PSE chez Nespresso : “Une charge considérable pour les élus du personnel”
07/07/2026

Le 9 juin dernier, la direction de Nespresso a annoncé au CSE central la suppression de 291 postes. La majorité concerne les fonctions client, notamment le siège et le centre d’appel de Lyon. Les syndicats de l’entreprise contestent vivement la stratégie du groupe : les postes seraient délocalisés en Ukraine et au Maroc.
Natacha Thioux (CFE-CGC) confirme que le plan vise de fait 4 représentants du personnel sur 7 Compenser la hausse des prix du café, toucher plus de jeunes, s’adapter au contexte économique, aux évolutions du marché, et… faire des économies. Telles sont les justifications du plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) annoncé par la direction de Nespresso au CSE central du 9 juin dernier. Ces dernières années, malgré un positionnement déjà haut de gamme, la célèbre marque de café en capsule qui se paie Georges Clooney, Jean Dujardin et la chanteuse Dua Lipa pour vanter ses arômes, a augmenté le prix des dosettes et réduit la quantité de café à l’intérieur. Élus et salariés sont d’autant plus amers qu’une partie des postes est simplement délocalisée en Ukraine et au Maroc.
“Une grande première chez Nespresso”
Selon deux élus du personnel de la CFDT (majoritaire à 43 %) qui ont souhaité rester anonymes, ce PSE constitue “une grande première, on a fait une GEPP (gestion des emplois et des parcours professionnels) il y a quatre ans, tout ça pour vivre un PSE de grande ampleur sur 291 postes”. Certes, le plan ne vise pas les boutiques mais principalement le siège de l’entreprise, les activités de service après-vente et le centre de relation clients de Lyon. Des postes étant créés aussi au siège, la perte nette s’élèverait à 178 postes, pour une entreprise (du groupe Nestlé) qui emploie 1 260 salariés en France.
“L’analyse de la direction doit être objectivée et relativisée, notamment au regard de la profitabilité du groupe, des choix stratégiques opérés ces dernières années et de leurs conséquences sur les activités historiques de l’entreprise”, analyse Natacha Thioux, déléguée syndicale centrale du SNI2A CFE-CGC (15,3 % de représentativité). C’est pourquoi les élus du CSE ont décidé de recourir au cabinet d’expertise Apex afin de les éclairer.
Les élus du personnel spécialement visés ?
Selon Natacha Thioux (CFE-CGC), le plan vise de fait 4 représentants du personnel sur 7. Vise-t-il en particulier la représentation du personnel ? “On y a pensé car historiquement, c’est à la direction de la relation clients que tout a commencé syndicalement avec la CGT”, nous a confié un représentant CFDT. Il semblerait cependant que ce phénomène relève d’un aspect plus mécanique sans objectif inavouable de la direction de Nespresso.
“Je n’ai aucun élément permettant d’affirmer que des élus seraient visés en raison de leur mandat”, temporise Natacha Thioux. Cependant, “c’est un point d’alerte important car cela pourrait durablement affecter le dialogue social dans l’entreprise, au moment même où les salariés ont besoin d’être entendus et défendus”, reconnaît-elle. Les élus devront donc rester vigilants sur d’éventuelles discriminations liées à l’exercice d’un mandat. À chaque consultation sur les orientations stratégiques, le CSE a rendu un avis négatif.
Une annonce brutale
La direction de Nespresso craignait qu’en raison de fuites, les salariés n’apprennent le PSE dans la presse. L’intention semblait louable mais de nombreux salariés se trouvaient en déplacement au moment de l’annonce. Beaucoup l’ont donc appris par Teams. “C’était une excuse bidon, et quand les salariés ont titillé la direction, le dirigeant a brutalement raccroché et quand d’autres visio ont été ouvertes, le fil de conversation était bloqué”, raconte un représentant CFDT qui ajoute que la direction “n’a jamais trop bien compris le dialogue social”.
À la CFE-CGC, Nathalie Thioux se souvient que l’annonce a profondément marqué les équipes : “Cela a été vécu comme un choc, parfois une forme de trahison, face à une marque employeur plébiscitée et à laquelle de nombreux salariés sont attachés”. Au centre d’appels de Lyon, une grande partie des salariés cumule plus de 15 ans d’ancienneté. Ils connaissent donc la culture de l’entreprise, les process, les clients sur le bout des doigts. “On va perdre la forte expertise des salariés pour la confier à Concentrix, un fournisseur marocain qui n’y connaît rien”, tempête la CFDT.
