de tout délégué syndical qui tiendrait des propos contre son employeur ? Les autres vous en parlent, on vous explique.

La diffamation : des faits à prouver en justice

La diffamation est définie par la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse. Cette loi très ancienne et peu modifiée, régit les infractions par voie de presse pouvant affecter des propos publics, mais en aucun cas des injures ou paroles tenues dans un cadre privé.

Selon l’article 29 de ce texte, “Toute allégation ou imputation d’un fait qui porte atteinte à l’honneur ou à la considération de la personne ou du corps auquel le fait est imputé est une diffamation”. Trois éléments doivent donc être réunis pour que les propos puissent être qualifiés juridiquement de diffamation :

  • L’imputation d’un fait précis ;
  • Une atteinte à l’honneur ou à la considération ;
  • Des propos qui ciblent une personne identifiable.

Reprenons ces points un par un. Derrière la nécessité d’un “fait précis”, le droit de la presse exige la possibilité d’une preuve des faits reprochés. Il faut bien, en effet, pouvoir vérifier concrètement, que les propos sont exacts ou non. Ces faits doivent donc pouvoir faire l’objet d’un débat contradictoire devant un tribunal correctionnel, seul compétent en première instance pour un délit de presse.

L’exigence d’une preuve élimine ainsi du champ de la diffamation les opinions, les idées ou encore les jugements de valeur, qui, par essence, ne peuvent être prouvés. Attention en revanche, la diffamation peut résulter de l’expression d’un doute : l’article 29 indique en effet que “La publication directe ou par voie de reproduction de cette allégation ou de cette imputation est punissable, même si elle est faite sous forme dubitative”.

Une atteinte à l’honneur ou à la considération

Si l’on affirme à votre sujet une chose désagréable, péjoratif ou une critique pendant une réunion du CSE, elle ne sera pas suffisante pour constituer une diffamation. Cette dernière ne peut résulter que d’atteintes à l’honneur ou à la considération, sachant que les juges ne tiendront pas compte de la sensibilité de la personne visée par les propos, ni des mobiles de leur auteur. Selon l’avocat Christophe Bigot, auteur d’un ouvrage “Pratique du droit de la presse”, dans l’esprit de la loi de 1881, l’honneur relève de l’éthique individuelle, et la considération du regard des autres.

La diffamation sera donc reconnue si les faits relatés dans les propos portent en tant que tels atteinte à la loi, à la morale ou à la probité, sachant que la diffamation peut concerner une personne physique ou morale, comme c’est le cas de Tefal dans les paroles de Sophie Binet. Il faut donc accuser quelqu’un de violer la loi, de ne pas respecter un contrat, ou de commettre des faits contraires à la morale pour que la diffamation soit reconnue. Accuser une personne d’avoir commis une simple erreur ne constituera donc pas une diffamation. En revanche, accuser quelqu’un d’appartenir à une secte, d’avoir commis un viol, un vol, ou encore des malversations financières relève au contraire de la diffamation.

On voit bien ici la distinction avec l’injure : traiter une personne d’idiote ne relève d’aucun fait précis. Mais elle est également punie par la loi de 1881 en particulier si elle est proférée en public, par voie de presse ou d’affichage (c’est pourquoi elle revient souvent dans des affaires judiciaires intentées à la suite de tracts syndicaux).

La victime de la diffamation : une personne juridique

Seule une personne au sens juridique peut-être victime de diffamation et donc traduire l’auteur des propos en justice. Cette personne peut être physique ou morale mais doit avoir sa capacité d’agir en justice. L’action en diffamation est par ailleurs réservée à la victime directe des propos. La diffamation par ricochet n’est pas reconnue.

Une personne morale comme Tefal peut donc tout à fait agir en justice dans le but de protéger sa propre considération. Le débat devant les juges correctionnels portera nécessairement sur la preuve de la discrimination dont la déléguée syndicale CGT s’estime victime. L’existence de la discrimination sera reconnue ou non devant les prud’hommes, avec éventuellement, un pourvoi en appel puis en cassation si les parties au dossier l’exigent.