“Les moyens des élus du personnel doivent être proportionnés aux enjeux”
Pour l’instant, les délégués syndicaux négocient un accord de méthode. Dans ce cadre, la CFDT revendique un crédit d’heures de délégation d’un mois complet permettant d’être “quasiment détaché”. Elle souhaite également que la délégation syndicale soit composée de 6 personnes, à hauteur de la délégation patronale, “pour des raisons de rapport de force”.
Selon Natacha Thioux (CFE-CGC), les délégués syndicaux centraux seront mobilisés au moins 3 jours par semaine. “A ces réunions s’ajoutent les CSE centraux, les commissions santé locales et centrales et les réunions ordinaires. La charge est considérable pour les élus du personnel d’autant qu’ils doivent rester sur le terrain auprès des salariés”, s’inquiète-t-elle.
Selon cette élue, la direction refuse pour l’instant tout détachement des négociations, et propose une sensibilisation de 3h30 aux risques psychosociaux, ce qu’elle considère comme insuffisant. “Les moyens donnés aux représentants du personnel doivent être proportionnés à l’enjeu, ils doivent être disponibles, formés, présents et en capacité d’exercer leur mandat”.
Les négociations du PSE lui-même se dérouleront de septembre à décembre 2026.
Marie-Aude Grimont
Travailler pendant la canicule : la CGT enquête auprès des salariés
07/07/2026
La chaleur était-elle supportable sur votre lieu de travail ? Avez-vous été inquiet pour vos collègues ? Quels symptômes avez-vous ressentis ? Quelles ont été les conséquences sur vos vies personnelles ? Quelles mesures de protection votre employeur a-t-il mis en place ? Telles sont quelques-unes des questions posées par la CGT a tout salarié souhaitant apporter son témoignage sur son travail pendant la canicule. L’enquête est anonyme et en accès libre sur internet.
Pendant la période de fortes chaleurs de ces dernières semaines, la CGT a revendiqué des mesures d’urgence pour protéger les salariés, notamment :
- une réduction des rythmes de travail ;
- une augmentation des temps de pause rémunérés dès 25° ;
- l’extension du chômage intempéries pour chaleur à tous les secteurs ;
- le maintien et renforcement du droit de retrait, sans sanction possible sans l’avis de l’inspection du travail ;
- des enquêtes systématiques après les malaises ou accidents liés à la chaleur ;
- un rappel obligatoire par le ministère du travail sur le rôle du CSE / CSSCT après un accident grave.
Source : actuel CSE
La CFDT dénonce l’absence de revalorisation des salaires dans les chambres d’agriculture
07/07/2026
La CFDT Agri-agro s’offusque des propositions salariales faites depuis le 30 juin par la délégation patronale du réseau des chambres d’agricultures : à deux reprises, la délégation a proposé aux organisations syndicales une hausse de la valeur du point de… 0%, “alors même que les résultats financiers et les ratios économiques s’améliorent”, s’indigne le syndicat.
La CFDT, qui “était prête à signer une hausse raisonnable en 2026”, note que l’année 2025 a été dépourvue de toute hausse de rémunération en dehors des mesures individuelles. “Manque d’attractivité pour les jeunes, baisse de la motivation pour les salariés présents, turn over important : par leur posture pusillanime, les dirigeants des chambres d’agriculture abiment le réseau consulaire qui leur est dédié et qu’ils pilotent sans égard pour leurs salariés”, dénonce le syndicat en annonçant vouloir “continuer à se battre pour, a minima, le maintien du pouvoir d’achat des salariés par des mesures nationales”.
Source : actuel CSE
Fortes chaleurs : la CGT veut muscler la prévention et la répression
10/07/2026

B. Filhol, JL Pleyren, J. Albrand, S. Binet, F. Mau et A. Kefti, hier à Montreuil
Lors d’une conférence de presse hier à Montreuil, la CGT s’est alarmée de la situation des travailleurs confrontés aux fortes chaleurs. Le syndicat, qui dénombre 14 morts au travail, réclame que des températures maximales soient fixées, qu’un système d’indemnisation soit imaginé à partir du dispositif intempéries en vigueur dans le BTP, et que les sanctions et contrôles soient renforcés, avec une obligation faite aux branches de négocier des plans de prévention, les CSE devant donner un avis conforme sur l’adaptation dans l’entreprise de ces plans. Le syndicat met à disposition des salariés un outil d’évaluation de leur situation au travail.
Lors de la première table ronde des partenaires sociaux sur la prévention des effets de la canicule sur les travailleurs, Jean-Pierre Farandou, le ministre du travail, avait annoncé un plan d’action pour l’automne, ainsi que l’organisation en septembre 2026 d’une mission d’étude en Espagne avec les organisations syndicales et patronales pour voir comment ce pays s’était adapté aux grandes chaleurs. Il avait répété son refus d’inscrire dans le marbre des seuils de température au-delà desquels le travail serait interdit.
Un ministère du travail n’a pas pour mission d’organiser un voyage en Espagne, mais de prendre des mesures protégeant les travailleurs
Hier, en organisant juste avant la seconde rencontre prévue au ministère un point presse très revendicatif sur le sujet, la CGT a voulu montrer au ministre sa colère et son intention de faire monter la pression pour que les choses bougent : “La mission d’un ministre du travail n’est pas de préparer un voyage organisé en Espagne, ni de présenter un plan en fin d’année car la canicule n’aura pas lieu à Noël. Nous lui demandons de prendre des mesures fortes pour protéger les travailleurs”, a lancé Sophie Binet.
“Publiez les chiffres des morts et des accidents graves !”
La secrétaire générale de la CGT demande d’abord aux ministères du travail et de la santé de publier les chiffres récents sur le nombre de morts et d’accidents graves imputables aux canicules. La confédération a pour sa part recensé au moins 14 morts au travail depuis mai dernier (Ndlr : couvreur, intérimaire, ouvrier, terrassier, etc.) et de nombreux cas de malaises, vertiges, etc.. “Et ce ne sont que des remontées de militants. Cela démontre que le décret du 27 mai 2025 sur les grandes chaleurs est à la fois inappliqué et insuffisant”, estime Sophie Binet.
La situation serait alarmante dans le secteur médico-social, selon Barbara Filhol, la secrétaire générale de la fédération CGT santé et action sociale, qui fait état de mouvements de grève dans les CHU de Toulouse, dans les hôpitaux de Vichy, Martigues, Quimper ou encore au Samu social : “Il peut faire 50 degrés dans une ambulance du Samu ou dans la pharmacie du centre Gustave Roussy à Villejuif. Les hôpitaux sont incapables de s’adapter, il fait très chaud dans les chambres et ils servent encore des repas chauds. Les établissements sont très endettés et n’ont même pas les moyens d’acheter ventilateurs et climatiseurs”.
Les témoignages recueillis par Amel Ketfi, du secteur des commerces et services, vont dans le même sens : “Quand elle existe, la climatisation dans les hôtels cafés restaurants est souvent privilégiée pour les espaces marchands, pour les clients, et les salariés n’en bénéficient pas. Un magasin Carrefour a fait grève car la climatisation n’était lancée qu’à l’ouverture, à 8h30, alors que de nombreux travailleurs étaient déjà présents. Les salariés qui font des livraisons de surgelés passent sans transition de – 30 degrés à 30 degrés, aucun sas n’ayant été prévu dans les bâtiments”.
Nous devons déposer des droits d’alerte pour danger grave et imminent afin de faire réagir les employeurs
Dans les transports, renchérit Jacky Albrand, “il faut parfois taper du poing sur la table pour que les employeurs réagissent”. Comment hausser le ton ? “En déposant des droits d’alerte pour danger grave et imminent”, répond le secrétaire général de la fédération des transports qui s’alarme des températures vécues au travail par les personnels qui travaillent au déchargement des bagages sur les pistes dans les aéroports.
“Dans mon secteur, le BTP, ces canicules balaient 50 ans de prévention. Nous revendiquons un plan Marshall pour le bâtiment. Toutes nos villes et nos bâtis sont inhabitables à 50 degrés”, prévient Frédéric Mau, le secrétaire général de la fédération BTP.
La CGT réclame des seuils de température
Pour muscler le décret de 2025, la CGT avance plusieurs revendications.
D’abord, fixer dans le code du travail des seuils de température au-delà desquelles le travail serait interdit. Ces seuils pourraient reprendre les repères de l’INRS : 28 degrés pour un travail physique, 30 degrés pour un travail sédentaire, tout en y ajoutant la prise en compte de l’humidité et du vent. A cette demande s’ajoute celle d’une surveillance médicale renforcée pour les salariés vulnérables, y compris les intérimaires et les employés des sous-traitants. Une pause de 20 minutes dans un endroit rafraîchi doit être garantie aux travailleurs, estime encore la confédération, sur le thème : “La pause fraîcheur, c’est pas que pour le football”.