C’est donc principalement sur la preuve de la discrimination syndicale chez Tefal que les défenseurs de Sophie Binet devront se pencher dans les prochains mois. Les sanctions de la diffamation sont l’amende, dont le montant dépend des faits et du contexte, et éventuellement des dommages et intérêts destinés à réparer le préjudice de la victime. Dans la plupart des cas, leur montant varie entre 1 et 15 000 euros. En conférence de presse, hier, Sophie Binet a indiqué qu’elle n’était “que la partie émergée de l’iceberg : ce sont plus de mille militants CGT qui sont visés par une répression patronale décomplexée” avant de poursuivre : “Oui, Tefal utilise des Pfas dangereux pour la santé”.

La procédure

En termes de procédure, le juge d’instruction adresse à l’intéressé une lettre recommandée avec demande d’avis de réception (la lettre d’intention ou avis préalable). La mise en examen n’est ensuite possible qu’à l’expiration d’un délai d’un mois à compter de la réception de l’avis par la personne accusée. La décision de mise en examen lui est ensuite notifiée. Il revient au juge d’instruction a charge de vérifier sa compétence territoriale et l’absence de prescription, de contrôler la régularité de l’acte de saisine, d’identifier les auteurs et complices, établir l’imputabilité des propos et leur caractère public, et enfin de vérifier l’identité et l’adresse des personnes en cause.

Comme pour toute mise en examen, les droits procéduraux classiques s’appliquent : désignation d’un avocat, droit de demander des actes, de former des requêtes en nullité, etc. Rappelons enfin que jusqu’au jugement, toute personne mise en cause bénéficie de la présomption d’innocence.

Tefal réfute toute accusation de discrimination
De son côté, Tefal a nié les accusations de Sophie Binet sur la discrimination syndicale et “réfute toute accusation de répression syndicale”. L’entreprise ajoute : “La liberté d’expression ne permet pas d’imputer à une entreprise des faits inexacts portant atteinte à ses salariés, à son dialogue social et à sa réputation” et assure qu’elle “agit dans le strict respect de toutes les réglementations du droit du travail, de la santé et de la sécurité de ses collaborateurs et consommateurs”.

L’affaire de la discrimination entre la salariée syndiquée à la CGT, Ouria Belaziz, et Tefal, doit être jugée aujourd’hui par le conseil de prud’hommes de Lyon.

Marie-Aude Grimont

CSE, cadres, syndiqués isolés, Sécurité sociale : les débats sensibles de la CGT

05/06/2026

54e congrès de la CGT, à Tours, du 1er au 5 juin 2026

La CGT clôture son congrès aujourd’hui après quatre jours de débats. Seule candidate, sa secrétaire générale, Sophie Binet, a été réélue hier soir. Le congrès a été plus apaisé que le précédent, mais tenir le cap du document d’orientation sera une autre paire de manches. Certains sujets ont fait consensus mais d’autres ont agité les séances, comme les syndiqué isolés ou la Sécurité sociale. En outre, l’organisation peine à garder ses nouveaux adhérents.

À Tours, l’ambiance semblait apaisée en comparaison du 53e congrès. Philippe Martinez avait vu son rapport d’activité rejeté à 50,32 % des voix et n’avait pas assisté à la dernière journée. L’élection de Sophie Binet s’était faite dans la douleur. Dans les allées de ce 54e congrès, des militants de la CGT nous confient : “En 2023, on a failli casser la CGT”. En ce 54e congrès, le rapport d’activité a obtenu 81,36 % des votes, le rapport financier 90,61 % et le document d’orientation 74,74 %.

Ce congrès a réuni 952 délégués représentant 554 693 voix, dont 750 délégués participant à leur premier congrès. La parité des délégués est presque atteinte, avec 457 femmes et 495 hommes. Leur moyenne d’âge est de 49 ans. Ils sont, pour l’immense majorité, en contrat de travail à durée indéterminée. 60 % des congressistes sont issus du secteur privé, 40 % du public. 20 % sont ouvriers, 19,6 % ingénieurs et cadres, 26,2 % techniciens et agents de maîtrise, 34,2 % employés.