| La CGT a lancé un outil à la disposition des salariés, gratuit et anonyme, pour qu’ils évaluent leur situation au travail au regard de la température subie, du niveau de vigilance canicule déclenché par les autorités, de l’environnement de travail et de l’activité physique de travail, etc. L’outil restitue, promet la CGT, “un niveau d’alerte facilement compréhensible, un indice de protection employeur, les mesures de prévention attendues, les mesures d’urgence qui devraient être mises en place”, sans oublier les revendications CGT sur le sujet. ► Le calculateur de la CGT |
Deuxième revendication : améliorer et généraliser à tous les secteurs d’activité le congé intempéries du BTP afin qu’en cas de canicule, les salariés soient indemnisés à 100 % de leur rémunération, et pas seulement lors des 3 premiers jours. Ce système serait financé par une cotisation assise sur la masse salariale, afin que la participation soit proportionnelle aux moyens des entreprises. “Ce système permettrait que les grandes entreprises financent cette solidarité. Mais il faut supprimer le seuil d’activité prévu dans le BTP (100 heures d’activité) qui exclut les intérimaires”, détaille Sophie Binet. Ne peut-on plas plutôt décaler les horaires pour travailler plus tôt comme l’a suggéré le ministre du travail ? “Dans le BTP, des entreprises qui ont voulu le faire à la campagne ont reçu des coups de fusil, et en ville des objets lancés du toit. En Espagne, le travail dans le BTP va de 8h à 13h l’été. Voilà”, coupe Frédéric Mau.
Davantage de sanctions
Troisième revendication : sanctionner davantage les entreprises qui ne respectent pas leurs obligations, “en renforçant les prérogatives de sanction à la disposition des inspecteurs du travail”, dit Jean-Louis Peyren, membre de la commission exécutive confédérale. La CGT demande que le délai de mise en demeure passe de 8 jours à 1 jour pour que les injonctions des inspecteurs soient suivis d’effet et que l’inspection du travail puisse prononcer des sanctions administratives immédiates pour les entreprises n’ayant pas de document unique d’évaluation des risques (DUERP) ou n’ayant pas évalué les risques liés aux grandes chaleurs.
Un avis conforme du CSE sur un plan de prévention
Enfin, la CGT, qui réclame toujours le rétablissement des CHSCT dont la disparition coïncide avec la montée du nombre d’accidents graves, se dit frappée par la réticence des employeurs à revoir l’organisation du travail même en cas de fortes chaleurs. La confédération demande que les employeurs soient obligés de négocier dans les branches des plans de prévention des risques contre l’exposition aux fortes chaleurs et aux événements climatiques extrêmes (inondations, tempêtes, etc.). Ces plans devraient être déclinés dans chaque entreprise, après information consultation du CSE “et avis conforme de l’instance”.
La confédération juge que les premiers retours de son enquête auprès des salariés sur les effets de la canicule (5 000 réponses déjà reçues) attestent de l’ampleur des risques pour la santé : “9 salariés sur 10 jugent les canicules pénibles, très pénibles ou insupportables. 85 % disent ressentir une fatigue importante. Un salarié sur 3 a eu peur pour sa santé, un sur 2 a pensé qu’un accident pouvait arriver”, énumère Sophie Binet.
Ces réalités et ces craintes ont déjà donné lieu à de multiples conflits sociaux. Chez Mc Do à Lille, les salariés sont sortis dans la rue avec cette banderole : “On veut bien bosser mais pas suffoquer !”
Bernard Domergue
La CGT s’inquiète de la personnalité du nouveau Défenseur des droits envisagé par l’Elysée
10/07/2026
Malgré le précédent de Jacques Toubon, une personnalité jugée très conservatrice à sa nomination comme Défenseur des droits mais qui avait étonné par sa lutte contre toutes les discriminations, la personnalité du nouveau Défenseur des droits envisagé par Emmanuel Macron, François-Noël Buffet, inquiète les associations et les syndicats. Maire d’Oullins de 1997 à 2017, François-Noël Buffet (Les Républicains) est sénateur du Rhône depuis 2025. Il a présidé la commission des lois de 2020 à 2024.
Pour la CGT, ce choix est “un très mauvais signal pour les droits et les libertés”. La fonction de Défenseur des droits “exige une personnalité dont l’engagement en faveur de l’égalité, des libertés fondamentales et de l’État de droit ne puisse souffrir d’aucune ambiguïté”. Et le syndicat rappelle les précédentes prises de position et les votes de François-Noël Buffet au cours de son parcours politique, la CGT s’offusquant de son opposition au mariage pour toutes et tous, à l’extension de la PMA, à la constitutionnalisation de l’IVG, “ainsi que ses positions particulièrement répressives en matière d’immigration”. Ces positions sont en contradiction avec les valeurs d’égalité, de non-discrimination et de protection des droits fondamentaux que le Défenseur des droits est chargé de garantir, souligne le syndicat.
La CGT appelle les parlementaires qui seront amenés à se prononcer sur cette nomination envisagée par l’Élysée “à mesurer la responsabilité qui est la leur : le Défenseur des droits doit être une personnalité incontestablement attachée à l’universalité des droits, à l’égalité de traitement et à la défense de l’État de droit”.
Source : actuel CSE