Cette année, la contestation de la ligne confédérale a surtout été menée par la Fnic (fédération nationale des industries chimiques), les services publics, les organismes sociaux. La Fnaf (agro-alimentaire et forestiers) se trouve en effet empêtrée par des déboires judiciaires pour malversations financières, la FNME (mines et énergies) et la fédération du commerce sont restées relativement calmes.

En revanche, une fronde sur la Sécurité sociale à 100 % a conduit à une suspension des débats. Les divergences idéologiques persistent aussi autour de l’intégration des cadres au sein de la CGT, le développement ou non de syndicats territoriaux professionnels pour aider les isolés, ou encore la présence de la CGT dans l’intersyndicale. Les militants réclament également l’abrogation des ordonnances Macron et de la réforme des retraites. Le document d’orientation (lire ci-dessous) porte par ailleurs un retour du CHSCT et une “repolitisation” des activités sociales et culturelles.

“Repolitiser” les ASC

Une section 3.2.6 du document d’orientation est intitulée “Repolitiser les activités sociales et culturelles et renforcer notre intervention à travers l’éducation populaire”. Une commission confédérale dédiée à la culture, aux sports et au tourisme social a en effet dressé un bilan de l’éducation populaire grâce aux réponses à un sondage diffusé auprès des unions départementales et des fédérations de la CGT.

Il en est résulté “la richesse et la diversité des pratiques existantes” mais aussi “des difficultés récurrentes” comme le manque de moyens des CSE, une faible mutualisation et une visibilité limitée. Or, la CGT voit l’éducation populaire comme “un levier d’engagement et d’émancipation collective”. Le document d’orientation ajoute que les ASC sont de plus en plus dépolitisées, “vidées de leur dimension émancipatrice et limitées à une offre de consommation”. Le syndicat est par ailleurs bien conscient de l’importance des ASC dans le cadre des élections CSE. C’est pourquoi il veut également créer “une lettre électronique dédiée aux ASC”.

Le rapport d’activité aborde également le sujet page 21 : la CGT a relancé une feuille de route sur le tourisme social, validée en CCN (comité confédéral national, le parlement de l’organisation). Cela conclut deux ans de travail avec la reconstitution d’une équipe au sein de l’Ancav, association de salariés qui propose aux CSE de devenir copropriétaires de villages vacances. La CGT souhaite participer à leur modernisation avec les CSE copropriétaires. Un groupe de travail a été créé avec les syndicats volontaires afin de trouver les fonds nécessaires.

De plus, toujours selon le rapport d’activité, l’Ancav a travaillé à la création d’une plateforme numérique de services aux CSE. La CGT appelle à un développement de cet outil afin de “relancer la bataille de l’accès aux vacances pour toutes et tous”.

Élections CSE, droit de veto, retour du CHSCT

Le document d’orientation propose des motions relatives aux prochaines élections professionnelles en CSE, dont les opérations vont commencer fin 2026. Le texte prévoit de cibler les entreprises de plus de mille salariés “qui constituent 40 % des inscrits aux élections CSE”. À ce titre, un “plan de renforcement” et une campagne “Je vote CGT” seront menés de septembre 2026 à décembre 2027, “en liant les élections dans la fonction publique et celles des CSE dans le privé”.

À noter que le rapport d’activité porte la nécessité d’organiser les élections CSE pendant une même période pour tous les salariés afin de leur faire gagner en visibilité, et uniquement avec un vote physique.

La CGT revendique par ailleurs l’instauration d’un droit de veto du CSE “quand les projets de l’entreprise menacent l’emploi ou l’environnement”. Elle porte également un avis conforme de l’instance sur les aides publiques accordées à l’entreprise (ainsi que la conditionnalité de ces aides). La CGT veut aussi un droit d’enquête du CSE en lien avec le Défenseur des droits, en cas de discrimination raciale dans l’entreprise. Elle souhaite aussi de nouveaux pouvoirs accordés au CSE “afin d’imposer au patronat des clauses de responsabilité envers les sous-traitants”.

Quant au CHSCT, le document d’orientation prévoit bien sûr de travailler à son rétablissement mais aussi de lui accorder une nouvelle compétence environnementale.

Intégration des cadres : nécessité ou trahison ?

La CGT l’a bien compris et Sophie Binet l’a souligné lors de son discours d’ouverture : “Dans nos bastions historiques, les ingénieurs, cadres, techniciens et agents de maîtrise (Ictam) sont devenus majoritaires, ce qui explique la progression de la CFE-CGC à notre détriment”. Des cadres dont la proportion dans le salariat augmente à mesure que le secteur tertiaire se développe et que les ouvriers disparaissent au rythme de la désindustrialisation. De ce fait, les cadres deviennent une cible prioritaire de développement pour toutes les organisations syndicales.

Seulement voilà, une partie de la CGT juge que l’organisation doit rester un syndicat d’ouvriers et que s’occuper des cadres constitue une forme de trahison, voire un gaspillage d’énergie. Le débat avait déjà pointé en 2023 lors de l’élection de Sophie Binet comme secrétaire générale, alors qu’elle est elle-même issue de l’Ugict-CGT (union des ingénieurs, cadres et techniciens). Pour Sophie Binet, le sujet est clair : “La mission des cadres, ingés et tech n’est ni de mener les luttes à la place des ouvriers, ni de se limiter à la solidarité. Leur mission, c’est de développer les luttes chez les cadres et professions intermédiaires”.

Certains ne l’entendent pourtant pas de cette oreille, comme Déborah Rocher, de la chimie du Rhône : “Quelle CGT voulons-nous construire ? Elle doit rester un syndicat de lutte ! En faisant des catégories professionnelles un élément structurant de l’organisation, on reprend ce que le patronat organise dans l’entreprise : la division des travailleurs !”.

Le document d’orientation prévoit sur ce sujet de “percer le plafond de verre des Ictam”. Dans ce but, les unions départementales des 17 métropoles qui réunissent le plus de cadres seront accompagnées en priorité par l’Ugict afin de construire une commission départementale pérenne. Elle organisera un stage consacré aux élections dans les collèges correspondants (2 et 3). Un “référent Ictam” sera aussi déployé dans les grands groupes du CAC40.

Retraites : de vives critiques de l’intersyndicale de 2023

En 2023, la secrétaire fédérale Murielle Morand, avait vivement reproché à Philippe Martinez sa participation à l’intersyndicale contre la réforme des retraites en lui opposant : “Camarade Martinez, qui t’a donné mandat pour parler de médiation alors que les travailleurs sont dans la rue ?!”.

Cette année, elle a reproché à la direction confédérale “d’avoir accepté du bout des lèvres la journée du 10 septembre” au profit de l’intersyndicale du 18. Pour mémoire, l’intersyndicale avait fixé la journée de mobilisation contre les budgets d’austérité au 18 septembre, alors qu’un mouvement constitué en partie d’anciens Gilets Jaunes, de comptes associatifs et identitaires (rejoint par Solidaires) sur les réseaux sociaux avait lancé la journée du 10 sous la bannière “Bloquons tout”.

Plusieurs délégués ont critiqué “les journées saute-mouton” comme Marie-Laure Charchar, salariée de la santé en Gironde : “La CGT reste passive ! On nous a présenté comme une victoire la suspension de la réforme des retraites alors que c’est une manœuvre du Parti Socialiste pour passer un deal avec les macronistes !”.

Ou encore cette intervention en tribune de Ludovic Bouvier, des Métaux du Nord : “Les retraites ce fut un échec, on n’a pas gagné ! On se prend tout dans la gueule, ça suffit ! Le syndicalisme rassemblé c’est la trahison de la classe ouvrière !”. D’autres encore ont joué sur le sigle en refusant la “CFDGT”, c’est-à-dire le mélange entre CGT et CFDT.

Ces délégués ont été applaudis en particulier par les fédérations de la santé, des services publics, de la chimie et des organismes sociaux. Si leurs interventions ont été des succès, le paragraphe 245 du document d’orientation qui mentionne l’intersyndicale comme ayant permis des manifestations “de plus de 3 millions de participants” n’est modifié qu’à la marge par l’ajout de ces termes : “révélant un affrontement direct entre les intérêts du capital et ceux du monde du travail”. Les débats sur la place de la CGT dans l’intersyndicale ont cependant été moins nombreux que lors du congrès précédent.

Des syndicats territoriaux professionnels pour les syndiqués isolés

La CGT revendique 140 000 nouveaux adhérents depuis la mobilisation contre la réforme des retraites. Problème : elle en perd à peu près le même nombre faute d’accueil et de prise en charge. Les salariés isolés dans leur entreprise, qui ont pris une carte CGT mais ne parviennent pas à monter de section ou de syndicat d’entreprise, seraient environ 100 000. Un gâchis phénoménal pour l’organisation qui pourrait capitaliser sur ces nouveaux adhérents pour développer ses implantations.

Afin de les sortir de l’isolement, le document d’orientation propose de les regrouper dans des syndicats territoriaux professionnels organisés par les fédérations et les unions départementales. Ainsi, ces syndiqués pourraient rencontrer d’autres adhérents CGT isolés de leur localité et relevant de la même profession mais travaillant dans d’autres entreprises. Sauf qu’il reste un écueil : le syndicat d’entreprise constitue une base fondamentale de la CGT, et certains militants craignent une mise en concurrence entre les syndicats d’entreprise et les nouveaux syndicats territoriaux.

Ainsi, un militant a déposé un amendement au document d’orientation demandant expressément que ces syndicats territoriaux soient bien créés en coordination avec les unions départementales et les fédérations “car il n’y a pas de création de syndicats sans ça”. En réponse, la secrétaire confédérale Sandrine Mourey a réussi à rassurer les inquiets : “La création d’un syndicat professionnel en territoire ne déroge pas à nos statuts, ils devront répondre aux mêmes règles que l’ensemble des syndicats, en lien avec les UD et les fédérations. Il est proposé de syndiquer les isolés mais pas de concurrencer ou de pirater des syndicats existants”.

En effet, l’article 8 des statuts confédéraux de la CGT, “Les syndicats constituent les fédérations, les unions départementales et les unions locale. (…) Les statuts des syndicats doivent être conformes aux dispositions des présents statuts et être transmis aux fédérations et aux unions départementales affiliantes. (…) La création d’un syndicat ne doit pas venir concurrencer une implantation syndicale CGT existante sur le même périmètre”.

100 % Sécu contre Sécurité sociale professionnelle

Les débats les plus virulents ont eu lieu sur la Sécurité sociale. Alors que la “vielle dame” a fêté ses 80 ans en 2025, des militants des organismes sociaux ont porté des amendements en faveur du 100 % Sécu. Pour bien comprendre, il faut revenir à la conception de la Sécurité sociale professionnelle telle que l’a conçue l’ancien secrétaire général Bernard Thibault en 2006.

Ce modèle est expliqué dans les repères revendicatifs de la CGT (lire ci-dessous). Il vise à garantir des droits individuels et collectifs à tous les salariés qui ne sont pas en emploi. Ce concept permettrait notamment transférabilité des mêmes droits (et de leur ancienneté) dès l’obtention du nouvel emploi. Il a donc irrigué les textes de la CGT depuis 20 ans.

Mais les militants des organismes sociaux ont voulu amender le document d’orientation sur ce sujet afin de revendiquer un modèle de Sécurité sociale à 100 %, telle que conçue en 1945 par leur référence en la matière, Ambroise Croizat, avec un financement intégral par la cotisation sociale et réintégrant l’assurance chômage.

L’amendement porté par la militante Sandrine Nosengo (Cher) demandant l’inscription de ce passage : “La CGT revendique le 100 % Sécu, c’est‑à‑dire une sécurité sociale unifiée couvrant 100 % des besoins, financés exclusivement par la cotisation sociale et gérés démocratiquement par les travailleurs et les travailleuses”.

La commission du document de résolution a défendu sa propre version du texte, comprenant une référence à la Sécurité sociale professionnelle (version Thibault 2006 donc). Sandrine Nosengo ayant maintenu son amendement, le congrès a dû choisir par le vote entre les deux versions, et a donné raison à deux voix près à la militante (240 voix contre 238).

Sur ce, le président de séance a indiqué que la commission allait retravailler le paragraphe 234 du document, ce qui a suscité les huées de la salle. Les délégués considéraient en effet qu’une fois l’amendement adopté par le congrès, il doit être directement intégré et non rediscuté. Après une période de confusion, la commission du document d’orientation s’est réunie sur scène mais n’a pas pu trouver de compromis. Décision a donc été prise de reporter les débats au lendemain matin, donnant ainsi l’impression d’une perte de maîtrise du congrès.

Le lendemain, en lieu et place de débat, le numéro deux de la CGT, Laurent Brun (responsable de l’organisation) a annoncé que l’amendement était intégré mais qu’aucun débat n’aurait lieu. “Hier soir, des camarades se sont imposés dans les discussions de la commission qui avait travaillé plus de dix heures sur les amendements.  Les conditions n’étaient plus réunies pour un débat serein. (…) Nous appelons à un esprit de conciliation”.

Cette “montée au créneau” a ainsi permis de protéger la confédération d’un nouveau débat. Concrètement, l’intégration de l’amendement “contestataire” représente une victoire symbolique de la fédération des organismes sociaux à l’encontre de la direction confédérale. Néanmoins, la référence à la Sécurité sociale professionnelle reste dans plusieurs paragraphes du document d’orientation, ainsi que dans les repères revendicatifs de la CGT.

Pour ne rien arranger à cette matinée du jeudi 4 juin, l’agitation est revenue une heure plus tard, cette fois de la fédération de la santé et action sociale : les militants ont envahi la tribune, suscitant soit les huées soit les applaudissements de la salle. Ils ont reproché à la confédération de ne pas leur accorder de temps de parole suffisamment proportionnel à leur importance (la santé est considérée comme la fédération la plus importante de la CGT avec 80 000 adhérents) et de retenir et débattre un nombre trop faible de leurs amendements, avant de conclure : “Nous avons une incompréhension face au rappel à l’ordre dont nous avons été l’objet, nous ne sommes pas des enfants, nous n’avons pas à être traités comme tels !”. Après leur intervention, les débats ont repris leur cours.

En fin de journée, le congrès a élu la commission exécutive confédérale (60 personnes), avant une réunion à huis clos du CCN pour l’élection du bureau confédéral, dont les membres sont choisis parmi ceux de la commission exécutive, le bureau désignant ensuite la secrétaire générale et l’administrateur de la CGT.

Que faire des militants d’extrême droite ?
Autre sujet à noter au sujet de ce 54e congrès : malgré ses positions anti-extrême droite assumées, des militants en interne épousent bien les idées du Rassemblement National. Dans les allées, des militants se demandent s’il est bien raisonnable de les exclure d’emblée, d’un claquement de doigts pour ce motif.

En conférence de presse, le secrétaire confédéral Thomas Vacheron est revenu sur ce point à la suite d’une question des journalistes : “L’exclusion de ceux qui se sentent proches du RN n’est pas contre-productive. La CGT favorise le débat et l’émancipation d’abord, il n’y a d’exclusion qu’en bout de course. Avant, on a tout un échange avec le militant, et on le fait en responsabilité. On ne va pas exclure un syndiqué parce qu’il a simplement liké une publication sur les réseaux sociaux”.

Marie-Aude Grimont